Ce que mesure l’analyse
Le fibrinogène, aussi appelé facteur I, est une protéine fabriquée par le foie. C’est le dernier maillon de la coagulation. Sous l’action d’une enzyme, la thrombine, il se transforme en fibrine. La fibrine forme un réseau de fils qui consolide le caillot, avec les plaquettes.
Le fibrinogène joue un deuxième rôle : c’est une protéine de la phase aiguë de l’inflammation. Le foie en produit davantage lors d’une infection, d’un traumatisme ou d’une maladie inflammatoire. Son taux monte alors, comme celui de la CRP.
Le dosage habituel est fonctionnel. On mesure le temps de coagulation d’un plasma dilué après ajout de thrombine : c’est la méthode de Clauss. Elle évalue le fibrinogène capable de coaguler, pas seulement sa quantité.
Comment se passe le prélèvement
Le sang est prélevé sur un tube au citrate de sodium, rempli jusqu’au trait, comme pour le TP et le TCA. Le dosage est le plus souvent fait dans le même bilan d’hémostase.
Signalez une infection récente, une intervention, une grossesse ou un traitement anticoagulant. Si vous avez couru une épreuve longue, mieux vaut attendre deux jours pour un dosage de référence.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en grammes par litre (g/L). Le laboratoire de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), à Angers, donne sur automate Stago STA Satellite des valeurs de référence de 2 à 4 g/L chez l’adulte.
Un fibrinogène élevé traduit le plus souvent une inflammation. Il se lit alors avec la CRP. Il n’a pas, à lui seul, de valeur pour poser un diagnostic.
Un fibrinogène bas est plus préoccupant, car le caillot se forme mal. Les pistes principales sont :
- une consommation excessive, comme dans la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), où la coagulation s’emballe dans tout l’organisme ;
- une hémorragie importante ;
- une maladie du foie sévère, qui en fabrique moins ;
- certains médicaments, comme les traitements qui dissolvent les caillots ;
- plus rarement, un déficit héréditaire.
Un cas particulier est la dysfibrinogénémie : la protéine est présente, mais elle fonctionne mal. Le dosage fonctionnel rend alors un taux bas, alors qu’un dosage de la quantité de protéine serait normal. Un laboratoire spécialisé peut comparer les deux.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour l’usage en hémostase : le dosage fait partie du bilan standard des saignements et de la CIVD.
Son rôle de marqueur du risque cardiovasculaire est plus discuté. La Fibrinogen Studies Collaboration a réuni les données individuelles de 154 211 participants issus de 31 études (JAMA, 2005). Chaque gramme par litre supplémentaire était associé à un risque de maladie coronaire environ 2,4 fois plus élevé, après ajustement sur l’âge et le sexe. Ce rapport tombait à environ 1,8 après prise en compte des autres facteurs de risque. Les auteurs concluent que le caractère causal de cette association reste à établir. Le fibrinogène n’est donc pas un examen de dépistage cardiovasculaire de routine.
Pour le sport, l’étude de Prisco et ses collègues (Thrombosis Research, 1998) a suivi douze marathoniens entraînés. Juste après la course, le fibrinogène avait baissé de 25 %, alors que les marqueurs de coagulation et de fibrinolyse avaient fortement augmenté. Tous les paramètres étaient revenus à leur niveau de départ 48 heures plus tard. Une revue (El-Sayed et al., Sports Medicine, 2004) souligne que l’effet de l’entraînement régulier sur la coagulation reste mal connu.
Les analyses à associer
- Taux de prothrombine : explore plusieurs facteurs fabriqués par le foie, dont le fibrinogène.
- Plaquettes : leur baisse associée oriente vers une consommation, comme dans la CIVD.
- D-dimères : témoins de la dégradation de la fibrine.
- Protéine C réactive : pour savoir si une inflammation explique un fibrinogène élevé.
À retenir
- Le fibrinogène se transforme en fibrine, la trame du caillot.
- À l’ICO, les valeurs de référence vont de 2 à 4 g/L.
- Élevé, il traduit surtout une inflammation.
- Bas, il expose au saignement et sa cause doit être recherchée rapidement avec le médecin.
- Son lien avec le risque cardiovasculaire existe dans les études, sans preuve de cause.