Ce que mesure l’analyse
L’ACTH, ou corticotrophine, est une hormone fabriquée par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Elle commande aux glandes surrénales de produire du cortisol. Quand le cortisol baisse, l’hypophyse libère plus d’ACTH. Quand il monte, elle en libère moins : c’est une boucle de régulation. ACTH et cortisol atteignent leur maximum entre 6 h et 8 h du matin et leur minimum vers 23 h (Mayo Clinic Laboratories).
Mesurer l’ACTH permet de situer l’origine d’un problème de cortisol : dans les surrénales, ou plus haut, dans l’hypophyse ou l’hypothalamus.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang, de préférence le matin, entre 7 h et 10 h, horaire sur lequel reposent les repères de Mayo. Le tube (EDTA) est refroidi à l’avance et transporté dans la glace. Le laboratoire doit centrifuger au froid dans les 2 heures, puis congeler le plasma aussitôt. Le plasma se conserve 3 heures au réfrigérateur ou 2 heures à température ambiante. Ce prélèvement se fait donc de préférence dans un laboratoire équipé.
Mayo demande d’arrêter, 12 heures avant, les multivitamines et compléments contenant de la biotine (vitamine B7), qui peut interférer avec ce dosage. N’arrêtez jamais un médicament de votre propre initiative, notamment les corticoïdes.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en ng/L ou en pg/mL, deux unités équivalentes, parfois en pmol/L. Chez l’adulte, Mayo Clinic Laboratories donne 7,2 à 63 pg/mL pour un prélèvement du matin (Roche Elecsys, électrochimiluminescence), sans valeur établie pour un prélèvement de l’après-midi. Les valeurs de l’enfant sont les mêmes que celles de l’adulte. Une présentation de l’hôpital de la Timone (2013) cite 10 à 50 ng/L le matin. Les valeurs obtenues avec des méthodes ou des trousses différentes ne sont pas interchangeables (Mayo).
Ce qui compte vraiment : toujours lire l’ACTH avec le cortisol prélevé en même temps. Un cortisol bas avec une ACTH élevée oriente vers la surrénale (insuffisance surrénalienne primaire). Un cortisol bas avec une ACTH non élevée oriente vers l’hypophyse ou l’hypothalamus (insuffisance secondaire). Devant un excès de cortisol prouvé, une ACTH freinée évoque une cause surrénalienne ou des corticoïdes. Une ACTH normale ou élevée évoque une cause hypophysaire ou une sécrétion d’ACTH ailleurs (Mayo).
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « validé » (a). L’Endocrine Society (Bornstein et al., 2016) recommande de mesurer l’ACTH plasmatique pour établir une insuffisance surrénalienne primaire : chez une personne dont le déficit en cortisol est confirmé, une ACTH supérieure à deux fois la limite supérieure du laboratoire est compatible avec ce diagnostic. Elle suggère aussi, si le test au tétracosactide est impossible, un cortisol du matin inférieur à 5 µg/dL (140 nmol/L) avec l’ACTH comme test préliminaire. En revanche, l’Endocrine Society recommande de ne pas utiliser l’ACTH plasmatique pour dépister un syndrome de Cushing (Nieman et al., 2008).
Limites : l’ACTH varie beaucoup avec l’heure, le stress et l’état physiologique, d’où l’importance de la lire avec un cortisol simultané. Les corticoïdes la freinent. Un traitement par ACTH 1-24 interdit son dosage. Des anticorps interférents rares (HAMA) peuvent perturber les trousses (Mayo).
Les analyses à associer
Le cortisol sanguin du même prélèvement est indispensable. Le cortisol libre urinaire explore l’excès de cortisol sur 24 heures. L’aldostérone et la rénine, dosées ensemble, recherchent un déficit en minéralocorticoïdes dans l’insuffisance surrénalienne primaire.
À retenir
- L’ACTH est l’hormone de l’hypophyse qui commande le cortisol de la surrénale.
- Le prélèvement se fait le matin, sur tube refroidi, transporté dans la glace.
- Elle se lit toujours avec le cortisol du même prélèvement.
- Elle sert à situer l’origine d’un déficit ou d’un excès de cortisol, pas à dépister un syndrome de Cushing.
- Seul un médecin peut interpréter le résultat avec le contexte clinique.