Ce que mesure l’analyse
Les anticorps antiphospholipides sont des auto-anticorps, c’est-à-dire des anticorps dirigés contre des éléments de son propre organisme. Malgré leur nom, ils visent surtout des protéines qui se lient aux phospholipides, les graisses des membranes cellulaires. La principale cible est la bêta-2-glycoprotéine I.
Deux dosages immunologiques sont utilisés, chacun pour les IgG et les IgM, deux classes d’anticorps :
- les anticorps anticardiolipine, la cardiolipine étant un phospholipide ;
- les anticorps anti-bêta-2-glycoprotéine I.
Un troisième test, l’anticoagulant circulant lupique, est un test de coagulation qui fait l’objet d’une fiche à part. Ensemble, ces trois tests servent à rechercher un syndrome des antiphospholipides (SAPL). Cette maladie auto-immune associe ces anticorps à des thromboses, veineuses ou artérielles, et/ou à des complications de grossesse.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation particulière. Les anticorps sont dosés par ELISA ou par chimiluminescence, deux techniques immunologiques.
Le moment compte. Le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) de la HAS sur le SAPL, publié en 2022, rappelle que ces anticorps sont souvent transitoires lors d’une infection ou de la prise de certains médicaments. Un résultat positif doit donc être confirmé à au moins deux reprises, à 12 semaines d’intervalle. Le PNDS conseille aussi de confirmer les résultats à distance d’une thrombose ou d’un état inflammatoire.
Comment lire le résultat
Les anticorps anticardiolipine s’expriment en unités GPL pour les IgG et MPL pour les IgM. Selon le PNDS, un titre est significatif au-dessus de 40 GPL ou MPL, ou au-dessus du 99e percentile du laboratoire, par une technique ELISA standardisée. Pour les anti-bêta-2-glycoprotéine I, le seuil retenu est le 99e percentile. Le 99e percentile est la valeur dépassée par seulement 1 % des personnes en bonne santé testées par le laboratoire.
Les critères de classification ACR/EULAR de 2023 vont plus loin. Ils distinguent un titre modéré, de 40 à 79 unités, et un titre élevé, d’au moins 80 unités, pour l’anticardiolipine et l’anti-bêta-2-glycoprotéine I mesurés par ELISA (Barbhaiya et al., 2023 ; seuils rapportés par Žigon et al., 2024).
Le profil compte autant que le chiffre. Le PNDS considère comme à haut risque de thrombose :
- la présence d’un anticoagulant circulant lupique ;
- une double ou une triple positivité, c’est-à-dire plusieurs tests positifs ;
- un titre élevé et persistant d’un seul anticorps.
À l’inverse, un anticardiolipine ou un anti-bêta-2-glycoprotéine I isolé, à titre faible ou modéré, correspond à un profil à faible risque.
Surtout, des anticorps seuls ne font pas un SAPL. Le diagnostic demande aussi des manifestations cliniques, évaluées par le médecin.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : ces dosages font partie des critères internationaux et des recommandations françaises. Les critères de Sydney, publiés par Miyakis et ses collègues en 2006, ont longtemps servi de référence. Les critères ACR/EULAR de 2023, élaborés avec des équipes françaises, sont plus stricts : dans la cohorte de validation, leur spécificité atteint 99 % contre 86 % pour les critères de 2006, au prix d’une sensibilité de 84 % contre 99 %. Ces critères servent d’abord à la recherche ; le diagnostic individuel reste une décision médicale.
Le PNDS liste les situations où la recherche est utile : thrombose veineuse inexpliquée, surtout avant 50 ans ou dans un site inhabituel ; accident vasculaire cérébral avant 60 ans ; thrombose artérielle avant 50 ans ; certaines complications de grossesse ; lupus ou autre maladie auto-immune ; TCA allongé inexpliqué ; sérologie de la syphilis dissociée. Selon ce document, environ 20 % des personnes atteintes de lupus ont un SAPL.
Les limites tiennent aux techniques. Les seuils varient selon les réactifs. Une étude slovène (Žigon et al., Clinical Chemistry and Laboratory Medicine, 2024) montre que le passage de l’ELISA à la chimiluminescence oblige à établir des seuils équivalents.
Les analyses à associer
- Anticoagulant circulant lupique : le troisième test du bilan, le plus associé au risque de thrombose.
- Temps de céphaline activée : souvent allongé en présence d’un anticoagulant lupique.
- Anticorps antinucléaires : pour rechercher un lupus associé.
- Plaquettes : une baisse peut accompagner le SAPL.
À retenir
- Les anticorps antiphospholipides sont des auto-anticorps recherchés par deux dosages, en IgG et en IgM.
- Le PNDS retient un anticardiolipine significatif au-dessus de 40 unités ou du 99e percentile.
- Un résultat positif se confirme à 12 semaines d’intervalle.
- Une infection ou un médicament peuvent donner des anticorps transitoires.
- Des anticorps sans manifestations cliniques ne suffisent pas à parler de SAPL.