Ce qui se passe dans le corps
Chez certaines personnes, le moral baisse chaque automne ou chaque hiver, puis remonte au printemps. Quand cette baisse atteint l’intensité d’un épisode dépressif et revient d’une année sur l’autre, on parle de dépression à caractère saisonnier, autrefois appelée trouble affectif saisonnier. Des formes plus légères, qui gênent sans constituer une dépression, sont fréquentes.
Les signes typiques diffèrent un peu de ceux des autres dépressions : grande fatigue, envie de dormir beaucoup, appétit pour les aliments sucrés et féculents, prise de poids, repli sur soi. Le principal facteur en cause est la baisse de la lumière du jour. Elle décale l’horloge biologique, le système interne qui règle le sommeil, la température et la sécrétion de mélatonine, l’hormone de la nuit.
Les causes les plus fréquentes
La durée du jour compte : le trouble est plus fréquent aux latitudes élevées. Il touche davantage les femmes et les jeunes adultes, et une sensibilité familiale existe. Le manque d’activité physique, l’isolement et le temps passé à l’intérieur aggravent la situation. Une thyroïde paresseuse peut donner une fatigue et un moral bas qui ressemblent à la déprime d’hiver, ce qui justifie parfois un dosage de la TSH.
Ce qui aide, selon les études
La luminothérapie. Elle consiste à s’exposer chaque matin, pendant un temps défini, à une lampe qui délivre une lumière blanche intense. Les recommandations canadiennes CANMAT de 2023, une référence en psychiatrie, la placent en premier choix dans la dépression saisonnière. Une méta-analyse de 2020 réunissant 19 essais confirme un effet, modéré, avec des études de qualité inégale. Les réglages se discutent avec un professionnel.
La thérapie cognitive et comportementale adaptée. Une version de la TCC conçue pour la dépression saisonnière aide à remettre de l’activité dans les journées d’hiver et à travailler les pensées négatives liées à la saison. Dans un essai de 177 adultes, six semaines de cette thérapie ont fait aussi bien que la luminothérapie. Au deuxième hiver, il y a eu moins de rechutes après la thérapie : 27 % contre 46 %.
Les antidépresseurs. Quand les symptômes sont marqués, ou que la lumière ne suffit pas, la dépression saisonnière se traite comme les autres épisodes dépressifs, médicaments compris. Le choix se fait avec le médecin.
La vitamine D. On la présente souvent comme la solution naturelle à la déprime d’hiver. Le grand essai VITAL-DEP a pourtant suivi plus de 18 000 adultes de 50 ans et plus pendant environ cinq ans : la vitamine D n’a pas réduit le risque de dépression par rapport au placebo. La Haute Autorité de santé (HAS) ne reconnaît pas non plus d’utilité au dosage de routine de la vitamine D, y compris pour les performances cognitives.
Ce que propose la médecine chinoise
La médecine chinoise est présentée ici comme une tradition, non comme un traitement validé. Elle ne décrit pas la dépression saisonnière en tant que telle. Dans sa théorie des cinq phases, l’hiver correspond à l’Eau et au Rein. Une humeur éteinte, frileuse et fatiguée y est lue comme un vide de Yang, souvent associé à un vide de Qi de la Rate.
La tradition propose des plantes et aliments « réchauffants » : le ginseng (ren shen), le gingembre frais (sheng jiang) et la longane (long yan rou). Le gingembre a fait l’objet de quelques essais contre les nausées, mais aucun de ces produits n’a été évalué sérieusement sur le moral. Demandez un avis médical avant d’en prendre, surtout si vous suivez un traitement.
Quand consulter
Consultez votre médecin si le moral reste bas presque tous les jours depuis plus de deux semaines, si vous n’arrivez plus à travailler ou à prendre soin de vous, ou si la déprime revient chaque hiver. Consultez aussi rapidement si, notamment après le début d’une luminothérapie, vous vous sentez soudain très excité, avec un besoin de sommeil très réduit. Si vous avez des idées de mort ou de suicide, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide joignable 24 h/24, ou le 15.
À retenir
- La déprime d’hiver est liée à la baisse de la lumière du jour et revient souvent chaque année.
- La luminothérapie est un traitement de premier choix selon les recommandations canadiennes.
- Une TCC adaptée fait aussi bien et semble protéger davantage les hivers suivants.
- La vitamine D n’a pas montré d’effet préventif sur la dépression.
- Idées de mort ou excitation inhabituelle : consultez sans attendre.
