Ce qui se passe dans le corps
Vos mains et vos pieds servent de radiateurs. Quand il fait froid, le corps resserre les petites artères de la peau des extrémités : c’est la vasoconstriction. Il garde ainsi sa chaleur pour le cœur, le cerveau et les organes. Avoir les extrémités fraîches en hiver est donc, le plus souvent, une réaction normale.
Chez certaines personnes, cette réponse s’emballe. Les doigts ou les orteils deviennent d’un coup blancs, puis bleus, puis rouges au réchauffement, avec engourdissement ou douleur : c’est le phénomène de Raynaud. Selon un consensus de la Société française de médecine vasculaire, il concerne 10 à 15 % des Français. Il est le plus souvent « primaire », c’est-à-dire sans maladie en dessous. Une revue publiée dans Clinical Rheumatology rappelle que ce terme regroupe sans doute des situations différentes, de la simple sensibilité excessive au froid à une atteinte des vaisseaux.
Les causes les plus fréquentes
- Le froid, mais aussi le stress et l’anxiété, que le NHS cite comme déclencheurs ;
- Le tabac, qui resserre les vaisseaux et reste le premier facteur de risque de l’artériopathie des jambes ;
- La caféine en excès et l’usage prolongé d’outils vibrants, également cités par le NHS ;
- Certains médicaments, en particulier des bêtabloquants (prescrits pour la tension ou le cœur) ;
- Une anémie par manque de fer, qui réduit la capacité à garder sa chaleur au froid ;
- Une hypothyroïdie (manque d’hormone thyroïdienne), dont la frilosité est un signe classique mais peu spécifique, selon une revue du Lancet ;
- Plus rarement, une maladie auto-immune comme la sclérodermie systémique, qui commence souvent par un Raynaud.
L’artériopathie des membres inférieurs (rétrécissement des artères des jambes par des dépôts graisseux) se signale surtout par une douleur du mollet à la marche, qui disparaît après quelques minutes de repos. Elle peut aussi refroidir et engourdir le pied. Le tabac en est, selon le NHS, le principal facteur de risque.
Ce qui aide, selon les études
Les mesures de base
Le NHS recommande de garder le logement chaud, de porter des vêtements chauds par temps froid (surtout sur les mains et les pieds), d’éviter les changements brusques de température, de bouger régulièrement et de ne pas fumer. Il conseille aussi de limiter la caféine (café, thé, cola, chocolat), qui peut déclencher des crises. Des exercices de respiration ou le yoga peuvent aider à gérer le stress.
Les médicaments
Quand les crises sont fréquentes ou gênantes, le médecin peut proposer un inhibiteur calcique, un médicament de la tension qui dilate les vaisseaux. Une revue Cochrane conclut à un effet modeste dans le Raynaud primaire : un peu moins de crises, une intensité presque inchangée, et des effets indésirables fréquents. À l’inverse, si vous prenez un bêtabloquant et que vos doigts blanchissent, signalez-le : une méta-analyse publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology montre que certaines molécules favorisent la vasoconstriction des extrémités.
Les remèdes populaires
Le biofeedback (apprendre à réchauffer ses doigts en suivant leur température sur un écran) a été testé dans un grand essai publié dans les Archives of Internal Medicine : il n’a pas fait mieux qu’une technique témoin. Pour le ginkgo, un essai contrôlé publié dans le Journal of Cardiovascular Pharmacology ne trouve pas de différence avec un placebo. Les huiles de poisson et les autres compléments n’ont pas montré d’effet net dans une méta-analyse de la revue Rheumatology, qui souligne la faible qualité des essais disponibles.
Et le fer ?
Une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition a montré que des femmes ayant une anémie par manque de fer maintenaient moins bien leur température au froid, et que corriger l’anémie l’améliorait en partie. L’étude est petite et ancienne. Elle invite à vérifier son fer en cas de frilosité associée à de la fatigue, avant tout complément.
Ce que propose la médecine chinoise
Présentée ici comme une tradition, la médecine chinoise rattache les extrémités froides à plusieurs motifs : un vide de yang (la chaleur ne parvient plus aux extrémités), un vide de sang associé à un froid qui bloque les méridiens, ou une stagnation du qi qui empêche la chaleur de circuler. Elle emploie des plantes de nature tiède comme le rameau de cannelier (gui zhi), la racine d’angélique chinoise (dang gui) ou le gingembre frais (sheng jiang).
Une méta-analyse publiée dans le Journal of Traditional Chinese Medicine a recensé huit essais de formules chinoises dans le Raynaud primaire, dont la décoction Dang gui si ni tang : leur qualité est faible et les résultats ne permettent pas de conclure. Prudence aussi : un cas d’interaction entre le dang gui et un anticoagulant, la warfarine, a été publié dans Pharmacotherapy.
Quand consulter
Consultez sans attendre si un doigt ou un orteil reste blanc, bleu ou noir, si une plaie apparaît au bout d’un doigt, ou si une douleur du mollet survient à la marche. Une main ou un pied qui devient soudain froid, pâle et douloureux signale une ischémie aiguë (le sang n’arrive plus), une urgence vasculaire : appelez le 15. Le NHS conseille aussi de consulter si un Raynaud apparaît après 30 ans, ne touche qu’un côté, ou s’accompagne de douleurs articulaires, d’éruptions ou d’une faiblesse musculaire. Une peau qui épaissit sur les doigts ou des difficultés à avaler peuvent faire évoquer une sclérodermie.
Le bilan minimal proposé par la Société française de médecine vasculaire associe un examen clinique, une capillaroscopie (observation au microscope des petits vaisseaux à la base des ongles) et une recherche d’anticorps antinucléaires dans le sang. Selon les signes, le médecin peut y ajouter un hémogramme, une ferritine ou une TSH.
À retenir
- Des extrémités fraîches au froid sont le plus souvent une réaction normale du corps ;
- Vêtements chauds, logement chauffé, arrêt du tabac et gestion du stress restent la base, selon le NHS ;
- Les inhibiteurs calciques aident un peu, sur prescription ; ginkgo, huiles de poisson et biofeedback n’ont pas fait leurs preuves ;
- Un manque de fer, une thyroïde ralentie ou un médicament peuvent entretenir la frilosité : parlez-en à votre médecin ;
- Un doigt qui reste noir, une plaie au bout d’un doigt ou un membre soudain froid et douloureux imposent de consulter sans attendre.