Ce que mesure l’analyse
La progestérone est une hormone stéroïde fabriquée à partir de la prégnénolone, elle-même issue du cholestérol. Chez la femme en âge de procréer, elle vient presque entièrement du corps jaune, la structure qui reste dans l’ovaire après l’ovulation. Cela se passe pendant la phase lutéale, la seconde moitié du cycle. Chez l’homme, l’enfant, la femme en première partie de cycle et la femme ménopausée, elle provient en petite quantité des surrénales.
Son rôle : préparer l’utérus. Après l’action de l’estradiol, qui fait épaissir la muqueuse, la progestérone transforme cette muqueuse pour qu’un embryon puisse s’y implanter, puis elle aide à maintenir la grossesse. Le corps jaune assure sa production pendant les premières semaines ; le placenta prend ensuite le relais. Dans le sang, elle circule surtout liée à des protéines de transport, et seule une petite fraction est libre.
Comment se passe le prélèvement
Dans le sang, le jour du cycle décide de tout. Pour confirmer une ovulation, on prélève en milieu de phase lutéale, environ une semaine avant les règles attendues. Le « jour 21 » ne vaut que pour un cycle de durée standard : si vos cycles sont plus longs, on décale le prélèvement d’autant. Avec des cycles irréguliers, le médecin peut demander plusieurs dosages et interpréter le résultat une fois les règles revenues.
Indiquez toujours la date de vos dernières règles, une grossesse possible, une contraception œstroprogestative ou un traitement par progestérone. Il existe aussi un dosage dans la salive, proposé surtout par des laboratoires de médecine fonctionnelle. Nous n’avons trouvé aucune recommandation d’autorité de santé ni de société savante qui le valide pour confirmer l’ovulation ou diagnostiquer un déficit. Ses repères dépendent du laboratoire, et nous n’en donnons pas ici.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/mL ou en nmol/L (multipliez les ng/mL par 3,18). Les valeurs dépendent de la technique de dosage : lisez toujours votre résultat avec les repères imprimés sur votre compte rendu. À titre indicatif, Biomnis donne, chez la femme, jusqu’à 1,3 ng/mL en phase folliculaire et de 5 à 25 ng/mL en milieu de phase lutéale. Au-delà de 5 ng/mL, la présence d’un corps jaune, donc d’une ovulation, est considérée comme établie.
Les seuils ne font pas consensus. En pratique générale britannique, on retient plutôt plus de 30 nmol/L (près de 9,4 ng/mL) comme compatible avec une ovulation, et on répète le dosage entre 10 et 30 nmol/L en revoyant le calendrier des cycles. La sécrétion de progestérone est pulsatile : une valeur isolée peut tomber dans un creux. C’est pourquoi un dosage unique ne suffit pas à diagnostiquer une insuffisance lutéale ; l’anomalie doit se répéter sur plusieurs cycles.
Pendant la grossesse, les valeurs montent bien plus haut (15 à 50 ng/mL entre 5 et 13 semaines d’aménorrhée, 95 à 200 ng/mL en fin de grossesse) et ne se comparent plus aux repères du cycle. Le dosage n’a d’intérêt qu’au premier trimestre : saignements, fausses couches répétées, ou suspicion de grossesse extra-utérine, où la valeur est anormalement basse et se lit avec l’hCG.
Ce que dit la science
Le dosage au milieu de la phase lutéale est la méthode biologique classique pour confirmer une ovulation, mais il n’existe pas de seuil unique : selon les sources, la limite se situe entre quelques ng/mL et une dizaine. Un seuil de 10 ng/mL en milieu de phase lutéale a été proposé pour définir l’insuffisance lutéale. Il a été rapidement jugé peu fiable comme critère isolé, à cause des grandes variations entre personnes et de la sécrétion pulsatile. D’autres auteurs ont proposé trois prélèvements à trois jours différents, avec une somme supérieure à 15 ng/mL, sans consensus clair.
Le niveau de preuve est donc « courant » : le dosage est utile et très utilisé pour confirmer l’ovulation, mais fragile pour poser un diagnostic d’insuffisance lutéale. Il n’existe pas de repère validé pour la progestérone salivaire.
Les analyses à associer
- L’œstradiol, qui prépare l’action de la progestérone.
- La LH, dont le pic précède l’ovulation.
- L’hCG, en début de grossesse.
- La 17-hydroxyprogestérone, stéroïde voisin utile devant une hypertension ou un excès d’androgènes.
À retenir
- Le moment du prélèvement compte plus que le chiffre : milieu de phase lutéale, et non un jour fixe.
- Au-delà de 5 ng/mL, une ovulation est affirmée selon Biomnis ; d’autres sources retiennent un seuil plus élevé.
- Un dosage unique ne suffit pas à parler d’insuffisance lutéale.
- Le dosage salivaire n’a pas de repère validé par une autorité de santé.