Ce que mesure l’analyse
L’hormone antimüllérienne (AMH) est une glycoprotéine de 140 kDa de la famille du TGF-β. Chez le fœtus masculin, elle est sécrétée dès la huitième semaine de grossesse par les cellules de Sertoli du testicule : elle empêche le développement de l’utérus et des trompes. Après la naissance, le testicule continue d’en produire de grandes quantités chez le garçon, jusqu’à la puberté, où la testostérone la fait presque disparaître. Chez l’homme adulte, elle est donc très basse.
Chez la fille et la femme, l’AMH est sécrétée en petite quantité par les cellules de la granulosa des petits follicules ovariens. Son taux dans le sang est corrélé au nombre de follicules primordiaux : c’est un marqueur de la réserve ovarienne. Il baisse avec l’âge et s’effondre à la ménopause.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang suffit. Contrairement à la FSH, l’AMH varie peu au cours du cycle : elle peut être dosée à n’importe quel moment, ce que Biomnis cite comme un avantage sur la FSH, l’estradiol et l’inhibine B. Indiquez au laboratoire la date de vos dernières règles, un traitement en cours (chez l’homme, par testostérone), et une éventuelle intervention chirurgicale récente sur l’ovaire.
Le dosage est de type immunométrique avec un marqueur enzymatique. Les résultats sont exprimés en ng/mL ou en pmol/L, avec un facteur de conversion de 7,13. Le résultat dépend de la technique : deux réactifs peuvent donner des valeurs différentes sur le même échantillon. Suivez donc vos dosages dans le même laboratoire.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de « bonne valeur » universelle. À titre indicatif, Biomnis rapporte pour des femmes réglées de 14 à 30 ans, avec une méthode précise (DSL France), 0,4 à 6,3 ng/mL, et 2,0 à 6,8 ng/mL au 3e jour du cycle avec une autre méthode (Immunotech). Chez l’homme de 19 à 30 ans, avec la méthode DSL, 1,5 à 11,8 ng/mL. Ces valeurs anciennes ne remplacent pas les repères du réactif que votre laboratoire utilise aujourd’hui.
En procréation médicalement assistée, les critères POSEIDON classent une femme comme à faible pronostic quand son AMH est inférieure à 1,2 ng/mL, associée à moins de 5 follicules antraux à l’échographie. Les critères de Bologna, plus anciens, retenaient un seuil situé entre 0,5 et 1,1 ng/mL, actualisé en 2014 entre 0,7 et 1,3 ng/mL selon les laboratoires. Ces seuils servent à anticiper la réponse à la stimulation, pas à prédire la fertilité naturelle.
Ce que dit la science
Biomnis rapporte que l’AMH est un meilleur marqueur de la réponse ovarienne que la FSH, l’estradiol ou l’inhibine B, car elle est indépendante et ne varie pas d’un cycle à l’autre. Plus elle est élevée, plus le nombre d’ovocytes recueillis en FIV est important, et inversement. Pour certains auteurs, elle n’est pas corrélée à la qualité des ovocytes ni au taux de fécondation. Une AMH très élevée prédit aussi un risque d’hyperstimulation ovarienne.
La recommandation internationale sur le syndrome des ovaires polykystiques de 2023 a fait entrer l’AMH dans le diagnostic chez l’adulte. Elle peut remplacer l’échographie pour définir des ovaires polykystiques, à condition que deux critères sur trois soient réunis. Elle n’est pas recommandée chez l’adolescente dans les années qui suivent les premières règles. Une méta-analyse de 2024 conclut que l’AMH seule est insuffisante pour poser le diagnostic. Niveau de preuve « courant » : l’AMH est très utilisée en procréation médicalement assistée et recommandée dans le diagnostic du syndrome des ovaires polykystiques, mais les seuils varient d’une méthode à l’autre.
Les analyses à associer
- La FSH et l’œstradiol, dosés au 3e jour du cycle.
- L’inhibine B, autre marqueur folliculaire.
- La LH, dans l’exploration d’un syndrome des ovaires polykystiques.
À retenir
- L’AMH reflète le stock de follicules, pas la qualité des ovocytes.
- Elle peut être dosée à n’importe quel moment du cycle.
- Les valeurs varient selon la méthode : comparez-vous aux repères de votre laboratoire.
- Elle sert à anticiper la réponse en FIV et à diagnostiquer un syndrome des ovaires polykystiques chez l’adulte.
- Une AMH basse ne dit pas, seule, qu’une grossesse est impossible. Parlez-en à votre gynécologue.