Aller au contenu

Recherches santé · Cœur et circulation

Mains et pieds froids

Aussi : syndrome de Raynaud, maladie de Raynaud, doigts blancs, extrémités froides

Avoir les mains et les pieds froids est souvent une réaction normale au froid, mais cela peut aussi traduire un phénomène de Raynaud, un manque de fer, une thyroïde ralentie ou l'effet d'un médicament. Voici ce que montrent les études, ce que décrit la tradition chinoise et les signes qui doivent faire consulter.

🔬 Ce que dit la science

Se couvrir et chauffer son logement

Le NHS, service de santé britannique, conseille de garder le logement chaud, de bien couvrir mains et pieds, d'éviter les changements brusques de température, de bouger régulièrement, de ne pas fumer et de limiter la caféine. Ces mesures passent avant tout médicament.

Recommandé · NHS 2023

Inhibiteurs calciques, sur avis médical

Ces médicaments qui dilatent les vaisseaux réduisent un peu la fréquence des crises de Raynaud primaire (environ 1,7 crise de moins par semaine), mais presque pas leur intensité. Maux de tête, rougeurs et chevilles gonflées sont fréquents : c'est au médecin d'en juger.

Avec le médecin · Cochrane 2016

Faire le point sur ses bêtabloquants

Une méta-analyse de 38 essais (57 026 patients) relève une vasoconstriction des extrémités chez 7 % des patients sous bêtabloquant contre 4,6 % sous contrôle, surtout avec certaines molécules. N'arrêtez jamais un traitement seul : parlez-en au médecin qui l'a prescrit.

Avec le médecin · Br J Clin Pharmacol 2016

Rechercher un manque de fer

Dans une petite étude, des femmes ayant une anémie par manque de fer gardaient moins bien leur chaleur au froid, et corriger l'anémie améliorait en partie leur température. Le dosage sanguin et l'éventuelle correction relèvent du médecin.

Avec le médecin · Am J Clin Nutr 1990

Biofeedback thermique : pas d'effet net

Dans un essai de 313 personnes ayant un Raynaud primaire, apprendre à réchauffer ses doigts par biofeedback (un appareil qui affiche la température de la peau) n'a pas fait mieux qu'une technique témoin, alors que la nifédipine réduisait les crises.

Non démontré · Arch Intern Med 2000

Ginkgo, oméga-3 : pas d'effet démontré

Une méta-analyse des médecines complémentaires ne trouve pas d'effet significatif des compléments testés (acides gras essentiels, antioxydants, ginkgo, L-arginine). Les essais sont rares, petits et souvent anciens.

Non démontré · Rheumatology 2009

🥗 Dans l’assiette · NutriLoupe

Fer pour une portion (Ciqual). Une anémie par manque de fer diminue la résistance au froid : couvrez vos besoins par l'assiette et faites vérifier votre ferritine en cas de doute.

🔎 Les plus riches en fer

☯️ La médecine chinoise

La tradition chinoise décrit les extrémités froides comme une chaleur qui n'atteint plus les mains et les pieds. Elle évoque surtout un vide de yang, un vide de sang avec froid qui bloque les méridiens, ou une stagnation du qi qui gêne la circulation de la chaleur.

Rameau de cannelier (gui zhi)

Piquant, douxTièdeCœur · Poumon · Vessie

Science : peu étudié seul chez l'humain

Angélique chinoise (racine) (dang gui)

Doux, piquantTièdeFoie · Cœur · Rate

Science : Raynaud : essais de formules de faible qualité ; interaction possible avec un an

Gingembre frais (sheng jiang)

PiquantLégèrement tièdePoumon · Rate · Estomac

Science : chaleur des mains : un seul essai, sur 6 femmes
Tradition · pas une preuve d’efficacité

Consultez sans attendre si un doigt ou un orteil reste blanc, bleu ou noir, si une plaie apparaît au bout d'un doigt ou d'un orteil, si une main ou un pied devient soudain froid, pâle et douloureux (appelez le 15), si une douleur du mollet survient à la marche et cède au repos, ou si un phénomène de Raynaud apparaît après 30 ans, ne touche qu'un côté, ou s'accompagne d'une peau qui épaissit sur les doigts, de douleurs articulaires, d'éruptions, d'une faiblesse musculaire ou de difficultés à avaler.

