Ce que mesure l’analyse
L’alpha-1 antitrypsine (AAT) est une protéine fabriquée surtout par le foie. Son rôle principal est de freiner des enzymes qui dégradent les protéines, en particulier l’élastase libérée par les globules blancs dans les poumons. Sans assez d’AAT, cette élastase abîme peu à peu le tissu pulmonaire, ce qui favorise l’emphysème, une destruction des alvéoles.
Le déficit est génétique. Le variant le plus souvent en cause, appelé Z, produit une protéine mal repliée qui s’accumule dans les cellules du foie au lieu de passer dans le sang (ATS/ERS, 2003). Résultat : peu d’AAT dans le sang, donc des poumons moins protégés, et un foie qui peut souffrir de cette accumulation.
En France, on compterait environ 10 000 personnes homozygotes ZZ, la forme la plus sévère, 100 000 porteurs SZ et 1,5 million de porteurs MZ, selon le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS, 2022).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang. L’AAT est une protéine de l’inflammation : elle monte lors d’une infection ou d’une inflammation, pendant la grossesse, sous pilule contraceptive ou en cas de cancer, selon le PNDS. Celui-ci conseille donc de la doser à distance d’un épisode infectieux ou inflammatoire.
Les avis divergent sur le dosage associé de la CRP, un marqueur d’inflammation. La Société européenne de pneumologie le recommande, pour repérer une hausse liée à l’inflammation (Miravitlles et al., 2017). Les recommandations françaises jugent inutile de l’associer systématiquement (Mornex et al., 2022).
Comment lire le résultat
L’AAT s’exprime en grammes par litre (g/L). Le PNDS français retient des valeurs de référence entre 0,9 et 2 g/L. Mayo Clinic Laboratories, en néphélométrie, retient 100 à 190 mg/dL, soit 1 à 1,9 g/L (Mayo Clinic Laboratories).
Deux seuils comptent surtout. Sous 0,5 g/L, le déficit est sévère selon la Société européenne de pneumologie : c’est le seuil protecteur historique de 11 µmol/L, exprimé en néphélométrie. Le PNDS parle, lui, de diminution importante. Selon la méthode, ce même seuil correspond à 80 mg/dL en immunodiffusion radiale et à 50 mg/dL en néphélométrie (ATS/ERS, 2003). Les recommandations françaises citent aussi 0,57 g/L, un seuil défini de façon empirique et, selon leurs auteurs, mal fondé. Sous 1,1 g/L, enfin, le PNDS conseille de rechercher le génotype, c’est-à-dire les variants du gène en cause.
Ce que dit le taux selon le génotype
Le taux oriente, mais ne remplace pas l’étude génétique. Selon le tableau des recommandations françaises, l’AAT se situe en général entre 0,9 et 2 g/L chez les personnes sans variant (MM), entre 0,5 et 1,4 g/L chez les porteurs MZ, entre 0,4 et 0,8 g/L chez les SZ, et entre 0,1 et 0,3 g/L chez les ZZ (Mornex et al., 2022).
L’inflammation peut ramener dans la norme le taux d’un porteur MZ. Elle ne normalise en revanche jamais celui d’une personne ZZ, précise le PNDS.
Ce que dit la science
Le dosage est recommandé par le PNDS français, par l’American Thoracic Society et par la Société européenne de pneumologie. Niveau de preuve : validé.
L’Organisation mondiale de la santé recommande de tester toutes les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou d’asthme apparu à l’âge adulte (Miravitlles et al., 2017). Les recommandations américano-européennes y ajoutent les maladies du foie inexpliquées, à tout âge, et une inflammation grave de la graisse sous la peau, la panniculite nécrosante (ATS/ERS, 2003). Les apparentés d’une personne atteinte doivent aussi être testés.
Le foie paie aussi un tribut. Le phénotype ZZ est une cause fréquente de cholestase du nouveau-né, le plus souvent résolutive, et le risque de cirrhose au cours de la vie se situerait entre 30 et 40 % (ATS/ERS, 2003 ; PNDS, 2022).
Le tabac est le facteur aggravant majeur : chez les personnes ZZ, c’est le premier facteur de risque d’emphysème. Le VEMS, le volume d’air expiré en une seconde, baisse d’environ 130 mL par an chez les fumeurs, contre 70 mL chez les anciens fumeurs (ATS/ERS, 2003).
Côté sport, l’AAT varie peu. Chez 17 cyclistes professionnels suivis pendant le Tour d’Espagne, elle n’a augmenté qu’en fin d’épreuve, au 21e jour (Semple et al., 2006). Lors d’un ultramarathon de six jours, elle n’a pas réagi (Fallon, 2001).
À ne pas confondre : l’AAT peut aussi être dosée dans les selles recueillies sur 24 heures, avec une prise de sang. Ce test différent recherche une fuite de protéines par l’intestin (Michigan Medicine Laboratories).
Les analyses à associer
- Protéine C réactive : indique si une inflammation peut faire paraître le taux plus élevé ;
- Électrophorèse des protéines sériques : une baisse des alpha-1 globulines peut révéler le déficit ;
- Gamma-glutamyl transférase : recherche une atteinte du foie associée ;
- Alanine aminotransférase : complète l’évaluation du foie.
À retenir
- L’AAT protège les poumons ; son déficit, génétique, favorise l’emphysème et certaines maladies du foie ;
- Sous 0,5 g/L, le déficit est sévère ; sous 1,1 g/L, le PNDS conseille un génotypage ;
- L’inflammation, la grossesse et la pilule peuvent masquer un déficit partiel ;
- Toute personne atteinte de BPCO ou d’asthme de l’adulte devrait être testée ;
- En cas de déficit, le tabac est le premier facteur aggravant.