Ce que mesure l’analyse
L’antithrombine est une protéine fabriquée par le foie. C’est l’un des principaux freins naturels de la coagulation. Elle neutralise plusieurs enzymes de la coagulation, surtout la thrombine et le facteur X activé. Sans ce frein, le sang formerait des caillots trop facilement.
L’héparine, un médicament anticoagulant, agit en se fixant sur l’antithrombine et en accélérant fortement son action. C’est pourquoi le dosage mesure souvent l’activité dite « cofacteur de l’héparine ».
Deux types de mesure existent :
- l’activité, qui dit si la protéine fonctionne : c’est l’examen de première intention ;
- l’antigène, qui mesure sa quantité : il sert à distinguer les formes de déficit.
Un déficit héréditaire peut être quantitatif (type I : pas assez de protéine) ou qualitatif (type II : une protéine présente mais qui fonctionne mal). Selon la revue de Patnaik et Moll (Haemophilia, 2008), une anomalie du site de liaison à l’héparine (type IIb) est plus fréquente mais moins thrombogène qu’une anomalie du site qui fixe la thrombine (type IIa).
Comment se passe le prélèvement
Le sang est prélevé sur un tube au citrate de sodium, rempli jusqu’au trait, comme pour les autres tests de coagulation. Le moment compte plus que la préparation :
- signalez tout traitement anticoagulant : selon Horellou et Flaujac, l’héparine non fractionnée et les anticoagulants oraux directs, comme le rivaroxaban ou le dabigatran, peuvent perturber le dosage ;
- à la phase aiguë d’une thrombose, l’antithrombine peut être consommée : le résultat se lit avec prudence ;
- un résultat bas doit être contrôlé sur un second prélèvement.
Le dosage se fait en général dans un bilan de thrombophilie, c’est-à-dire la recherche d’une tendance à faire des caillots.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pourcentage d’un plasma normal. Dans les recommandations publiées par Horellou et Flaujac, du service d’hématologie biologique de l’hôpital Cochin (Feuillets de Biologie, 2013), les valeurs normales de l’activité cofacteur de l’héparine vont de 80 à 120 %.
Une valeur basse a deux grandes familles de causes :
- acquises, les plus fréquentes : consommation lors d’une thrombose étendue ou d’une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), traitement par héparine, maladie du foie, pertes urinaires lors d’un syndrome néphrotique, certains médicaments comme la L-asparaginase ;
- héréditaires, plus rares.
Patnaik et Moll insistent : un déficit héréditaire ne se retient qu’après avoir écarté les causes acquises et refait le dosage sur un second prélèvement. Le dosage de l’antigène permet ensuite de distinguer le type I du type II.
Une valeur haute n’a pas d’intérêt clinique reconnu.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : le dosage est standardisé et le déficit héréditaire est un facteur de risque établi de thrombose veineuse. Selon Patnaik et Moll, il touche entre 1 personne sur 500 et 1 sur 5 000 dans la population générale. Il est associé à un risque accru de thrombose veineuse et de fausse couche ; le lien avec les thromboses artérielles est faible.
Le déficit en antithrombine fait partie des thrombophilies dites « à haut risque ». Les recommandations de l’American Society of Hematology (Middeldorp et al., Blood Advances, 2023) proposent de rechercher un déficit en antithrombine, en protéine C ou en protéine S chez les apparentés d’une personne porteuse, par exemple avant une contraception œstroprogestative ou un traitement hormonal de la ménopause. En dehors de ces situations ciblées, elles déconseillent le plus souvent la recherche systématique.
En France, les recommandations reprises par Horellou et Flaujac réservent aussi ce bilan à des situations sélectionnées : première thrombose veineuse proximale ou embolie pulmonaire sans cause avant 60 ans, récidive, ou femme en âge d’avoir des enfants. Le consensus français de 2009 (Pernod et al.) va dans le même sens.
Les analyses à associer
- Protéine C et protéine S : les deux autres freins naturels de la coagulation.
- Facteur V Leiden et mutation G20210A du gène de la prothrombine : variantes génétiques fréquentes, recherchées dans le même bilan.
- Anticorps antiphospholipides : cause acquise de thrombose.
À retenir
- L’antithrombine est un frein majeur de la coagulation, renforcé par l’héparine.
- Les valeurs normales publiées par l’hôpital Cochin vont de 80 à 120 %.
- Une valeur basse est le plus souvent acquise : thrombose, héparine, foie, reins.
- Un déficit héréditaire se confirme sur un second prélèvement.
- Ce dosage se réserve à des situations ciblées, discutées avec un spécialiste.