Ce que mesure l’analyse
Le facteur V est une protéine de la coagulation. Une fois activé, il accélère la production de thrombine, l’enzyme qui forme le caillot. Pour éviter que la coagulation s’emballe, un frein naturel existe : la protéine C activée, qui découpe et inactive le facteur V.
Le facteur V Leiden est une variante génétique du facteur V. Une seule « lettre » de l’ADN est changée : une guanine (G) est remplacée par une adénine (A), d’où le nom historique G1691A (c.1601G>A dans la nomenclature actuelle). La protéine produite résiste à la protéine C activée. Le frein marche moins bien, et le risque de caillot dans les veines augmente. Cette découverte a été publiée par Bertina et ses collègues, à Leyde aux Pays-Bas, dans Nature en 1994, d’où le nom « Leiden ».
L’analyse est un test génétique. Elle lit l’ADN pour dire si vous portez la variante, et en combien d’exemplaires :
- non porteur : aucune copie modifiée ;
- hétérozygote : une copie modifiée, héritée d’un seul parent ;
- homozygote : deux copies modifiées, une de chaque parent.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang sur tube EDTA suffit. L’ADN est extrait des globules blancs. Le repas, l’heure, l’effort, la grossesse ou un traitement anticoagulant ne modifient pas le résultat, puisque l’ADN ne change pas. Le test peut donc se faire à tout moment, y compris pendant un traitement.
En France, il s’agit d’un examen des caractéristiques génétiques. Le Code de la santé publique prévoit une information préalable sur la maladie recherchée et un consentement écrit (article R. 1131-4). Le médecin prescripteur rend ensuite le résultat (article R. 1131-19).
Il existe aussi un test de coagulation, la résistance à la protéine C activée. Il oriente, mais c’est le test génétique qui confirme. Ce test fonctionnel, contrairement à l’analyse de l’ADN, peut être perturbé par certains anticoagulants.
Comment lire le résultat
Le résultat n’est pas un chiffre mais un génotype. Il n’y a donc pas de valeur de référence. Ce qui compte, c’est ce que ce génotype change au risque de thrombose veineuse, dans votre contexte.
Selon la synthèse GeneReviews, mise à jour en 2024 :
- l’hétérozygotie concerne 3 à 8 % de la population générale en Europe et aux États-Unis ; la variante est très rare chez les personnes d’origine asiatique ou africaine ;
- le risque relatif de thrombose veineuse est multiplié environ par trois à huit chez les hétérozygotes ;
- il est multiplié par neuf à quatre-vingts chez les homozygotes ;
- la contraception œstroprogestative et la grossesse augmentent nettement ce risque.
Un risque relatif multiplie un risque de départ. Le risque réel dépend donc surtout de l’âge, des antécédents et des circonstances : chirurgie, immobilisation, hormones, grossesse. Pendant la grossesse, GeneReviews estime le risque absolu de thrombose à environ 1 % chez une femme hétérozygote, et à environ 3 % en cas d’antécédents familiaux.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour le test lui-même : la variante est bien caractérisée, et son lien avec la thrombose veineuse est établi depuis 1994. Dans une étude de répartition mondiale (Rees et al., The Lancet, 1995), la fréquence de l’allèle, c’est-à-dire de cette version du gène, était de 4,4 % chez les Européens étudiés, avec un maximum chez les Grecs.
La vraie question est l’utilité de la recherche. Les recommandations de l’American Society of Hematology (Middeldorp et al., Blood Advances, 2023) déconseillent fortement de tester la population générale avant une pilule œstroprogestative. Elles proposent un test seulement dans des situations ciblées : thrombose liée à un facteur hormonal ou à un facteur transitoire non chirurgical, thrombose des veines du cerveau ou de l’abdomen quand le traitement serait sinon arrêté, grossesse avec antécédent familial de thrombophilie à haut risque. Ces recommandations reposent le plus souvent sur un niveau de certitude très faible. En France, des recommandations de consensus (Pernod et al., 2009) encadrent aussi ce bilan et le réservent à des situations sélectionnées.
Les analyses à associer
- Mutation G20210A du gène de la prothrombine : l’autre variante héréditaire fréquente, recherchée en même temps.
- Antithrombine, protéine C et protéine S : freins naturels de la coagulation, dont les déficits sont plus rares.
- Anticorps antiphospholipides : cause acquise de thrombose, à ne pas manquer.
À retenir
- Le facteur V Leiden rend le facteur V résistant à son frein naturel, la protéine C activée.
- Le résultat est un génotype : non porteur, hétérozygote ou homozygote.
- Le test de l’ADN n’est faussé ni par le repas, ni par un anticoagulant.
- Un porteur a un risque de thrombose augmenté, surtout avec hormones, grossesse ou immobilisation.
- Le dépistage général, par exemple avant une pilule, n’est pas recommandé.