Ce que mesure l’analyse
Le cortisol est l’hormone du stress, fabriquée par les surrénales. Dans le sang, la plus grande partie est liée à des protéines et donc inactive. La petite fraction « libre » est active, et c’est elle que le rein filtre. Le cortisol libre urinaire (CLU) mesure la quantité de cortisol libre éliminée dans les urines sur 24 heures. Il reflète donc l’exposition à une hormone active sur une journée entière, et non un instant précis.
Plus le cortisol libre du sang est élevé, plus il en passe dans les urines (Mayo Clinic Laboratories). C’est pourquoi le CLU sert à dépister l’excès de cortisol, appelé syndrome de Cushing.
Comment se passe le prélèvement
Vous recueillez toutes vos urines pendant 24 heures dans un flacon fourni par le laboratoire. Le premier matin, videz la vessie sans conserver cette miction et notez l’heure. Gardez ensuite toutes les urines jusqu’au lendemain à la même heure, en incluant cette dernière miction. Notez le volume total. Le laboratoire dose aussi la créatinine, un déchet musculaire éliminé à débit à peu près constant, pour vérifier que le recueil est complet.
Il n’est pas nécessaire d’être à jeun. Signalez vos médicaments, notamment les corticoïdes sous toutes leurs formes, et votre consommation de réglisse. Le recueil est souvent répété : l’Endocrine Society recommande au moins deux mesures pour le dépistage.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en nmol/24 h ou en µg/24 h (1 µg/24 h = 2,76 nmol/24 h, facteur de conversion de Mayo Clinic Laboratories). Les repères dépendent de la méthode de dosage. Une présentation de l’hôpital de la Timone (2013) cite 27 à 135 nmol/24 h chez la femme et 54 à 135 nmol/24 h chez l’homme. Mayo Clinic Laboratories, qui dose par spectrométrie de masse, donne 3,5 à 45 µg/24 h chez l’adulte, soit environ 9,7 à 124 nmol/24 h. Ces écarts rappellent qu’une valeur se compare aux repères imprimés sur votre compte rendu.
Un résultat au-dessus de la limite n’est pas un diagnostic. Beaucoup de situations élèvent le CLU sans syndrome de Cushing : stress important, infection, dépression, anorexie mentale, obésité, alcoolisme, insuffisance rénale ou hépatique sévère (hôpital de la Timone), grossesse (jusqu’au double, selon Mayo). Un résultat bas ne permet pas d’écarter une insuffisance surrénalienne : le CLU ne sert pas à la diagnostiquer seul.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « validé » (a). L’Endocrine Society (Nieman et al., 2008) recommande de commencer par un seul test très fiable : cortisol libre urinaire (au moins deux mesures), cortisol salivaire de fin de soirée (deux mesures), freinage à la dexaméthasone en dose de 1 mg la nuit ou de 2 mg sur 48 heures. Elle recommande en revanche de ne pas utiliser un cortisol sanguin pris au hasard ni l’ACTH plasmatique pour dépister. Un résultat anormal conduit à voir un endocrinologue, et deux tests concordants justifient de chercher la cause.
Le choix du test dépend de la situation. Le CLU ou le cortisol salivaire de minuit sont préférés aux freinages en cas de syndrome cyclique. Le freinage est préféré en cas d’insuffisance rénale sévère. En cas de nodule surrénalien découvert par hasard et de suspicion d’excès modeste, le freinage ou le cortisol de fin de soirée sont suggérés plutôt que le CLU. Autre limite : les dosages par immunoanalyse peuvent être gênés par la carbamazépine ou les corticoïdes de synthèse, d’où la préférence de Mayo pour la spectrométrie de masse.
Les analyses à associer
Le cortisol sanguin du matin donne l’état à un instant. L’ACTH, dosée avec le cortisol, oriente vers l’origine d’un excès ou d’un déficit. Le cycle du cortisol salivaire montre si le cortisol baisse bien le soir. La cortisone aide à lire l’équilibre entre cortisol et cortisone.
À retenir
- Le CLU mesure le cortisol actif éliminé en 24 heures : un recueil rigoureux est indispensable.
- Il se répète : l’Endocrine Society recommande au moins deux mesures pour le dépistage.
- Stress, dépression, alcool, obésité, grossesse, corticoïdes et réglisse peuvent le modifier sans syndrome de Cushing.
- Les repères varient selon la méthode : fiez-vous à ceux de votre compte rendu.
- Seul un médecin peut interpréter ce résultat avec l’ensemble du dossier.