Ce que mesure l’analyse
Les acides biliaires sont fabriqués par le foie à partir du cholestérol. Déversés dans l’intestin avec la bile, ils aident à digérer les graisses. L’essentiel est ensuite réabsorbé en fin d’intestin grêle et revient au foie : c’est le cycle entérohépatique.
Un foie en bonne santé capte très efficacement les acides biliaires qui lui reviennent, si bien qu’il en reste peu dans la circulation générale. Leur taux sanguin monte quand le foie les capte moins bien ou quand la bile s’écoule mal : on parle alors de cholestase.
Le dosage courant mesure l’ensemble des acides biliaires grâce à une enzyme, la 3-alpha-hydroxystéroïde déshydrogénase (Mayo Clinic Laboratories). En France, Eurofins Biomnis le réalise sous accréditation du Cofrac.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang, en principe à jeun, car le taux monte après les repas. Mayo Clinic Laboratories demande 12 heures de jeûne et ARUP 8 heures pour comparer le résultat à leurs valeurs. Chez des volontaires en bonne santé, le pic survenait 30 à 60 minutes après le repas selon les acides biliaires (Schalm et al., 1978).
Pendant la grossesse, les pratiques diffèrent. En France, les recommandations du CNGOF retiennent un dosage à jeun (Dochez, 2023). Au Royaume-Uni et au Canada, on utilise plutôt un prélèvement sans jeûne, avec un seuil de 19 µmol/L (Hobson et al., 2022).
Signalez un traitement par acide ursodésoxycholique (AUDC), un médicament dérivé d’un acide biliaire. Le dosage le reconnaît aussi (laboratoire d’Exeter). Chez des femmes enceintes traitées, il représentait 60 % des acides biliaires du sérum (Manna et al., 2019).
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en micromoles par litre (µmol/L). À jeun, Mayo Clinic Laboratories et ARUP retiennent 10 µmol/L au plus chez l’adulte. Sans jeûne, des hôpitaux britanniques affichent une limite proche de 19 µmol/L, comme celui d’Oxford (Oxford University Hospitals).
Les trousses ne donnent pas toutes le même chiffre. Comparées à la spectrométrie de masse, la méthode de référence, trois trousses enzymatiques sous-estimaient les acides biliaires de 12 à 44 %. Leur concordance autour des seuils de 10 et 40 µmol/L restait de 86 à 92 % (Danese et al., 2017).
Pendant la grossesse
La cholestase gravidique est une maladie du foie propre à la grossesse. Elle se manifeste par des démangeaisons, surtout des paumes et des plantes des pieds, plutôt la nuit. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) la définit par ces démangeaisons associées à des acides biliaires totaux supérieurs à 10 µmol/L, ou à une ALAT au-dessus de deux fois la normale, après avoir écarté d’autres causes (Sentilhes et al., 2023).
Le taux compte pour le bébé. Dans une méta-analyse du Lancet portant sur près de 5 000 grossesses avec cholestase, le risque de mort fœtale in utero était de 0,13 % sous 40 µmol/L, de 0,28 % entre 40 et 99 µmol/L, mais de 3,44 % à partir de 100 µmol/L (Ovadia et al., 2019). Les recommandations britanniques classent ainsi la maladie en forme légère (19 à 39 µmol/L), modérée (40 à 99) et sévère (100 et plus) (RCOG, 2022).
Ce que dit la science
Pour la cholestase gravidique, le dosage est recommandé par le CNGOF et par le RCOG britannique. Niveau de preuve : validé. En dehors de la grossesse, Mayo Clinic Laboratories rappelle qu’il monte dans de nombreuses maladies du foie (hépatites, cirrhose, cancer) sans permettre de les distinguer.
Les acides biliaires ne servent pas qu’à digérer : ce sont aussi des molécules de signalisation qui participent au contrôle du glucose et des graisses. Chez de jeunes adultes sédentaires, un effort d’endurance maximal a fait baisser transitoirement leur taux 3 et 30 minutes après l’effort, et une séance de musculation a abaissé les acides biliaires secondaires jusqu’à deux heures (Osuna-Prieto et al., 2023). Ces mesures, faites par spectrométrie de masse, ne disent rien de l’intérêt du dosage courant chez le sportif.
Enfin, un taux bas n’a pas d’intérêt diagnostique. Une malabsorption des acides biliaires, cause possible de diarrhée chronique, se recherche par d’autres examens.
Les analyses à associer
- Alanine aminotransférase : l’autre critère biologique de la cholestase gravidique ;
- Phosphatases alcalines : signalent une gêne à l’écoulement de la bile ;
- Gamma-glutamyl transférase : confirme l’origine hépatique d’une anomalie ;
- Bilirubine conjuguée : monte quand la bile ne s’élimine plus normalement.
À retenir
- Les acides biliaires montent quand le foie les capte mal ou quand la bile s’écoule mal ;
- Le dosage se fait en principe à jeun, car le taux monte après les repas ;
- Pendant la grossesse, des démangeaisons avec plus de 10 µmol/L évoquent une cholestase gravidique selon le CNGOF ;
- À partir de 100 µmol/L, le risque pour le fœtus augmente nettement ;
- Un traitement par acide ursodésoxycholique complique la lecture du dosage.