Ce que mesure l’analyse
Le temps de céphaline activée (TCA) mesure le temps que met le plasma à coaguler après l’ajout de trois éléments : un activateur, de la céphaline, qui remplace les phospholipides des plaquettes, et du calcium. Il explore la voie dite « intrinsèque » de la coagulation et la voie commune.
Les facteurs testés sont surtout les facteurs XII, XI, IX et VIII, puis les facteurs X, V, II et le fibrinogène. Le TCA complète le temps de Quick (TP), qui explore l’autre voie. Les deux tests ensemble orientent vers le facteur en cause en cas d’anomalie.
Le résultat se donne en secondes, mais il se lit surtout en ratio : le temps du patient divisé par celui d’un plasma témoin. Un ratio de 1 signifie un temps identique au témoin.
Comment se passe le prélèvement
Le sang est prélevé sur un tube au citrate de sodium, rempli jusqu’au trait, puis acheminé rapidement au laboratoire. La SFAR souligne que les problèmes de prélèvement sont l’une des premières causes de TCA allongé. La plus classique est la contamination par l’héparine, par exemple lors d’un prélèvement sur un cathéter.
Signalez tout traitement anticoagulant, son nom et l’heure de la dernière prise ou injection. Mieux vaut aussi éviter un effort intense juste avant.
Comment lire le résultat
Le laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), à Angers, donne sur automate Stago STA Satellite un ratio patient/témoin de 0,80 à 1,20. Au-delà, le TCA est dit allongé. En dessous, il est raccourci, ce qui a peu de valeur diagnostique.
Un TCA allongé n’est pas forcément synonyme de saignement. Il faut distinguer trois grands cas :
- un problème technique : héparine dans le tube, tube mal rempli, délai trop long ;
- une anomalie sans risque de saignement : un anticoagulant lupique, anticorps qui allonge le test au laboratoire mais expose plutôt à la thrombose, ou un déficit en facteur XII ;
- une anomalie à risque de saignement : déficit en facteur VIII ou IX (hémophilies A et B), en facteur XI, certaines formes de maladie de Willebrand, ou un traitement anticoagulant.
Si le TP est aussi anormal, l’anomalie porte souvent sur la voie commune ou sur plusieurs facteurs à la fois : maladie du foie, carence en vitamine K, coagulation intravasculaire disséminée.
Le TCA a aussi ses angles morts. Selon la SFAR, il dépiste en général les déficits en facteurs VIII, IX et XI inférieurs à 50 %, selon le réactif. Un TCA normal peut donc être faussement rassurant : une hémophilie légère ou une maladie de Willebrand peuvent passer inaperçues. Votre histoire personnelle et familiale de saignements compte autant que le chiffre.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour un usage ciblé. En dépistage systématique, en revanche, son utilité est faible. Les recommandations de la SFAR sur les examens avant une intervention (Molliex et al., 2012 ; Bonhomme et al., European Journal of Anaesthesiology, 2013) concluent que le TP, le TCA et la numération des plaquettes ont une faible valeur prédictive du risque de saignement dans la population générale. Une personne sans antécédent de saignement et sans maladie qui touche l’hémostase ne devrait pas avoir de bilan d’hémostase systématique avant une intervention. À l’inverse, un antécédent évocateur justifie des tests adaptés.
Le TCA sert aussi à surveiller l’héparine non fractionnée. La zone visée dépend du réactif et du protocole de l’équipe ; certains services mesurent plutôt l’activité anti-Xa.
Côté sport, une revue de la littérature (El-Sayed et al., Sports Medicine, 2004) montre qu’un effort intense active à la fois la coagulation et la fibrinolyse. Un effort modéré activerait surtout la fibrinolyse, sans hypercoagulabilité. L’effet d’un entraînement régulier sur cet équilibre reste mal connu.
Les analyses à associer
- Taux de prothrombine : explore l’autre voie de la coagulation.
- Plaquettes : leur nombre complète le bilan d’hémostase.
- Anticoagulant circulant lupique : à rechercher devant un TCA allongé inexpliqué.
- Facteur von Willebrand : en cas de saignements des muqueuses ou d’antécédents familiaux.
À retenir
- Le TCA explore la voie intrinsèque de la coagulation.
- À l’ICO, le ratio patient/témoin de référence va de 0,80 à 1,20.
- Un TCA allongé peut venir du tube, d’un anticoagulant lupique, d’un déficit sans risque ou d’un vrai trouble hémorragique.
- Un TCA normal n’exclut pas une hémophilie légère ou une maladie de Willebrand.
- Sans antécédent de saignement, il n’est pas utile en systématique avant une opération.