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Étude · Physiologie

Reprendre du poids après un régime : on sait enfin pourquoi c’est (presque) inévitable

Par · Diététicienne nutritionnistePublié le
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reprendre de poids apres un regime
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

On reprend toujours du poids après un régime. Toujours. Ce n’est pas une exagération : c’est ce que montrent les études depuis des décennies. Et ce constat vaut aussi pour les médicaments GLP-1 comme Ozempic ou Wegovy. Mais personne ne savait exactement pourquoi, jusqu’à la publication d’une étude dans Cell Reports1. Des chercheurs américains ont identifié le mécanisme moléculaire exact qui rend la reprise de poids quasi inévitable. Et le plus surprenant : ce mécanisme se transmet de la mère à l’enfant, avant même la naissance.

L’étude en brefÉtude chez l'animal

Une mémoire moléculaire pourrait favoriser la reprise de poids

  • ParticipantsModèles cellulaires et souris
  • DuréeNon applicable
  • Publiée dansCell Reports

Ce qu’elle montre

Une exposition au TGF-β1 laisse une activité durable du gène Fbn1 et une élévation de l’asprosin après la perte de poids, favorisant la reprise de poids chez la souris.

Ses limites

Les résultats mécanistiques sont principalement issus de modèles cellulaires et murins. Leur pertinence clinique chez l’humain doit encore être établie.

Le scénario que tout le monde connaît

Un régime fonctionne. Les kilos partent. La balance affiche enfin un chiffre satisfaisant. Et quelques mois plus tard, tout revient. Parfois avec un bonus.

Ce schéma est tellement courant que les chercheurs ne le considèrent même plus comme un échec individuel. C’est un phénomène biologique. Reproductible. Quasi universel.

Et pourtant, la mécanique moléculaire exacte qui rendait ce retour de flamme aussi systématique restait un mystère complet.

Même Ozempic n’y échappe pas

Les médicaments GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) sont présentés comme une révolution. Et dans un sens, ils le sont : ils coupent l’appétit tant qu’on les prend.

Le problème, c’est la suite. Dès qu’on arrête le traitement, la faim revient. Et le poids avec. Les laboratoires pharmaceutiques le savent très bien et cherchent activement une solution pour maintenir les résultats après l’arrêt.

Vrai ou faux ?

Arrêter un traitement par GLP-1 entraîne systématiquement une reprise complète du poids perdu.

C’est faux.

Les études montrent une reprise de poids importante après l’arrêt de plusieurs traitements, mais pas systématiquement une récupération complète du poids perdu. Le mécanisme TGF-β1-asprosin décrit ici n’a pas encore été démontré comme responsable de cette reprise chez l’humain.

Mais pourquoi l’appétit revient-il systématiquement en force, même après une perte de poids réussie ? Même après des mois d’efforts ?

La réponse ne se trouve ni dans le cerveau, ni dans les habitudes alimentaires. Elle se cache dans un endroit auquel personne ne pensait vraiment.

L’obésité laisse des cicatrices (et pas celles que l’on croit)

Des chercheurs du Harrington Discovery Institute (University Hospitals, Cleveland) et de la Case Western Reserve University ont publié leurs résultats dans la revue Cell Reports2. L’auteur principal est le Dr Atul Chopra, médecin et chercheur spécialisé dans les maladies rares.

Ce qu’ils ont mis en évidence : l’obésité modifie les cellules graisseuses de manière durable. Et quand on dit durable, c’est au sens propre.

Voici le mécanisme, en version simplifiée.

L’engrenage moléculaire

Quand une personne est en surpoids, son corps produit en excès une molécule inflammatoire appelée TGF-β1. C’est une cytokine : un messager chimique qui circule dans le sang et donne des instructions aux cellules.

Ce TGF-β1 agit sur les cellules graisseuses (les adipocytes) et active un gène bien particulier : le gène Fbn1. Ce gène fabrique une protéine (la fibrilline-1) dont la découpe produit une hormone qui stimule la faim : l’asprosin.

L’asprosin va directement agir sur l’hypothalamus (la zone du cerveau qui régule l’appétit) en se fixant sur un récepteur appelé Ptprd, situé sur des neurones qui déclenchent la sensation de faim.

En résumé : inflammation en excès, production de l’hormone de la faim, signal envoyé au cerveau, envie de manger. Logique.

Mais la vraie découverte n’est pas là.

Un interrupteur biologique qui ne s’éteint plus

C’est ici que l’étude change la donne.

L’exposition au TGF-β1 ne se contente pas d’activer temporairement le gène de l’asprosin. Elle modifie physiquement la structure de l’ADN autour de ce gène. En termes scientifiques, on parle de remodelage de la chromatine : l’ADN « s’ouvre » à un endroit précis et reste ouvert, ce qui permet au gène de continuer à fonctionner en permanence.

Cette modification persiste. Même après une perte de poids complète. Même quand le niveau de TGF-β1 est revenu à la normale.

Le Dr Chopra résume ça avec une image simple : « C’est comme un interrupteur que l’on actionne une fois, mais qui reste allumé même après avoir retiré le doigt. »

Concrètement : la faim reste élevée. Le corps continue de réclamer plus de nourriture. Et ce, même quand la personne a retrouvé un poids normal.

Les chercheurs appellent ça une « mémoire de l’obésité » : une empreinte épigénétique (c’est-à-dire une modification de la façon dont un gène est lu, sans changer la séquence d’ADN elle-même) inscrite dans les cellules graisseuses.

Ce que montrent les données

Chez les souris de l’étude, même après un jeûne intermittent qui avait fait perdre 25 % du poids corporel (un retour complet au poids normal), les niveaux d’asprosin dans le sang restaient élevés. Quand on les remettait sous régime riche en graisses, elles reprenaient significativement plus de poids que des souris n’ayant jamais été obèses.

Et un point important : d’autres signaux de la faim habituellement suspectés (comme la ghréline ou le neuropeptide Y) n’étaient pas modifiés. L’asprosin semble être le coupable principal de cette rechute.

Voilà pourquoi Ozempic ne règle pas le fond du problème

Les médicaments GLP-1 masquent le signal de faim. Ils ne l’effacent pas. La mémoire épigénétique est toujours là, inscrite dans les cellules graisseuses, prête à relancer la production d’asprosin dès que le traitement s’arrête.

« Cette découverte nous donne une explication moléculaire de la raison pour laquelle les médicaments GLP-1 ne peuvent pas corriger la mémoire biologique qui relance la faim une fois le traitement terminé. Ce même signal traverse aussi le placenta et programme les cellules graisseuses d’un bébé avant sa naissance », explique le Dr Chopra.

En clair : le traitement cache le symptôme. Il ne répare pas la cause.

Quiz

Testez vos connaissances

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Quelle molécule est au centre du mécanisme décrit dans l’étude ?

    Bonne réponse : B. L’asprosin est une hormone produite notamment à partir de la fibrilline-1 et impliquée dans le signal de faim étudié.

  2. Question 2 sur 3

    Que fait le TGF-β1 dans le mécanisme étudié ?

    Bonne réponse : A. Chez les adipocytes étudiés, le TGF-β1 augmente la transcription de Fbn1, ce qui favorise la production d’asprosin.

  3. Question 3 sur 3

    Chez quel modèle le mécanisme de mémoire a-t-il principalement été étudié ?

    Bonne réponse : B. Les résultats mécanistiques reposent principalement sur des modèles cellulaires et murins. Leur transposition à l’humain reste à établir.

Résumé en image

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