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Étude · Prévention

Faire du sport ne fait pas maigrir : ce que révèle la plus grande étude de l’AHA

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faire sport fait pas maigrir
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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Faire du sport pour faire baisser la balance. C’est l’évidence partagée depuis des décennies. Salles, applications, médecins, magazines : tout le monde répète le même refrain.

Sauf qu’une grande société savante américaine vient de remettre à plat ce dogme. Et ce qu’elle conclut va surprendre.

L’American Heart Association (équivalent américain de la Fédération Française de Cardiologie) a publié dans la revue scientifique Circulation1 une étude très attendu. Plus de 40 % des adultes américains vivent aujourd’hui en situation d’obésité. Les maladies du coeur progressent en parallèle. Face à cette double épidémie, les cardiologues américains changent de cap.

Reste à savoir lequel.

Un étude scientifique qui fait du bruit

Le document s’intitule « Role of Physical Activity in Obesity Treatment and Cardiometabolic Health » (rôle de l’activité physique dans la prise en charge de l’obésité et la santé cardiométabolique). Ce n’est pas un avis isolé. C’est un consensus rédigé par cinq conseils scientifiques de l’AHA réunis : cardiologie clinique, hypertension, AVC, soins infirmiers cardiovasculaires et santé cardiométabolique.

Le groupe d’écriture est présidé par Damon L. Swift, professeur associé de kinésiologie à l’Université de Virginie (Charlottesville). Sa coautrice principale, Leanna M. Ross, vient elle aussi du milieu universitaire.

Le constat de départ

Les chercheurs partent d’un chiffre dérangeant. Aux États-Unis, seul 1 adulte sur 4 atteint les recommandations nationales d’activité physique. Chez les jeunes de 6 à 17 ans, c’est pire : 1 sur 5 seulement.

Conclusion mécanique : la grande majorité de la population ne bouge pas assez pour récolter les bénéfices santé du mouvement. Mais l’avis va plus loin. Il interroge la finalité même de cette activité.

La vraie surprise est ailleurs

C’est ici que le texte dérange. Pendant des années, le sport a été présenté aux personnes obèses ou en surpoids comme un outil de perte de poids. Brûler des calories. Faire baisser le chiffre sur la balance.

Sauf que les preuves scientifiques accumulées ne soutiennent plus cette vision. Le rapport est sans détour : l’exercice seul produit rarement une perte de poids cliniquement importante.

Les chiffres sont précis :

  • Pour espérer perdre 5 % ou plus de son poids uniquement par l’activité physique, il faut viser entre 225 et 420 minutes par semaine (soit 3 à 7 heures hebdomadaires) ;
  • Moins de 15 % des pratiquants atteignent une perte de poids cliniquement significative par la seule activité physique ;
  • Une perte modeste, autour de 3 % du poids corporel, reste accessible et apporte déjà des bénéfices santé.

Autrement dit : si l’objectif est uniquement de maigrir, le sport sans changement alimentaire est un outil très peu rentable.

Alors à quoi bon transpirer ?

C’est la vraie question que pose l’avis. Et la réponse est inattendue.

Bouger améliore la santé, même quand la balance ne bouge pas

Voilà le tournant. Le texte démontre, étude après étude, que l’activité physique régulière apporte des bénéfices cardiovasculaires et métaboliques importants, indépendamment de toute perte de poids.

Les améliorations documentées concernent :

  • La pression artérielle (la tension) ;
  • La sensibilité à l’insuline, c’est à dire la capacité du corps à utiliser correctement le sucre du sang ;
  • Le cholestérol sanguin ;
  • La condition cardiorespiratoire, autrement dit la forme du coeur et des poumons à l’effort.

En clair : une personne en surpoids qui se met à marcher régulièrement, même sans perdre un gramme, abaisse mesurablement son risque cardiovasculaire.

Damon Swift le résume ainsi dans le communiqué : « L’activité physique apporte des gains puissants au coeur et au métabolisme, même lorsque la balance ne bouge pas. Ces bénéfices sont importants parce que beaucoup de personnes en surpoids ont déjà des facteurs de risque cardiovasculaire. »

Combien de minutes faut-il viser ?

