Ce que mesure l’analyse
Les métanéphrines sont les dérivés de l’adrénaline (métanéphrine) et de la noradrénaline (normétanéphrine). Selon l’Endocrine Society (2014), elles sont fabriquées en continu à l’intérieur des cellules chromaffines, les cellules de la médullosurrénale qui produisent les catécholamines, ou des tumeurs qui en dérivent. Une enzyme, la COMT, les produit sans dépendre de la libération en à-coups des catécholamines. Cette production continue les rend plus fiables que les catécholamines pour repérer un phéochromocytome (tumeur de la médullosurrénale) ou un paragangliome (tumeur apparentée située hors de la surrénale).
Les métanéphrines « libres » se dosent dans le plasma, les métanéphrines « fractionnées » dans les urines de 24 heures.
Comment se passe le prélèvement
Pour le sang, l’Endocrine Society suggère un prélèvement allongé, après au moins 30 minutes de repos, avec des repères établis dans la même position. Un prélèvement assis augmente de 2,8 fois les faux positifs. Pour les urines, la collecte dure 24 heures : la créatinine doit être dosée pour vérifier que le recueil est complet. Suivez la notice du laboratoire pour le conservateur.
Informez le médecin de tout médicament. Les antidépresseurs tricycliques, le labétalol et le sotalol, la méthyldopa, les IMAO, les sympathomimétiques, la cocaïne et la sulfasalazine peuvent augmenter les résultats. Le paracétamol interfère avec certaines méthodes anciennes. Mayo signale qu’un traitement par métirosine peut abaisser artificiellement les valeurs plasmatiques.
Comment lire le résultat
L’unité est le nmol/L pour le sang. Mayo Clinic Laboratories (LC-MS/MS) indique une normétanéphrine libre inférieure à 0,90 nmol/L et une métanéphrine libre inférieure à 0,50 nmol/L. Pour un prélèvement couché, l’étude de Lenders (2002), citée dans la recommandation, retient 0,61 et 0,31 nmol/L. Les limites hautes issues de prélèvements assis peuvent être jusqu’à 2 fois plus élevées que celles obtenues couché : lisez toujours le résultat avec les repères du laboratoire et la position décrite.
La probabilité de tumeur est faible (0,2 à 0,6 % des hypertendus en consultation générale), donc les faux positifs dominent : la recommandation cite 19 à 21 % de faux positifs. Une élévation isolée à 3 fois la limite supérieure ou plus est rarement un faux positif, et l’élévation simultanée des deux métanéphrines l’est encore moins. Un résultat limite se répète d’abord allongé, avant toute autre démarche.
Ce que dit la science
L’Endocrine Society recommande, avec un niveau de preuve élevé, les métanéphrines plasmatiques libres ou urinaires fractionnées en première intention. Elle suggère la spectrométrie de masse ou la détection électrochimique plutôt que les immunodosages, qui sous-estiment les concentrations. Mayo indique que la sensibilité du dosage plasmatique approche 100 % : un résultat normal rend un phéochromocytome sécrétant très improbable.
Les limites : certains paragangliomas (base du crâne, cou) et ceux liés à des variants SDHx peuvent être biochimiquement silencieux, et seule l’imagerie les trouve. Un stress physiologique intense, comme en réanimation, peut aussi élever les valeurs. Une valeur basse n’a pas d’intérêt clinique propre.
Les analyses à associer
Les catécholamines urinaires servent d’appoint quand le doute persiste. La chromogranine A et l’acide vanillylmandélique sont des tests complémentaires. La créatinine valide la qualité du recueil urinaire.
À retenir
- Les métanéphrines sont le test de première intention du phéochromocytome.
- Prélevez allongé, au repos, avec des repères adaptés à cette position.
- Beaucoup de résultats élevés sont des faux positifs : médicaments, stress, position assise.
- Une élévation à 3 fois la limite supérieure ou plus justifie un bilan spécialisé.
- Un résultat normal, avec une bonne méthode, écarte presque toujours une tumeur sécrétante.