Analyses à discuter avec votre médecin : Ferritine · Anticorps antinucléaires

Ce qui se passe dans le corps

Vos mains et vos pieds servent de radiateurs. Quand il fait froid, le corps resserre les petites artères de la peau des extrémités : c’est la vasoconstriction. Il garde ainsi sa chaleur pour le cœur, le cerveau et les organes. Avoir les extrémités fraîches en hiver est donc, le plus souvent, une réaction normale.

Chez certaines personnes, cette réponse s’emballe. Les doigts ou les orteils deviennent d’un coup blancs, puis bleus, puis rouges au réchauffement, avec engourdissement ou douleur : c’est le phénomène de Raynaud. Selon un consensus de la Société française de médecine vasculaire, il concerne 10 à 15 % des Français. Il est le plus souvent « primaire », c’est-à-dire sans maladie en dessous. Une revue publiée dans Clinical Rheumatology rappelle que ce terme regroupe sans doute des situations différentes, de la simple sensibilité excessive au froid à une atteinte des vaisseaux.

Les causes les plus fréquentes

  • Le froid, mais aussi le stress et l’anxiété, que le NHS cite comme déclencheurs ;
  • Le tabac, qui resserre les vaisseaux et reste le premier facteur de risque de l’artériopathie des jambes ;
  • La caféine en excès et l’usage prolongé d’outils vibrants, également cités par le NHS ;
  • Certains médicaments, en particulier des bêtabloquants (prescrits pour la tension ou le cœur) ;
  • Une anémie par manque de fer, qui réduit la capacité à garder sa chaleur au froid ;
  • Une hypothyroïdie (manque d’hormone thyroïdienne), dont la frilosité est un signe classique mais peu spécifique, selon une revue du Lancet ;
  • Plus rarement, une maladie auto-immune comme la sclérodermie systémique, qui commence souvent par un Raynaud.

L’artériopathie des membres inférieurs (rétrécissement des artères des jambes par des dépôts graisseux) se signale surtout par une douleur du mollet à la marche, qui disparaît après quelques minutes de repos. Elle peut aussi refroidir et engourdir le pied. Le tabac en est, selon le NHS, le principal facteur de risque.

Ce qui aide, selon les études

Les mesures de base

Le NHS recommande de garder le logement chaud, de porter des vêtements chauds par temps froid (surtout sur les mains et les pieds), d’éviter les changements brusques de température, de bouger régulièrement et de ne pas fumer. Il conseille aussi de limiter la caféine (café, thé, cola, chocolat), qui peut déclencher des crises. Des exercices de respiration ou le yoga peuvent aider à gérer le stress.

Les médicaments

Quand les crises sont fréquentes ou gênantes, le médecin peut proposer un inhibiteur calcique, un médicament de la tension qui dilate les vaisseaux. Une revue Cochrane conclut à un effet modeste dans le Raynaud primaire : un peu moins de crises, une intensité presque inchangée, et des effets indésirables fréquents. À l’inverse, si vous prenez un bêtabloquant et que vos doigts blanchissent, signalez-le : une méta-analyse publiée dans le British Journal of Clinical Pharmacology montre que certaines molécules favorisent la vasoconstriction des extrémités.

Les remèdes populaires

Le biofeedback (apprendre à réchauffer ses doigts en suivant leur température sur un écran) a été testé dans un grand essai publié dans les Archives of Internal Medicine : il n’a pas fait mieux qu’une technique témoin. Pour le ginkgo, un essai contrôlé publié dans le Journal of Cardiovascular Pharmacology ne trouve pas de différence avec un placebo. Les huiles de poisson et les autres compléments n’ont pas montré d’effet net dans une méta-analyse de la revue Rheumatology, qui souligne la faible qualité des essais disponibles.

