Ce que mesure l’analyse
L’adiponectine est une protéine fabriquée surtout par le tissu adipeux, c’est-à-dire la graisse de l’organisme. Elle circule en grande quantité dans le sang. Elle agit sur le foie, les muscles et les vaisseaux : elle améliore la sensibilité à l’insuline (la capacité des cellules à répondre à cette hormone) et exerce un effet anti-inflammatoire (Turer et Scherer, 2012).
Sa particularité : elle baisse quand la masse grasse augmente. C’est l’inverse de la leptine, autre hormone du tissu adipeux. À l’autre extrême, chez les personnes très maigres, par exemple en cas d’anorexie mentale, l’adiponectine est élevée (Labcorp).
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang. Selon le laboratoire, le dosage se fait sur sérum ou sur plasma. Les consignes de jeûne et la durée de conservation acceptée varient d’un laboratoire à l’autre : suivez celles du laboratoire qui réalise l’analyse.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/mL, ce qui équivaut à des mg/L. Il n’existe pas d’intervalle de référence commun, car la valeur dépend de la méthode de dosage, du sexe, de l’âge et de la corpulence.
Deux exemples montrent l’écart entre laboratoires. Cleveland HeartLab, qui utilise l’immunoturbidimétrie, publie des intervalles par sexe et par indice de masse corporelle (IMC). Pour un IMC inférieur à 25 kg/m², l’intervalle va de 2,3 à 15,2 µg/mL chez l’homme et de 2,9 à 30,4 µg/mL chez la femme. Labcorp, qui utilise un ELISA, publie des intervalles par tranche d’âge, sans distinguer le sexe : de 2,5 à 12,3 µg/mL entre 20 et 29 ans, de 3,0 à 21,1 µg/mL entre 60 et 100 ans.
Le sexe pèse nettement. Dans une étude coréenne portant sur 1 200 adultes sans syndrome métabolique, les intervalles à 95 % allaient de 3,6 à 19,2 µg/mL chez l’homme et de 4,5 à 34,2 µg/mL chez la femme (Park et coll., 2013).
Ce qui compte vraiment : la comparaison avec une mesure précédente faite dans le même laboratoire, et la lecture avec la corpulence, la glycémie et l’insuline. Après une perte de poids (régime, activité physique, chirurgie de l’obésité), l’adiponectine tend à monter (Labcorp).
Ce que dit la science
Des taux bas sont associés à l’obésité, à la résistance à l’insuline, au diabète de type 2 et au syndrome métabolique. Une méta-analyse de 17 études prospectives a relié l’adiponectine au risque cardiovasculaire dans la population générale (Hao et coll., 2013).
Le tableau se complique. Dans de nombreuses maladies, y compris le diabète, une adiponectine élevée est associée à une mortalité plus forte. C’est le « paradoxe de l’adiponectine » (Menzaghi et Trischitta, 2018). Une méta-analyse de 55 études le confirme, avec un rapport de risque groupé de 1,24 pour la mortalité toutes causes (Scarale et coll., 2019). Les mécanismes restent inconnus ; un rôle des peptides natriurétiques, des hormones cardiaques, est évoqué.
Niveau de preuve : émergent. C’est un marqueur de recherche et de médecine préventive. À notre connaissance, aucune recommandation officielle ne prévoit son dosage en routine. Un résultat isolé ne permet donc ni diagnostic ni décision.
Les analyses à associer
L’adiponectine se lit avec la leptine (hormone produite par la graisse, qui signale les réserves d’énergie), le rapport leptine sur adiponectine, l’indice HOMA-IR (calcul de la résistance à l’insuline à partir de la glycémie et de l’insuline à jeun) et les triglycérides.
À retenir
- L’adiponectine baisse quand la masse grasse et la résistance à l’insuline augmentent.
- Les repères dépendent du laboratoire, du sexe et de la corpulence : ne comparez pas deux laboratoires.
- Une valeur haute n’est pas toujours favorable (maigreur extrême, paradoxe de mortalité).
- Le dosage n’est pas recommandé en routine : discutez le résultat avec un médecin.