On les trouve dans les placards depuis des années. Lentilles, pois chiches, haricots, pois secs. Rien de très spectaculaire.
Pourtant, une nouvelle analyse portant sur près de 47 000 adultes américains vient de mettre en évidence une association assez étonnante : les personnes qui consommaient davantage de légumes secs présentaient moins de maladies cardiométaboliques.
Et le chiffre qui attire immédiatement l’attention est de 19 %.
Mais avant de sortir les casseroles, il faut regarder ce que ce chiffre signifie réellement.
Les légumes secs sont-ils associés à une meilleure santé cardiométabolique ?
- Participants46 939 adultes
- DuréeDonnées NHANES 1999 à 2018
- Publiée dansCurrent Developments in Nutrition
Ce qu’elle montre
Chaque augmentation de 30g/j de légumes secs était associée à une prévalence 19 % plus faible des maladies cardiométaboliques (OR 0,81 ; IC 95 % 0,68 à 0,97).
Ses limites
Étude observationnelle et transversale : elle montre une association, mais ne permet pas d’établir que les légumes secs causent une diminution des maladies.
Le résultat qui intrigue les chercheurs
L’étude, publiée dans Current Developments in Nutrition(1), a analysé les données de 46 939 adultes âgés d’au moins 20 ans, issues de la grande enquête américaine NHANES entre 1999 et 2018.
Les chercheurs se sont intéressés à la consommation habituelle de légumes secs, c’est-à-dire principalement les haricots, les pois, les lentilles et les pois chiches. Ils ont ensuite comparé cette consommation avec la présence de maladies cardiométaboliques.
Ce terme regroupe notamment les maladies cardiovasculaires et le diabète.
Après avoir pris en compte de nombreux facteurs, notamment l’âge, le sexe, le niveau socio-économique, l’activité physique, le tabagisme, l’indice de masse corporelle et plusieurs éléments de l’alimentation, un résultat est ressorti.
Chaque augmentation de 30 grammes de légumes secs consommés par jour était associée à une prévalence 19 % plus faible des maladies cardiométaboliques.
Dit autrement, dans cette population, les personnes consommant davantage de ces aliments étaient moins souvent concernées par cet ensemble de maladies.
Et c’est là que l’histoire devient intéressante
Car le résultat change lorsqu’on regarde les maladies une par une.
Après l’ajustement complet du modèle statistique, l’association restait significative pour l’ensemble des maladies cardiométaboliques. En revanche, elle n’était plus statistiquement significative lorsqu’on isolait les maladies cardiovasculaires, les maladies coronariennes, les accidents vasculaires cérébraux ou le diabète.
C’est une nuance importante.
Le chiffre de 19 % ne signifie donc pas que les lentilles feraient baisser de 19 % le risque d’infarctus. Il correspond à une association statistique avec la prévalence globale des maladies cardiométaboliques.
Les chercheurs expliquent eux-mêmes que le regroupement de plusieurs maladies augmente la puissance statistique de l’analyse. Séparément, les résultats deviennent beaucoup moins solides.
Vrai ou faux ?
Manger davantage de légumes secs réduit de 19 % le risque d’infarctus.
C’est faux.
Faux. L’étude observe une association avec une prévalence plus faible des maladies cardiométaboliques dans leur ensemble. Elle ne démontre pas une réduction de 19 % du risque d’infarctus.
Les Américains en mangent très peu
Autre élément assez surprenant : la quantité consommée dans cette population était particulièrement faible.
La consommation quotidienne moyenne atteignait seulement 12 grammes de légumes secs, avec une médiane encore plus basse, à 7 grammes.
Le problème est donc peut-être moins spectaculaire qu’il n’y paraît.
Il ne s’agit pas de découvrir un nouvel aliment miracle. Il s’agit plutôt d’un aliment traditionnel qui occupe une place relativement réduite dans l’alimentation américaine et dont la consommation est associée à un meilleur profil cardiométabolique.
Les auteurs soulignent d’ailleurs que la consommation de légumes secs restait faible dans l’ensemble des groupes étudiés.
Mais cette étude ne prouve absolument pas qu’ils protègent le cœur
C’est probablement la partie la plus importante du travail.
L’étude est observationnelle et transversale. Les chercheurs regardent donc ce qui est associé à quoi à un moment donné, sans suivre les participants pendant plusieurs années pour déterminer qui développera ensuite une maladie.
Impossible, dans ces conditions, d’affirmer que les légumes secs sont responsables du résultat.
Il existe une autre possibilité : les personnes qui mangent davantage de lentilles, de pois chiches ou de haricots ont aussi d’autres habitudes différentes. Même si les chercheurs ont corrigé statistiquement de nombreux facteurs, il reste toujours des facteurs difficiles à mesurer.
Plus intéressant encore, certaines personnes déjà atteintes d’une maladie cardiométabolique peuvent avoir modifié leur alimentation après leur diagnostic. Dans ce cas, la maladie pourrait aussi influencer la consommation de légumes secs, et pas seulement l’inverse.
Les auteurs reconnaissent eux-mêmes cette limite et précisent que d’autres types d’études seront nécessaires pour déterminer le sens de la relation.
Alors, pourquoi ce résultat mérite quand même l’attention ?
Parce que les légumes secs ne sont pas uniquement intéressants pour leur image d’aliment « sain ».
Ils apportent notamment des fibres, des protéines, de l’amidon résistant et différents micronutriments. Leur index glycémique relativement bas et leur teneur en glucides fermentescibles peuvent également jouer sur la satiété et la réponse glycémique.
Mais même sur ces mécanismes, la littérature scientifique n’est pas parfaitement homogène. Les auteurs rappellent que les méta-analyses précédentes donnent des résultats parfois contradictoires concernant la tension artérielle, le contrôle glycémique à long terme et l’incidence des maladies cardiométaboliques.
Il faut donc résister à la tentation d’en faire le nouvel aliment miracle.
Le véritable enseignement est peut-être beaucoup plus simple
Cette étude ne démontre pas que les lentilles empêchent les infarctus.
Elle ne démontre pas non plus qu’ajouter une portion de pois chiches à son repas fait mécaniquement disparaître 19 % du risque cardiovasculaire.
Elle montre quelque chose de plus modeste, mais aussi beaucoup plus sérieux : dans un vaste échantillon représentatif de la population américaine, une consommation plus élevée de légumes secs était associée à une prévalence plus faible des maladies cardiométaboliques, même après de nombreux ajustements statistiques.
Et c’est précisément ce qui rend le résultat intéressant.
Pas besoin d’un aliment exotique, d’un complément hors de prix ou d’une nouvelle tendance nutritionnelle. Un aliment aussi banal qu’une lentille fait partie des aliments qui méritent encore d’être étudiés.
Pour savoir s’il protège réellement contre les maladies cardiovasculaires et le diabète, il faudra cependant aller plus loin que cette photographie statistique.
Avez-vous bien compris l’étude ?
3 questionsQuestion 1 sur 3
Combien d’adultes ont été étudiés ?
Bonne réponse : B. L’analyse porte sur 46 939 adultes américains issus des données NHANES.
Question 2 sur 3
À quoi correspond le chiffre de 19 % ?
Bonne réponse : B. Le chiffre concerne l’association avec la prévalence globale des maladies cardiométaboliques.
Question 3 sur 3
Cette étude permet-elle de prouver que les légumes secs protègent contre ces maladies ?
Bonne réponse : B. Son caractère observationnel et transversal ne permet pas d’établir une relation de cause à effet.
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Sources éditoriales et fact-checking