Et le fer ?

Une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition a montré que des femmes ayant une anémie par manque de fer maintenaient moins bien leur température au froid, et que corriger l’anémie l’améliorait en partie. L’étude est petite et ancienne. Elle invite à vérifier son fer en cas de frilosité associée à de la fatigue, avant tout complément.

Ce que propose la médecine chinoise

Présentée ici comme une tradition, la médecine chinoise rattache les extrémités froides à plusieurs motifs : un vide de yang (la chaleur ne parvient plus aux extrémités), un vide de sang associé à un froid qui bloque les méridiens, ou une stagnation du qi qui empêche la chaleur de circuler. Elle emploie des plantes de nature tiède comme le rameau de cannelier (gui zhi), la racine d’angélique chinoise (dang gui) ou le gingembre frais (sheng jiang).

Une méta-analyse publiée dans le Journal of Traditional Chinese Medicine a recensé huit essais de formules chinoises dans le Raynaud primaire, dont la décoction Dang gui si ni tang : leur qualité est faible et les résultats ne permettent pas de conclure. Prudence aussi : un cas d’interaction entre le dang gui et un anticoagulant, la warfarine, a été publié dans Pharmacotherapy.

Quand consulter

Consultez sans attendre si un doigt ou un orteil reste blanc, bleu ou noir, si une plaie apparaît au bout d’un doigt, ou si une douleur du mollet survient à la marche. Une main ou un pied qui devient soudain froid, pâle et douloureux signale une ischémie aiguë (le sang n’arrive plus), une urgence vasculaire : appelez le 15. Le NHS conseille aussi de consulter si un Raynaud apparaît après 30 ans, ne touche qu’un côté, ou s’accompagne de douleurs articulaires, d’éruptions ou d’une faiblesse musculaire. Une peau qui épaissit sur les doigts ou des difficultés à avaler peuvent faire évoquer une sclérodermie.

Le bilan minimal proposé par la Société française de médecine vasculaire associe un examen clinique, une capillaroscopie (observation au microscope des petits vaisseaux à la base des ongles) et une recherche d’anticorps antinucléaires dans le sang. Selon les signes, le médecin peut y ajouter un hémogramme, une ferritine ou une TSH.

À retenir

  • Des extrémités fraîches au froid sont le plus souvent une réaction normale du corps ;
  • Vêtements chauds, logement chauffé, arrêt du tabac et gestion du stress restent la base, selon le NHS ;
  • Les inhibiteurs calciques aident un peu, sur prescription ; ginkgo, huiles de poisson et biofeedback n’ont pas fait leurs preuves ;
  • Un manque de fer, une thyroïde ralentie ou un médicament peuvent entretenir la frilosité : parlez-en à votre médecin ;
  • Un doigt qui reste noir, une plaie au bout d’un doigt ou un membre soudain froid et douloureux imposent de consulter sans attendre.

Testez-vous

5 questions, chaque réponse expliquée

  1. 01Quelles mesures sont conseillées en premier ?

  2. 02Les inhibiteurs calciques sont-ils efficaces dans le Raynaud primaire ?

  3. 03Le ginkgo ou les huiles de poisson ont-ils fait leurs preuves ?

  4. 04Un bêtabloquant peut-il refroidir les doigts ?

  5. 05Quel signe impose d'appeler le 15 ?

Cette page peut aider quelqu’un ?

Envoyez-la : ce que dit la science, ce qui aide dans l’assiette, ce qu’en dit la tradition chinoise et les signes qui doivent faire consulter.