L’AHA fixe deux paliers, selon l’objectif visé.

Pour protéger son coeur

Le minimum hebdomadaire recommandé est le suivant :

  • 150 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée (marche rapide, vélo tranquille, natation lente) ;
  • Ou 75 minutes d’activité aérobique d’intensité soutenue (course, vélo rapide, sports collectifs) ;
  • Plus du renforcement musculaire d’intensité au moins modérée, sur 2 jours ou plus par semaine.

Atteindre ces niveaux est associé à une nette réduction de la mortalité, toutes causes confondues et d’origine cardiovasculaire.

Pour maintenir une perte de poids dans la durée

Garder un poids réduit après un régime exige souvent 200 à 300 minutes par semaine d’activité modérée, soit le double du minimum cardio.

Le texte concède que ces volumes ne sont pas toujours réalistes. Mais il ajoute une nuance importante : même en cas de reprise partielle du poids perdu, le maintien d’une activité régulière protège les acquis sur la pression artérielle et la glycémie.

Le muscle, le grand oublié du sport-santé

L’avis insiste sur un point souvent négligé. Quand on perd du poids uniquement par la restriction calorique, on perd aussi du muscle.

Le muscle, ce n’est pas qu’une question de silhouette. C’est un organe métabolique actif. Il contribue :

  • À la mobilité au quotidien ;
  • Au métabolisme de base (les calories brûlées au repos) ;
  • Au contrôle de la glycémie.

L’ajout d’exercices de musculation à la perte de poids change la donne. Les études montrent une meilleure préservation de la masse musculaire chez ceux qui ajoutent du renforcement, comparé au régime seul. L’effet est particulièrement net chez les adultes d’âge moyen et les seniors.

Un apport en protéines au moins égal aux apports journaliers recommandés vient compléter l’effet du travail musculaire.

La méthode des 5A pour se mettre au sport

L’étude propose un cadre pratique à destination des soignants : le modèle des 5A. Cinq verbes, cinq étapes pour accompagner un patient vers une activité régulière.

Les 5 étapes :

  • Assess (évaluer) : identifier la motivation et les connaissances du patient sur l’activité physique ;
  • Advise (conseiller) : donner des pistes concrètes pour intégrer le mouvement au quotidien ;
  • Agree (s’accorder) : fixer ensemble des objectifs SMART ;
  • Assist (aider) : proposer des solutions pratiques aux obstacles rencontrés ;
  • Arrange (organiser) : planifier le suivi et orienter vers des ressources complémentaires.

Les objectifs SMART sont eux aussi précisés : Specific (spécifique), Measurable (mesurable), Achievable (atteignable), Relevant (pertinent) et Time-bound (limité dans le temps).

Et avec les médicaments anti-obésité ?

C’est une question d’actualité, alors que les traitements de type GLP-1 (sémaglutide, tirzépatide) se sont répandus. L’AHA donne une position claire. Le sport reste essentiel, même chez les patients sous traitement médicamenteux ou ayant subi une chirurgie bariatrique.

Deux raisons principales :

  • L’activité physique préserve le muscle, que les médicaments amaigrissants ne protègent pas ;
  • Elle apporte des bénéfices cardiovasculaires et métaboliques propres, qui s’additionnent à ceux du traitement.

Stacey E. Rosen, présidente de l’AHA et cadre de Northwell Health (New York), conclut : « L’activité physique doit être prescrite et priorisée pour ses bénéfices cardiovasculaires et métaboliques dans la prise en charge de l’obésité. L’exercice peut vous rendre plus en bonne santé, même sans perte de poids. »

Ce qu’il faut retenir

Le poids n’est plus le seul, ni même le meilleur indicateur de réussite d’un changement de mode de vie. C’est le message central de cette publication.

Trois idées à garder en tête :

  • Le sport seul fait peu maigrir, sauf à y consacrer plusieurs heures par semaine ;
  • Bouger améliore le coeur, le métabolisme et la glycémie, même sans perte de poids ;
  • La musculation protège le muscle pendant un régime et amplifie les bénéfices métaboliques à long terme.

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