Des chercheurs viennent de découvrir une molécule dans le sang des pythons qui coupe la faim et fait perdre du poids. Sans les effets secondaires des traitements actuels. Voici ce que dit vraiment l’étude publiée dans Nature Metabolism(1).

Un serpent qui ne mange qu’une fois tous les 18 mois
Le python birman est un animal hors norme. Il peut avaler une proie aussi lourde que lui en un seul repas. Puis rester sans manger pendant 12 à 18 mois. Sans perdre de muscle. Sans souffrir de carences.
Après un repas, son corps entre dans un mode de digestion extrême : ses organes grossissent de plus de 50 %, sa dépense énergétique est multipliée par 40 et son coeur prend 25 % de volume supplémentaire. Puis tout revient à la normale. A chaque repas. Comme si de rien n’était.
Ce fonctionnement intéresse les chercheurs depuis des années. Mais cette fois, une équipe de l’Université du Colorado Boulder et de Stanford a voulu aller plus loin. Leur question : qu’est-ce qui circule dans le sang du python après un repas et que nous n’avons pas encore identifié ?
Une analyse sanguine qui change tout
L’équipe, menée par la professeure Leslie Leinwand et le chercheur Jonathan Long, a utilisé une technique appelée métabolomique non ciblée. En clair : au lieu de chercher des molécules connues, ils ont analysé tout ce qui circule dans le sang du serpent après un repas, sans filtre.
Le résultat est net. Sur les centaines de molécules détectées, une seule explose littéralement après un repas.
Son nom : la para-tyramine-O-sulphate, ou pTOS.
Son taux dans le sang du python est multiplié par plus de 1 000 après un repas. Chez le python birman, la concentration passe de 20 nanomoles par litre (à jeun) à 4,5 micromoles par litre trois jours après le repas. Chez le python royal, une espèce séparée depuis 21 millions d’années, le résultat est quasiment identique.
Comment cette molécule est-elle fabriquée ?
La pTOS est produite en deux étapes.
La première se passe dans l’intestin. Les bactéries du microbiote transforment un acide aminé (la tyrosine, présent dans la viande) en tyramine. Ce sont les bactéries du gros intestin qui font le travail, pas celles du petit intestin. Et cette transformation est plus efficace quand le python a mangé.
La deuxième étape a lieu dans le foie. Une enzyme spécifique (la SULT1C4) ajoute un groupe sulfate à la tyramine pour donner la pTOS. Après un repas, le foie du python produit deux à six fois plus de ces enzymes de sulfatation.
En clair : c’est un duo microbiote-foie qui fabrique la pTOS à partir de ce que le serpent mange.
Pour vérifier que le microbiote est bien indispensable, les chercheurs ont donné des antibiotiques à des pythons avant de les nourrir. Résultat : la montée de pTOS après le repas a été quasiment supprimée. Sans bactéries intestinales, pas de pTOS.
L’effet sur la faim et le poids (chez la souris)
Voilà où ça devient concret. Les chercheurs ont administré de la pTOS à des souris, par injection ou par voie orale. Voici ce qu’ils ont observé :
- La prise alimentaire diminue de façon significative, même en une seule dose ;
- L’effet fonctionne aussi bien chez les souris minces que chez les souris obèses ;
- Après 28 jours de traitement quotidien, les souris obèses perdent environ 9 % de poids de plus que le groupe contrôle.
Et le plus intéressant est ailleurs.
Ce que la pTOS ne fait pas
Contrairement aux médicaments actuels comme les agonistes du GLP-1 (Ozempic, Wegovy), la pTOS n’a provoqué aucun des effets secondaires classiques dans cette étude :
- Pas de baisse d’activité physique ;
- Pas de modification de la dépense énergétique ;
- Pas de changement de la glycémie ;
- Pas d’aversion alimentaire (les souris ne sont pas “dégoûtées” de la nourriture) ;
- Pas de modification de la consommation d’eau ;
- Pas de ralentissement de la vidange gastrique.
En résumé : la pTOS réduit la faim, point. Sans toucher au reste.
Comment ça marche dans le cerveau ?
La pTOS traverse la barrière hémato-encéphalique (la barrière qui protège le cerveau). Trente minutes après injection, les chercheurs ont mesuré une concentration de 12,6 micromoles par litre dans le liquide céphalo-rachidien de la souris.
A titre de comparaison, la tyramine (la molécule dont elle dérive) pénètre très mal dans le cerveau.
Dans le cerveau, la pTOS active un groupe précis de neurones situés dans l’hypothalamus ventromédian (VMH). Cette zone est connue pour réguler la prise alimentaire et l’équilibre énergétique.
Pour prouver que ces neurones sont bien responsables de l’effet coupe-faim, les chercheurs ont utilisé une technique appelée DREADD. Elle permet de “désactiver” à la demande un groupe de neurones spécifiques. Quand les neurones du VMH activés par la pTOS sont éteints chimiquement, l’effet coupe-faim de la molécule disparaît.
Et ce mécanisme n’est pas propre aux mammifères. Chez le python aussi, l’administration de pTOS active les neurones du VMH. Ce circuit cerveau-intestin est donc conservé entre les espèces, ce qui renforce l’idée qu’il joue un rôle fondamental dans la régulation de l’appétit.
Et chez l’humain ?
La pTOS existe aussi dans le sang humain. Plusieurs études de cohortes l’ont confirmé.
Chez des hommes en bonne santé, la concentration sanguine de pTOS est d’environ 25 nanomoles par litre à jeun. Après un repas, elle augmente en moyenne de deux à cinq fois. C’est bien moins que chez le python (plus de 1 000 fois), mais c’est mesurable.
Et certains individus réagissent beaucoup plus fortement que d’autres. Dans l’une des cohortes analysées, un sujet a vu son taux de pTOS monter de plus de 25 fois après un repas, atteignant une concentration de 2 micromoles par litre : un niveau comparable à celui d’un python après un festin.
Une piste à nuancer
L’étude a aussi analysé une cohorte de personnes en situation de prédiabète ou de diabète de type 2. Chez ces individus, la montée de pTOS après un repas n’a pas été observée. Ce qui veut dire que ce signal de satiété pourrait être altéré chez les personnes dont le métabolisme du glucose est déjà perturbé.
Autre point notable : la pTOS n’a pas été détectée dans le sang des souris, ni à jeun ni après un repas. Les auteurs de l’étude estiment que les rongeurs pourraient utiliser une molécule chimiquement apparentée mais différente, un peu comme les souris utilisent la corticostérone là où l’humain utilise le cortisol.
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Sources éditoriales et fact-checking