Régime. Restriction. Perte de poids. Puis reprise. Et rebelote. Ce schéma, des millions de personnes le connaissent par coeur. Certains l’ont vécu trois fois, cinq fois, dix fois. Le poids perdu finit presque toujours par revenir. Pas par manque de volonté. Pas par manque de discipline. Mais parce que le corps lui-même sabote le travail.
Une étude publiée dans la revue iScience(1) vient de montrer quelque chose que beaucoup soupçonnaient sans pouvoir le prouver : après une perte de poids, le cerveau maintient un signal de faim persistant, parfois pendant des semaines, pour ramener le corps à son ancien poids.
En clair : le corps se souvient de son poids le plus élevé. Et il fait tout pour y retourner.

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Ce que les chercheurs ont fait
L’équipe de Frankie D. Heyward, chercheur en médecine interne et neurosciences à l’UT Southwestern Medical Center (Dallas), et d’Evan D. Rosen, professeur de médecine à Harvard, a travaillé sur des souris rendues obèses par un régime riche en graisses pendant 20 semaines.
Ces souris ont ensuite été soumises à une restriction calorique de 40 % jusqu’à ce qu’elles retrouvent un poids comparable à celui de souris n’ayant jamais été obèses.
Une fois le poids cible atteint, les chercheurs ont divisé les souris (appelées ReDO, pour “reversed dietary obesity”, c’est-à-dire “obésité alimentaire inversée”) en quatre groupes :
- Un groupe a pu manger librement juste après la restriction calorique ;
- Un deuxième groupe a reçu la même quantité de nourriture que les souris normales pendant 8 jours, puis a eu accès libre ;
- Un troisième a été aligné pendant 28 jours avant l’accès libre ;
- Un quatrième a été maintenu de manière permanente sur l’alimentation des souris normales.
Le résultat que personne ne voulait voir
Peu importe la durée de stabilisation (0, 8 ou 28 jours) : dès que les souris ReDO pouvaient manger sans limite, elles mangeaient significativement plus que les souris n’ayant jamais été obèses. Même après 28 jours d’alimentation normale et stable.
Ce phénomène porte un nom : l’hyperphagie. C’est une faim persistante, intense, biologiquement programmée. Ce n’est pas un simple craving ou une envie passagère. C’est le cerveau qui envoie un signal continu : “il faut manger plus”.
Seul le quatrième groupe (alimentation contrôlée de manière permanente) a réussi à maintenir son poids. Autrement dit : sans contrôle externe permanent, la reprise de poids était systématique.
Le “set point” : un thermostat biologique
Les résultats vont dans le sens d’une théorie connue en physiologie : celle du “set point” (point de consigne). Le corps aurait une sorte de thermostat interne qui mémorise le poids le plus élevé atteint. Après une perte de poids, tout le système hormonal et neuronal travaille pour ramener le corps à ce point de référence.
En pratique : la leptine (hormone de satiété) diminue, la ghréline (hormone de la faim) augmente et le métabolisme de base (la quantité d’énergie que le corps brûle au repos) ralentit. Le corps dépense moins et réclame plus. La combinaison idéale pour reprendre du poids.
Ce que l’étude apporte de nouveau, c’est la preuve que cette faim persiste bien au-delà de la période de restriction. Le problème ne vient pas du régime lui-même. Le problème, c’est ce qui se passe après.
Un indice pour prédire la reprise de poids
Les chercheurs ont aussi identifié un facteur prédictif : les souris qui avaient pris du poids le plus rapidement durant les 4 premières semaines de régime riche en graisses étaient aussi celles qui reprenaient le plus de poids après la restriction.
En clair : la vitesse à laquelle un organisme prend du poids pourrait indiquer à quel point il sera difficile de maintenir une perte de poids par la suite.
Ce que ça change pour les humains
L’étude a été menée sur des souris mâles. Il faut donc rester prudent avant de transposer directement les résultats à l’humain. Mais le Dr Heyward le souligne lui-même : la reprise de poids touche aussi bien les personnes qui suivent un régime classique que celles qui prennent des médicaments comme les agonistes du récepteur GLP-1 (sémaglutide, tirzépatide).
Ces médicaments, qui ont montré une capacité à faire perdre entre 15 et 20 % du poids corporel, n’échappent pas au problème. L’arrêt du traitement est suivi d’une reprise de poids et d’une inversion des bénéfices sur les marqueurs cardiovasculaires et métaboliques(2).
La question n’est donc pas seulement “comment perdre du poids” mais “comment empêcher le cerveau de ramener le corps à son ancien poids”. Et pour l’instant, la science n’a pas encore trouvé la réponse.
Les points clés à retenir
- Après une perte de poids, le cerveau maintient un signal de faim persistant pendant au moins un mois, même avec une alimentation normale ;
- Ce phénomène (hyperphagie) est biologique, pas psychologique ;
- Le corps semble mémoriser son poids le plus élevé et travailler activement pour y retourner ;
- La vitesse de prise de poids initiale pourrait prédire la difficulté à maintenir la perte ;
- Les médicaments GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) n’éliminent pas ce problème : l’arrêt du traitement est suivi d’une reprise rapide.
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Sources éditoriales et fact-checking