Ce que mesure l’analyse
L’inhibine B est une hormone de la famille du TGF-β, composée d’une sous-unité alpha et d’une sous-unité bêta B. Chez l’homme, elle est produite exclusivement par le testicule, surtout par les cellules de Sertoli avant la puberté ; chez l’adulte, l’origine exacte reste discutée. Chez la femme, elle est fabriquée par les petits follicules antraux de l’ovaire. Elle freine la sécrétion de FSH par l’hypophyse : c’est une boucle de rétrocontrôle.
Chez l’homme adulte, sa production dépend à la fois de la FSH et de l’état de la spermatogenèse. Elle suit un rythme dans la journée, proche de celui de la testostérone. Chez la femme, elle varie au cours du cycle. Elle commence souvent à baisser avant que l’estradiol ne change, ce qui explique l’intérêt qu’on lui a porté pour prévoir la ménopause.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang, sur sérum. Chez la femme réglée, les repères s’appliquent à la phase folliculaire : indiquez le jour du cycle. Signalez la prise de biotine (vitamine B8) à forte dose, qui peut perturber certains immunodosages, ainsi qu’un traitement hormonal, une stimulation ovarienne ou une injection de FSH. Un échantillon très hémolysé est rejeté par certains laboratoires.
Le dosage est peu courant : il n’est pas réalisé partout, et des laboratoires l’ont arrêté pour la surveillance de la réserve ovarienne. Votre médecin vous dira où le faire faire.
Comment lire le résultat
L’inhibine B s’exprime en pg/mL. Les repères dépendent de la méthode. Le laboratoire Cleveland Clinic, qui utilise un ELISA ANSH ultrasensible depuis février 2021, donne chez la femme : 8 à 223 pg/mL de 13 à 41 ans en phase folliculaire ; 1 à 107 pg/mL de 42 à 51 ans ; 1 à 11 pg/mL après la ménopause. Chez l’homme : 47 à 383 pg/mL de 8 à 30 ans ; 10 à 357 pg/mL de 31 à 72 ans. Les résultats de l’ancienne méthode (Beckman Gen II) ne sont pas interchangeables avec ceux-ci.
Chez l’homme, plus la spermatogenèse est atteinte, plus l’inhibine B diminue. Elle est particulièrement basse quand la production de spermatozoïdes est absente ou négligeable, ou quand l’arrêt de la maturation est précoce. Chez la femme, une valeur dans la zone postménopausique évoque une réserve ovarienne diminuée. Après l’exérèse d’une tumeur de la granulosa, elle chute, et sa remontée peut précéder les symptômes d’une récidive.
Ce que dit la science
Une étude de Pierik et coll. (1998), portant sur 218 hommes subfertiles, concluait que l’inhibine B était le meilleur marqueur endocrinien disponible de la spermatogenèse, avec une exactitude de 95 % contre 80 % pour la FSH pour distinguer une spermatogenèse conservée d’une spermatogenèse altérée. Une revue de 2001 (Meachem, Nieschlag, Simoni) nuance : l’inhibine B est un index valable, mais son dosage reste de pertinence clinique limitée pour un patient donné. Elle ne prédit pas de façon fiable la présence de spermatozoïdes en biopsie, et il existe des cas de syndrome à cellules de Sertoli seules avec une inhibine B normale. L’inhibine B et la FSH ensemble sont un meilleur marqueur que chacune seule.
Chez la femme, l’AMH l’a largement remplacée pour évaluer la réserve ovarienne, car elle varie moins au cours du cycle. L’inhibine B garde un rôle de marqueur de tumeur de la granulosa : elle est élevée dans 89 à 100 % de ces tumeurs et dans 55 à 60 % des tumeurs épithéliales de l’ovaire, selon un manuel de laboratoire, mais une valeur normale n’exclut pas la maladie. Niveau de preuve « émergent » : l’intérêt est démontré en recherche, mais l’usage individuel reste limité.
Les analyses à associer
- La FSH, avec laquelle elle forme une boucle de rétrocontrôle.
- L’AMH, marqueur de réserve ovarienne plus stable.
- Le spermogramme, qui montre la production réelle de spermatozoïdes.
- La testostérone totale, chez l’homme.
À retenir
- L’inhibine B reflète la fonction folliculaire chez la femme et la spermatogenèse chez l’homme.
- Son intérêt est surtout collectif ; pour une personne, elle ne tranche presque jamais seule.
- Les repères dépendent de la méthode : ne comparez pas deux laboratoires.
- La biotine à haute dose peut fausser le résultat : signalez-la.