Depuis des décennies, l’Indice de Masse Corporelle (IMC) est l’outil de référence pour estimer la corpulence d’un individu et évaluer les risques pour sa santé. Mais voilà qu’une équipe de chercheurs chinois et américains propose un nouvel indicateur : l’Indice de Rondeur Corporelle (IRC). Alors, révolution ou simple évolution ?

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L’IMC, un indicateur imparfait
Rappelons d’abord ce qu’est l’IMC. Cet indice, reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé, se calcule simplement en divisant le poids (en kilos) par la taille (en mètres) au carré. Un IMC entre 18,5 et 25 est considéré comme normal, en dessous c’est la maigreur, au-dessus le surpoids, et au-delà de 30 l’obésité.
Mais voilà, l’IMC a ses limites. Tout d’abord, il ne tient pas compte de la répartition de la masse grasse dans le corps. Or, on sait aujourd’hui que la graisse viscérale, celle qui entoure nos organes, est bien plus néfaste pour la santé que la graisse sous-cutanée. Ensuite, l’IMC ne fait pas la distinction entre masse grasse et masse musculaire. Résultat : un athlète très musclé peut avoir un IMC élevé sans être en surpoids, tandis qu’une personne âgée avec peu de muscles et beaucoup de graisse peut avoir un IMC “normal” .
Enfin, des études récentes montrent qu’un surpoids n’est pas toujours synonyme de mauvaise santé. Selon la Pr Ruth Loos de l’Université de Copenhague, 15 à 45 % des personnes obèses d’après leur IMC seraient en réalité en bonne santé métabolique. Bref, l’IMC est un indicateur utile mais imparfait, qui peut conduire à sous-estimer ou surestimer les risques pour la santé.
L’IRC, une approche plus fine
C’est là qu’intervient l’Indice de Rondeur Corporelle. Plutôt que de se baser uniquement sur le poids et la taille, l’IRC prend en compte le tour de taille et le tour de hanches. L’idée ? Évaluer la forme du corps plutôt que sa masse.
Concrètement, l’IRC se calcule à partir d’une formule mathématique complexe qui utilise le concept d’ “excentricité” . En gros, il s’agit de quantifier à quel point le corps s’éloigne d’une forme cylindrique parfaite. Plus le corps est “rond” , plus l’IRC est élevé, et plus les risques pour la santé augmentent.
Cette approche est née des travaux de la Pr Diana Thomas, mathématicienne à l’Académie Militaire de West Point. Selon elle, l’IRC permet de prendre en compte toutes les variations de formes de corps, là où l’IMC part du principe que nous sommes tous des cylindres parfaits.
Une meilleure estimation des risques ?
Mais l’IRC est-il vraiment plus efficace que l’IMC pour évaluer les risques pour la santé ? C’est ce qu’a cherché à savoir l’équipe sino-américaine en analysant les données médicales de plus de 33 000 Américains sur une période de 20 ans.
Résultat : l’IRC semble effectivement mieux corrélé au risque de mortalité que l’IMC. Les chercheurs ont observé une courbe en U, avec un risque accru pour les IRC très bas (maigreur) et très élevés (obésité sévère). À l’inverse, la courbe de l’IMC est plus plate, avec des extrêmes similaires mais une zone “normale” moins marquée.
Autre constat : l’IRC moyen de la population américaine a augmenté de façon constante sur les 20 années de l’étude, avec des progressions plus marquées chez certains groupes comme les femmes, les personnes âgées et les Américains d’origine mexicaine. Un reflet inquiétant de l’épidémie d’obésité qui frappe les États-Unis.
Un outil prometteur mais perfectible
Pour autant, l’IRC n’est pas exempt de défauts. Comme l’IMC, il ne tient pas compte de la masse musculaire. Un bodybuilder aura ainsi un IRC élevé sans pour autant être en mauvaise santé. De plus, le nom même d’ “Indice de Rondeur Corporelle” peut être perçu négativement et freiner son adoption.
Enfin, il faut souligner que l’IRC est encore une technique nouvelle qui nécessite d’être validée par d’autres études. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que leur travail a des limites, notamment liées à la nature rétrospective des données utilisées.
Malgré tout, l’IRC apparaît comme un outil prometteur pour affiner l’évaluation des risques liés au surpoids et à l’obésité. Facile à calculer avec un simple mètre-ruban, il pourrait à terme compléter voire remplacer l’IMC dans le dépistage des personnes à risque.
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