Ce que mesure l’analyse
Chaque spermatozoïde transporte de l’ADN, le matériel génétique transmis à l’embryon. Cet ADN peut présenter des cassures, comme des pages déchirées dans un livre. Le test de fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes (en anglais DNA Fragmentation Index, ou DFI) estime la proportion de spermatozoïdes concernés. Le résultat s’exprime en pourcentage.
Ces cassures ont plusieurs origines : la mort programmée de la cellule (l’apoptose), des erreurs pendant le remodelage de l’ADN lors de la fabrication des spermatozoïdes, et surtout le stress oxydant, c’est-à-dire un excès de molécules agressives (les radicaux libres) face aux défenses de l’organisme. Eurofins Biomnis décrit la fragmentation comme un marqueur final du stress oxydant. Le spermogramme classique ne la reflète que très peu : un sperme d’aspect normal peut avoir un DFI élevé.
Plusieurs techniques existent : le SCSA (Sperm Chromatin Structure Assay, coloration à l’acridine orange puis analyse en cytométrie de flux), le TUNEL (marquage fluorescent des cassures), le SCD (dispersion de la chromatine) et le test des comètes. Elles ne sont pas interchangeables.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait dans un flacon stérile, après une période d’abstinence sexuelle. Eurofins Biomnis demande 3 à 5 jours, le laboratoire Eylau (Paris) 3 à 6 jours. Suivez la consigne écrite de votre laboratoire : une abstinence longue figure parmi les situations qui majorent le stress oxydant.
Lavez-vous les mains au savon, puis nettoyez le gland avec la lingette fournie, sans préservatif. Recueillez la totalité de l’éjaculat, notez la date et l’heure, puis apportez le flacon sans attendre. Pour le SCSA, le laboratoire congèle l’échantillon dans l’heure qui suit le recueil. Un échantillon très pauvre en spermatozoïdes ou chargé en débris peut donner un résultat inexploitable (SCSA Diagnostics).
Comment lire le résultat
Un pourcentage n’a de sens que pour la technique qui l’a produit. Pour le SCSA, SCSA Diagnostics (laboratoire fondé par le concepteur du test) propose quatre zones, reliées aux issues de grossesse chez des couples sans facteur féminin d’infertilité :
- moins de 15 % : issues excellentes à bonnes ;
- de 15 % à 25 % : issues bonnes à moyennes ;
- de 25 % à 40 % : issues moyennes à mauvaises ;
- plus de 40 % : issues très mauvaises.
Le laboratoire précise que le seuil de 25 % est statistique : un DFI plus élevé n’interdit pas une grossesse menée à terme. Eurofins Biomnis donne en exemple un résultat normal sous 15 % et un résultat très élevé au-delà de 30 %. Avec le TUNEL ou les autres méthodes, les seuils diffèrent : ne comparez pas un résultat TUNEL aux zones du SCSA.
Ce qui compte vraiment : le contexte (âge de la partenaire, durée des essais, spermogramme) et la répétition. Le SCSA est plus stable que le spermogramme, mais certains hommes en limite de zone varient d’un prélèvement à l’autre. SCSA Diagnostics conseille de refaire le test quelques mois après un résultat défavorable. Fièvre, infection, chaleur ou tabac peuvent contribuer à un pic transitoire.
Ce que dit la science
Une fragmentation élevée est associée, dans de nombreuses études, à une conception plus lente, à de moins bons résultats en procréation médicalement assistée et à plus de fausses couches. Les sociétés savantes restent pourtant prudentes. L’AUA/ASRM (2024) ne recommande pas ce test dans la première évaluation du couple infertile (recommandation modérée, niveau de preuve C). Elle le recommande, avec le caryotype, chez l’homme dont la partenaire a fait deux fausses couches ou plus (même gradation). L’ESHRE (2023) déconseille de le réaliser quand l’infertilité est inexpliquée et que le spermogramme est normal. Les raisons avancées : absence de seuil standardisé, techniques non interchangeables et résultats parfois incohérents.
Les leviers évoqués dans la littérature sont ceux du stress oxydant : arrêt du tabac, perte de poids, limitation de la chaleur testiculaire, traitement d’une infection ou d’une varicocèle. Une revue de 2022 sur les recommandations rapporte une baisse du DFI après chirurgie de la varicocèle. L’AUA/ASRM juge en revanche d’utilité clinique douteuse les compléments antioxydants dans l’infertilité masculine, et indique qu’aucune étude prospective n’a évalué directement l’effet du test sur la prise en charge du couple.
Les analyses à associer
Le spermogramme reste l’examen de base. La FSH (hormone folliculostimulante), l’inhibine B et la testostérone totale renseignent sur le fonctionnement du testicule. Seul un andrologue ou un médecin de la reproduction peut décider d’aller plus loin.
À retenir
- Le DFI estime le pourcentage de spermatozoïdes dont l’ADN est cassé.
- Les seuils dépendent de la technique : ceux du SCSA ne valent pas pour le TUNEL.
- Ce n’est pas un test de première intention : l’AUA/ASRM le recommande surtout après des fausses couches répétées.
- Respectez la durée d’abstinence demandée et apportez l’échantillon sans délai.
- Un résultat élevé n’est pas forcément définitif : il se discute avec un médecin et se contrôle.