Ce que mesure l’analyse
La coagulation repose sur une cascade de protéines, les facteurs de coagulation, qui s’activent les uns après les autres jusqu’à former un caillot. Le temps de Quick mesure le temps de coagulation du plasma après ajout d’un réactif riche en facteur tissulaire (la thromboplastine) et de calcium. Il explore la voie dite « extrinsèque » et la voie commune : facteurs II (prothrombine), V, VII et X, ainsi que le fibrinogène.
Ce temps, mesuré en secondes, est converti de deux façons :
- le taux de prothrombine (TP), en pourcentage d’un plasma normal. Plus le temps s’allonge, plus le TP baisse ;
- l’INR (International Normalized Ratio), un rapport corrigé selon la sensibilité du réactif. Il permet de comparer les résultats d’un laboratoire à l’autre. Plus le sang coagule lentement, plus l’INR monte.
Trois des facteurs explorés, les facteurs II, VII et X, ont besoin de la vitamine K pour être actifs. Le test reflète donc à la fois la fonction du foie, qui fabrique ces facteurs, et l’effet des antivitamines K (AVK), des médicaments qui fluidifient le sang en bloquant la vitamine K.
Comment se passe le prélèvement
Le sang est prélevé sur un tube au citrate de sodium, souvent à bouchon bleu. Le citrate empêche la coagulation dans le tube en captant le calcium. Le rapport entre sang et citrate doit être exact : le tube doit être rempli jusqu’au trait. Un tube mal rempli ou coagulé donne un résultat faux.
Signalez tout traitement anticoagulant, avec son nom et l’heure de la dernière prise. Sous AVK, l’ANSM recommande un INR au minimum une fois par mois, et plus souvent au début du traitement ou en cas de changement. Après l’ajout ou l’arrêt d’un médicament, elle conseille un contrôle 3 à 4 jours plus tard.
Comment lire le résultat
Pour une personne sans traitement anticoagulant, le laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), à Angers, donne sur automate Stago STA Satellite un TP de 70 à 100 % et un INR de 0,9 à 1,3. L’ANSM indique, de son côté, qu’une personne non traitée a un INR inférieur ou égal à 1,2. Ces écarts tiennent aux réactifs et aux laboratoires.
Sous AVK, c’est l’INR qui compte. Pour la plupart des indications, l’ANSM fixe une zone thérapeutique entre 2 et 3, avec une cible de 2,5. Pour certaines valves cardiaques mécaniques, la cible peut monter jusqu’à 4, selon le risque de la prothèse et du patient. C’est votre médecin qui fixe votre cible.
- INR sous votre zone : effet anticoagulant insuffisant, risque de caillot.
- INR au-dessus : effet excessif, risque de saignement.
Un INR hors de votre zone se signale à votre médecin, sans modifier seul la dose.
Sans AVK, un TP bas fait penser à une carence en vitamine K, à une maladie du foie, à une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD, consommation des facteurs dans tout l’organisme) ou, plus rarement, à un déficit héréditaire en un facteur. Le TP n’est pas adapté au suivi des anticoagulants oraux directs : certains le modifient, sans qu’il reflète leur niveau d’effet.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé. Le suivi de l’INR sous AVK est encadré par l’ANSM. Il est crucial, car les AVK ont une marge étroite entre efficacité et saignement. Leur effet dépend de nombreux facteurs : alimentation, médicaments associés, maladies intercurrentes.
L’ANSM insiste sur deux points concrets. D’abord, la stabilité de l’alimentation, en particulier pour les aliments riches en vitamine K comme les brocolis, les épinards, les choux ou le chou-fleur. Il ne s’agit pas de les supprimer, mais d’en garder une consommation régulière. Ensuite, la vigilance sur les associations : anti-inflammatoires, certains antibiotiques et antifongiques, ou le millepertuis, une plante vendue sans ordonnance.
Avant une opération, le TP n’est pas un examen systématique. La Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) recommande de ne pas prescrire de bilan d’hémostase systématique chez une personne sans antécédent de saignement ni maladie qui perturbe la coagulation (Molliex et al., 2012 ; Bonhomme et al., European Journal of Anaesthesiology, 2013). Ces tests ont une faible valeur prédictive du risque de saignement dans la population générale.
Les analyses à associer
- Temps de céphaline activée : explore l’autre voie de la coagulation.
- Fibrinogène : protéine qui forme la trame du caillot.
- Plaquettes : cellules qui amorcent la coagulation.
- Facteur V : aide à distinguer une maladie du foie d’une carence en vitamine K, car il ne dépend pas de la vitamine K.
À retenir
- Le TP et l’INR traduisent le même temps de coagulation, exprimé de deux façons.
- Sans traitement, l’ICO donne un TP de 70 à 100 % et un INR de 0,9 à 1,3.
- Sous AVK, la zone la plus fréquente est un INR entre 2 et 3, selon l’ANSM.
- Une alimentation régulière en vitamine K et la vigilance sur les médicaments aident à stabiliser l’INR.
- Un résultat hors zone se discute avec le médecin, sans changer seul la dose.