Ce que mesure l’analyse
La protéine S est une protéine fabriquée surtout par le foie, qui dépend de la vitamine K. Elle sert de cofacteur à la protéine C activée : elle l’aide à inactiver les facteurs V et VIII activés, deux accélérateurs de la coagulation. Sans assez de protéine S, ce frein naturel fonctionne moins bien.
Dans le sang, la protéine S existe sous deux formes. Une partie est fixée à une protéine de transport, la C4b-BP, qui appartient au système du complément. L’autre partie circule libre : c’est elle qui est active. Cette distinction explique beaucoup de pièges, car l’inflammation fait monter la C4b-BP et baisser la forme libre.
Selon le Précis de biopathologie d’Eurofins Biomnis, trois dosages existent : l’activité anticoagulante (test de coagulation), l’antigène libre et l’antigène total (méthodes immunologiques). Leur combinaison classe un déficit :
- type I, le plus fréquent : activité, forme libre et forme totale toutes abaissées ;
- type II, rare : activité abaissée, avec une forme totale normale.
Comment se passe le prélèvement
Le sang est prélevé sur tube au citrate de sodium. C’est sans doute le dosage du bilan de thrombophilie le plus sensible au contexte. Biomnis conseille de le faire :
- à distance d’une thrombose ;
- au moins 2 à 3 semaines après l’arrêt d’un traitement par antivitamine K (AVK) ;
- en dehors de la grossesse, idéalement 6 à 8 semaines après l’accouchement ;
- deux cycles après l’arrêt d’une contraception œstroprogestative.
Signalez aussi un traitement par dabigatran ou rivaroxaban, qui peut fausser le résultat. Un facteur V Leiden, un facteur VIII très élevé, les héparines ou certains anticoagulants lupiques perturbent aussi le test d’activité. Enfin, un déficit ne se retient jamais sur un seul résultat.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en pourcentage d’un plasma normal. Biomnis donne des valeurs de référence de 65 à 140 % pour l’activité, la protéine S libre et la protéine S totale. Les hommes ont des taux un peu plus élevés ; les femmes ménopausées sans traitement hormonal rejoignent les valeurs masculines.
Les recommandations publiées par l’hôpital Cochin (Horellou et Flaujac, Feuillets de Biologie, 2013) détaillent les limites basses de la protéine S libre selon le sexe et l’âge : 60 % chez l’homme, 50 % chez la femme de moins de 50 ans et 55 % chez la femme de plus de 50 ans.
La grossesse change tout. Biomnis décrit une baisse dès la 10e semaine. Entre la 30e et la 40e semaine, la protéine S libre se situe entre 41 et 59 %. Une valeur basse pendant la grossesse est donc attendue et ne permet pas de conclure à un déficit.
Chez le nouveau-né à terme, les taux vont de 12 à 60 %. Les valeurs adultes sont atteintes entre 6 mois et un an.
En dehors de ces situations physiologiques, une baisse peut venir d’un traitement par AVK, d’une carence en vitamine K, d’une maladie du foie, d’une inflammation, de la L-asparaginase ou d’anticorps anti-protéine S apparus après une varicelle ou au cours d’un lupus.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé pour le dosage, mais l’interprétation est délicate. Selon Biomnis, un déficit hétérozygote en protéine S est retrouvé chez 4 à 8 % des patients ayant un antécédent personnel de thrombose. Les déficits sévères, très rares, peuvent se révéler chez le nouveau-né par un purpura fulminans, une atteinte grave de la peau et des petits vaisseaux.
Le déficit en protéine S fait partie des thrombophilies que les recommandations de l’American Society of Hematology (Middeldorp et al., 2023) proposent de rechercher chez les apparentés d’une personne porteuse, dans des situations précises comme le choix d’une contraception. Pour la population générale, elles déconseillent fortement le dépistage avant une pilule œstroprogestative.
La principale limite est le risque de faux déficit. Grossesse, pilule, inflammation ou AVK suffisent à abaisser la protéine S. Un résultat isolé, obtenu dans l’un de ces contextes, ne suffit jamais.
Les analyses à associer
- Protéine C : la protéine S agit comme son cofacteur.
- Antithrombine : l’autre frein naturel du bilan.
- Facteur V Leiden : il peut perturber le test d’activité de la protéine S.
- Protéine C réactive : pour repérer une inflammation qui abaisse la forme libre.
À retenir
- La protéine S aide la protéine C à freiner la coagulation ; seule sa forme libre est active.
- Biomnis donne des valeurs de référence de 65 à 140 %.
- La grossesse, la pilule, les AVK et l’inflammation la font baisser.
- Le dosage se fait hors de ces contextes et se confirme sur un second prélèvement.
- Un résultat bas pendant la grossesse est attendu et n’est pas un diagnostic.