Ce que mesure l’analyse
La prothrombine, ou facteur II, est la protéine que la coagulation transforme en thrombine. La thrombine est l’enzyme centrale du caillot : elle change le fibrinogène en fibrine.
La mutation G20210A touche le gène de la prothrombine, appelé F2. Une guanine (G) y est remplacée par une adénine (A), à la position 20210. Ce changement ne se trouve pas dans la partie du gène qui code la protéine, mais dans une région voisine, dite 3′ non traduite, qui intervient dans sa production. Résultat : la protéine est normale, mais présente en plus grande quantité. Le sang contient un peu plus de prothrombine, ce qui favorise les caillots dans les veines.
Cette variante a été décrite par Poort et ses collègues, à Leyde, dans Blood en 1996. Dans la nomenclature actuelle, elle s’écrit c.*97G>A.
Comme pour le facteur V Leiden, le test lit l’ADN et rend un génotype : non porteur, hétérozygote (une copie modifiée) ou homozygote (deux copies).
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang sur tube EDTA suffit. Aucune préparation n’est utile : l’ADN ne varie ni avec les repas, ni avec l’heure, ni avec un traitement. Le test peut être fait pendant un traitement anticoagulant comme à distance d’une thrombose.
Point important : le dosage de la prothrombine dans le plasma ne remplace pas le test. Selon la synthèse GeneReviews, les taux des porteurs et des non-porteurs se chevauchent trop. Seule l’analyse de l’ADN conclut.
En France, cet examen génétique suit les règles du Code de la santé publique : information préalable, consentement écrit et rendu du résultat par le médecin prescripteur.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence chiffrée. Le génotype se lit en termes de risque, avec votre histoire personnelle et familiale.
D’après GeneReviews (mise à jour de 2021) :
- l’hétérozygotie touche 1,7 à 3 % de la population générale aux États-Unis et en Europe, avec 3 % dans le sud de l’Europe et 1,7 % dans le nord ;
- la variante est extrêmement rare chez les personnes d’origine asiatique, africaine ou amérindienne ;
- le risque relatif de thrombose veineuse est multiplié par deux à cinq chez les hétérozygotes ;
- le risque est probablement plus élevé chez les homozygotes, mais il n’est pas chiffré, faute de données ;
- chez les personnes hétérozygotes à la fois pour cette variante et pour le facteur V Leiden, il serait multiplié par sept à vingt.
La contraception œstroprogestative augmente nettement ce risque chez les porteuses. Le médecin en tient compte pour conseiller une contraception adaptée.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour l’association avec la thrombose. Dans l’étude princeps de Poort, 18 % des patients ayant des antécédents familiaux de thrombose portaient la variante, contre 1 % des témoins sains. Dans une étude cas-témoins en population, elle multipliait le risque de thrombose veineuse par 2,8 environ. Et 87 % des porteurs se situaient dans le quart le plus élevé des taux de prothrombine.
L’utilité clinique du test est plus débattue. Les recommandations de l’American Society of Hematology de 2023 rappellent que l’intérêt de la recherche de thrombophilie pour guider les décisions reste discuté. Elles ne proposent le test que dans des situations ciblées, et déconseillent fortement le dépistage général avant une pilule œstroprogestative. Le consensus français de 2009 (Pernod et al.) réserve lui aussi cette recherche à des cas sélectionnés.
Les analyses à associer
- Facteur V Leiden : l’autre variante fréquente, recherchée dans le même prélèvement.
- Antithrombine et protéine S : déficits rares, à rechercher selon le contexte.
- Anticoagulant circulant lupique : marqueur d’une cause acquise de thrombose.
À retenir
- La variante G20210A augmente la production de prothrombine.
- Le diagnostic repose sur un test de l’ADN, pas sur un dosage dans le plasma.
- Selon GeneReviews, le risque relatif de thrombose veineuse est multiplié par deux à cinq chez les hétérozygotes.
- L’association avec le facteur V Leiden ou avec une pilule œstroprogestative augmente nettement le risque.
- Le dépistage n’est pas recommandé en population générale.