Sources

  1. NHS. Raynaud's. 2023 (page revue le 20 juillet 2023)
  2. Ennis H, Hughes M, Anderson ME, et al. Calcium channel blockers for primary Raynaud's phenomenon. Cochrane Database Syst Rev. 2016;2(2):CD002069. doi:10.1002/14651858.CD002069.pub5
  3. Khouri C, Jouve T, Blaise S, et al. Peripheral vasoconstriction induced by β-adrenoceptor blockers: a systematic review and a network meta-analysis. Br J Clin Pharmacol. 2016;82(2):549-60. doi:10.1111/bcp.12980
  4. Beard JL, Borel MJ, Derr J. Impaired thermoregulation and thyroid function in iron-deficiency anemia. Am J Clin Nutr. 1990;52(5):813-9. doi:10.1093/ajcn/52.5.813
  5. Raynaud's Treatment Study Investigators. Comparison of sustained-release nifedipine and temperature biofeedback for treatment of primary Raynaud phenomenon. Results from a randomized clinical trial with 1-year follow-up. Arch Intern Med. 2000;160(8):1101-8. doi:10.1001/archinte.160.8.1101
  6. Malenfant D, Catton M, Pope JE. The efficacy of complementary and alternative medicine in the treatment of Raynaud's phenomenon: a literature review and meta-analysis. Rheumatology (Oxford). 2009;48(7):791-5. doi:10.1093/rheumatology/kep039
  7. Bredie SJ, Jong MC. No significant effect of ginkgo biloba special extract EGb 761 in the treatment of primary Raynaud phenomenon: a randomized controlled trial. J Cardiovasc Pharmacol. 2012;59(3):215-21. doi:10.1097/FJC.0b013e31823c0bed
  8. Taylor PN, Medici MM, Hubalewska-Dydejczyk A, et al. Hypothyroidism. Lancet. 2024;404(10460):1347-1364. doi:10.1016/S0140-6736(24)01614-3
  9. Pauling JD, Hughes M, Pope JE. Raynaud's phenomenon-an update on diagnosis, classification and management. Clin Rheumatol. 2019;38(12):3317-3330. doi:10.1007/s10067-019-04745-5
  10. Pistorius MA, Carpentier PH ; groupe de travail Microcirculation de la Société française de médecine vasculaire. Bilan étiologique minimal du phénomène de Raynaud : un consensus d'experts. J Mal Vasc. 2012;37(4):207-12. doi:10.1016/j.jmv.2012.05.005
  11. NHS. Overview - Peripheral arterial disease (PAD). 2026 (page revue le 10 avril 2026)
  12. NHS. Scleroderma. 2023 (page revue le 24 mars 2023)
  13. Haute Autorité de santé. Protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) : sclérodermie systémique, synthèse à destination du médecin traitant. 2017
  14. Bagge JD, Eldrup N, Resch T, et al. [Acute limb ischaemia]. Ugeskr Laeger. 2025;187(7):V09240595. doi:10.61409/V09240595
  15. Zhang J, Hu J, He X, et al. Effectiveness of Chinese herbal medicine for primary Raynaud's phenomenon: a systematic review and Meta-analysis of randomized controlled trials. J Tradit Chin Med. 2020;40(4):509-517. doi:10.19852/j.cnki.jtcm.2020.04.001
  16. Sugimoto K, Takeuchi H, Nakagawa K, et al. Hyperthermic Effect of Ginger Extract-Containing Beverage on Peripheral Skin Surface Temperature in Women. Evid Based Complement Alternat Med. 2018;2018:3207623. doi:10.1155/2018/3207623
  17. Page RL, Lawrence JD. Potentiation of warfarin by dong quai. Pharmacotherapy. 1999;19(7):870-6. doi:10.1592/phco.19.10.870.31558
  18. Bensky D, Clavey S, Stöger E, Gamble A. Chinese Herbal Medicine: Materia Medica. 3e éd. (édition portable). Seattle : Eastland Press ; 2015. ISBN 978-0-939616-82-4
  19. Maciocia G. Les principes fondamentaux de la médecine chinoise. 3e éd. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2018. ISBN 978-2-294-75238-4
  20. Maciocia G, Burner S. La pratique de la médecine chinoise : traitement des maladies par l'acupuncture et la phytothérapie chinoise. 2e éd. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson ; 2022. ISBN 978-2-294-77713-4

Cette page explique, elle ne remplace pas l’avis d’un médecin. La médecine chinoise y est présentée comme une tradition, pas comme une preuve d’efficacité.

Toutes les recherches santé