Ce que mesure l’analyse
La cholinestérase sérique, aussi appelée butyrylcholinestérase (BChE) ou pseudocholinestérase, est une enzyme fabriquée par le foie et très présente dans le plasma. Il ne faut pas la confondre avec l’acétylcholinestérase, l’enzyme des nerfs et des globules rouges, qui joue un rôle central dans la transmission nerveuse.
La BChE est exprimée dans de nombreux organes. Son activité dans le sang peut varier dans les deux sens, plus haute ou plus basse que la normale. Son dosage sert à explorer les maladies chroniques du foie, à diagnostiquer une intoxication par les carbamates ou les organophosphorés, et à éclairer certaines anomalies de détoxification (Pohanka, 2013)1. Elle dégrade en effet des substances comme la cocaïne, le suxaméthonium (un curare utilisé en anesthésie) ou l’aspirine, et cette dégradation est ralentie chez les porteurs du variant K de l’enzyme.
Comme l’albumine, la BChE est fabriquée par le foie : une baisse de son activité reflète une moindre capacité de synthèse hépatique.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang simple suffit, sans jeûne particulier. Le laboratoire mesure l’activité de l’enzyme, exprimée en UI/L, et non sa concentration. Les valeurs de référence dépendent de la technique de dosage, de l’âge et du sexe : nous ne donnons donc aucun repère chiffré ici. Fiez-vous à l’intervalle indiqué sur votre compte rendu.
Prévenez le préleveur en cas de grossesse, de traitement anticholinestérasique, d’exposition récente à des pesticides ou de dénutrition. En cas de suspicion d’intoxication, l’interprétation dépend de la date de l’exposition.
Comment lire le résultat
Une activité basse s’interprète selon le contexte. Dans une maladie du foie, elle suggère une synthèse réduite, souvent en même temps qu’une baisse de l’albumine et du taux de prothrombine. Lors d’une exposition à des pesticides organophosphorés ou aux carbamates, elle témoigne de l’inhibition de l’enzyme. Une dénutrition, une inflammation sévère ou la grossesse peuvent aussi l’abaisser. Enfin, un déficit héréditaire entraîne une activité basse sans que le foie soit en cause.
Une activité haute est plus déroutante, et surtout liée au métabolisme. Chez des enfants prépubères obèses, l’activité de la BChE était plus élevée que chez des enfants de poids normal et corrélée à l’insulinorésistance, à la leptine et à des marqueurs d’inflammation (Valle-Martos et al., 2021)2. Chez l’adulte, la sévérité de la stéatose hépatique s’associait à une cholinestérase plus élevée, dans une étude transversale de 125 patients (Koda et al., 2007)3. Une valeur élevée ne signifie donc pas que le foie va mieux : elle peut accompagner une stéatose.
Ces liens sont des associations observées, pas des preuves de cause. Ils ne permettent pas d’utiliser la cholinestérase pour diagnostiquer une stéatose ou un syndrome métabolique.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant (b). La cholinestérase est utilisée en pratique, surtout en France, dans le bilan de la fonction du foie, mais elle n’a pas de rôle diagnostique propre. Ses variations dépendent de nombreux facteurs, ce qui en limite la spécificité.
Son rôle le plus clair concerne l’anesthésie. Le déficit en butyrylcholinestérase est une maladie récessive qui peut provoquer une paralysie prolongée après le suxaméthonium ou le mivacurium. Les tests classiques fondés sur l’inhibition par la dibucaïne et le fluorure peuvent laisser passer des porteurs hétérozygotes. Une revue systématique de 30 études, portant sur 290 patients explorés, a rapporté que 7 % d’entre eux n’avaient aucune activité mesurable. Les variants A (p.Asp98Gly) et K (p.Ala567Thr) y étaient les plus fréquents. Les auteurs concluent que le test génétique apporte une information supplémentaire, sans qu’un algorithme standardisé n’ait pu être proposé (Snak de Souza et al., 2026)4. Ces patients avaient été sélectionnés pour une suspicion de déficit : ces proportions ne s’appliquent pas à la population générale.
Pour le foie, la cholinestérase figure parmi les paramètres de synthèse reflétant la gravité de la maladie, mais elle ne remplace ni l’albumine, ni le taux de prothrombine, ni les scores validés. Pour les intoxications, elle sert de marqueur biologique d’exposition, interprété avec l’histoire clinique.
Les analyses à associer
L’albumine, la préalbumine et le taux de prothrombine complètent l’évaluation de la synthèse hépatique. La bilirubine totale ajoute une dimension sur la fonction d’excrétion. En cas de suspicion de déficit héréditaire, le médecin ou l’anesthésiste pourra demander des tests d’inhibition et un génotypage.
À retenir
- La cholinestérase sérique est fabriquée par le foie ; son activité reflète en partie la capacité de synthèse.
- Une prise de sang simple suffit. Signalez grossesse, traitements, dénutrition et exposition aux pesticides.
- Une activité basse a plusieurs causes : foie, intoxication, dénutrition, variant génétique.
- Une activité haute accompagne souvent l’obésité ou la stéatose hépatique, sans prouver qu’elles sont la cause.
- Un antécédent de paralysie prolongée après un curare doit être signalé à l’équipe d’anesthésie. Discutez toute valeur anormale avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées3 études