Ce qui se passe dans le corps
La mémoire n’est pas un bloc unique. La mémoire de travail retient quelques informations pendant quelques secondes, le temps de les utiliser. La mémoire épisodique enregistre les événements vécus. Elle dépend beaucoup de l’hippocampe, une petite structure au cœur du cerveau. Pour qu’un souvenir se forme, il faut d’abord y prêter attention, puis le consolider, notamment pendant le sommeil.
Avec l’âge, la vitesse de traitement ralentit un peu et retrouver un nom prend plus de temps. C’est normal. Ce qui doit alerter, c’est un oubli qui s’aggrave, porte sur des faits récents importants et gêne la vie quotidienne.
Les causes les plus fréquentes
Chez l’adulte jeune ou d’âge moyen, la plupart des « trous de mémoire » viennent d’un défaut d’attention plutôt que d’un défaut de mémoire. Le stress, l’anxiété, la dépression, le manque de sommeil et la fatigue en sont les causes les plus courantes. Certains médicaments, comme les somnifères et les calmants, l’alcool et le cannabis peuvent aussi gêner la mémorisation.
Des causes médicales curables existent. La Haute Autorité de santé (HAS) recommande de rechercher par une prise de sang un mauvais fonctionnement de la thyroïde, une anémie, un trouble de la glycémie ou, selon le contexte, un manque de vitamine B12. Chez les personnes plus âgées, des troubles qui s’aggravent peuvent révéler une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée.
Ce qui aide, selon les études
Bouger. Dans sa deuxième édition de recommandations, publiée en 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) maintient que l’activité physique doit être recommandée aux adultes sans trouble cognitif. C’est l’une de ses recommandations les plus fermes pour réduire le risque de déclin.
Agir sur les facteurs de risque. L’OMS recommande d’aider à l’arrêt du tabac et de prendre en charge les maladies qui augmentent le risque, comme l’hypertension ou le diabète. La Commission du Lancet, un groupe international d’experts, estime en 2024 qu’environ 45 % des démences seraient liées à 14 facteurs modifiables. Parmi eux : l’hypertension, le diabète, le tabac, l’alcool en excès, la sédentarité, l’isolement social et la perte d’audition.
Garder un cerveau actif et entouré. L’OMS recommande désormais, de façon conditionnelle, l’entraînement et la stimulation cognitive, ainsi que les activités sociales. Lire, apprendre, jouer d’un instrument, voir du monde : les preuves restent modestes, mais ces activités ne présentent pas de risque.
Corriger l’audition. L’OMS indique que des appareils auditifs peuvent être proposés. Le grand essai ACHIEVE, publié en 2023, n’a pas montré de frein au déclin cognitif sur trois ans dans l’ensemble des participants. Il a en revanche observé un ralentissement chez les personnes les plus à risque. Bien entendre reste important pour la vie sociale.
Les compléments « mémoire ». Ils sont très vendus. Pourtant, l’OMS ne recommande pas les vitamines B et E, les oméga-3 ou les multivitamines pour protéger la mémoire, en l’absence de carence diagnostiquée. Le ginkgo a été testé dans l’essai GEM chez plus de 3 000 personnes âgées : il n’a pas réduit le risque de démence.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est présentée ici comme une tradition, non comme un traitement validé. Elle relie les oublis à un vide du Cœur et de la Rate, ou à un vide de l’Essence des Reins, le Jing, censée nourrir le cerveau. Les Mucosités sont aussi accusées d’obscurcir l’esprit.
Les plantes classiques sont la racine de polygala (yuan zhi), le ginseng (ren shen) et la baie de lyciet, ou goji (gou qi zi). Une revue Cochrane de 2010 n’a pas trouvé de preuve nette d’un effet du ginseng sur la mémoire ; les autres restent peu étudiées. Demandez un avis médical avant toute prise.
Quand consulter
Consultez votre médecin si les oublis s’aggravent en quelques semaines ou mois, s’ils vous gênent au quotidien, par exemple si vous vous perdez dans un lieu connu ou oubliez rendez-vous et factures, ou s’ils inquiètent vos proches. Appelez le 15 si un trouble de la mémoire apparaît brutalement, en quelques minutes ou heures, avec confusion, trouble de la parole, faiblesse ou engourdissement d’un côté, ou mal de tête inhabituel, et après tout choc à la tête suivi de troubles.
À retenir
- La plupart des trous de mémoire viennent de la fatigue, du stress ou d’un défaut d’attention.
- L’activité physique est la mesure la mieux établie pour protéger le cerveau.
- Tension, diabète, tabac, alcool et audition sont des leviers importants.
- Les compléments « mémoire » et le ginkgo n’ont pas fait leurs preuves.
- Un trouble brutal de la mémoire justifie le 15.
