On associe souvent la perte de muscle au vieillissement. Un processus normal. Lent. Presque anodin. Et pourtant, une étude de grande envergure publiée dans la revue Stroke(1) vient bousculer cette idée reçue.
Car ce n’est pas seulement la silhouette qui change quand les muscles fondent. C’est le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) qui grimpe. Et pas qu’un peu.

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Ce que révèle cette étude sur 482 699 personnes
Des chercheurs de l’université de Zhejiang (Chine) ont analysé les données médicales de 482 699 adultes inscrits dans la UK Biobank, une gigantesque base de données de santé britannique. Tous avaient entre 37 et 73 ans. Aucun n’avait d’antécédent d’AVC.
Le suivi a duré en médiane près de 14 ans. Pendant cette période, 11 814 AVC ont été enregistrés : 9 449 AVC ischémiques (causés par un caillot qui bloque une artère du cerveau) et 2 029 AVC hémorragiques (provoqués par une rupture de vaisseau sanguin dans le cerveau).
Deux tests simples qui en disent long
Les chercheurs ont mesuré ou relevé trois paramètres chez les participants :
- La force de préhension (la capacité à serrer un objet avec la main), mesurée avec un dynamomètre ;
- La vitesse de marche, auto-déclarée comme lente, moyenne ou rapide ;
- La masse musculaire, évaluée à l’aide d’un analyseur de composition corporelle.
En clair : pas d’IRM, pas de scanner. Des outils accessibles à n’importe quel cabinet médical.
Les chiffres qui font réfléchir
C’est ici que les résultats deviennent parlants.
Les adultes présentant une faible force musculaire (ce que les médecins appellent une “sarcopénie probable”) avaient :
- 30 % de risque supplémentaire de faire un AVC, tous types confondus ;
- 31 % de risque en plus pour un AVC ischémique ;
- 41 % de risque en plus pour un AVC hémorragique.
Chaque baisse de la force de préhension était associée à une hausse de 7 % du risque d’AVC.
Mais le résultat le plus frappant concerne la vitesse de marche. Les personnes qui déclaraient marcher lentement avaient un risque d’AVC supérieur de 64 % par rapport à celles qui marchaient d’un pas rapide.
La sarcopénie, c’est quoi exactement ?
Le terme peut sembler technique. La sarcopénie désigne la perte progressive de masse et de force musculaire liée à l’âge. On parle de “sarcopénie probable” quand la force est basse (en dessous de 27 kg de force de préhension chez l’homme et 16 kg chez la femme). La sarcopénie est “confirmée” quand la quantité ou la qualité du muscle est aussi diminuée.
Dans cette étude, environ 4,7 % des participants présentaient une sarcopénie probable. Seulement 0,4 % avaient une sarcopénie confirmée. Mais même cette minorité affichait un profil plus à risque : plus âgée (60,8 ans en moyenne contre 56,3 ans), avec un IMC plus bas (21 contre 27,4) et un niveau d’éducation inférieur.
Perdre du muscle, c’est aussi mourir plus
Parmi les 11 814 participants qui ont fait un AVC au cours du suivi, ceux qui avaient une sarcopénie probable présentaient une mortalité augmentée d’environ 25 %. En cas de sarcopénie confirmée, l’augmentation atteignait 46 %.
En d’autres termes : les muscles ne servent pas seulement à soulever des charges. Ils sont un indicateur global de la santé. Quand ils diminuent, c’est souvent le signe d’une inflammation chronique, de perturbations métaboliques et d’une baisse générale de la condition physique.
La vitesse de marche, un marqueur plus puissant que la poigne
Détail notable : la vitesse de marche montrait une association plus forte et plus constante avec le risque d’AVC que la force de préhension. Pour la neurologue Lu-sha Tong, autrice principale de l’étude, la raison est simple : la vitesse de marche reflète l’état de santé général mieux qu’un seul groupe musculaire.
Une analyse complémentaire par randomisation mendélienne (une méthode qui utilise des variants génétiques pour estimer un lien de cause à effet potentiel) a confirmé cette tendance : une vitesse de marche rapide, d’un point de vue génétique, était associée à un risque d’AVC plus faible.
Ce que cela change concrètement
Aujourd’hui, les tests de fonction physique comme la force de préhension ou la vitesse de marche ne font pas partie des bilans de prévention de l’AVC. Ils devraient peut-être l’intégrer.
C’est en tout cas ce que suggère cette étude : des dépistages rapides, peu coûteux, réalisables en quelques minutes, pourraient aider à identifier les adultes les plus à risque et à mettre en place des stratégies de prévention plus tôt.
Les limites à garder en tête
Cette étude a des forces évidentes : un très grand nombre de participants, un suivi de longue durée et une double approche (observationnelle et génétique). Mais elle comporte aussi des limites. La vitesse de marche était auto-déclarée, ce qui introduit un biais possible. Les participants étaient majoritairement des adultes blancs britanniques en bonne santé, ce qui limite la généralisation des résultats à d’autres populations.
L’AVC est la quatrième cause de décès aux États-Unis selon les statistiques 2026 de l’American Heart Association, et une cause majeure de handicap à long terme. En France, il représente la première cause de handicap acquis chez l’adulte.
Ce qu’il faut retenir
La perte de muscle et le ralentissement de la marche ne sont pas de simples désagréments liés à l’âge. Ce sont des signaux d’alerte. Mesurer la force de la main ou observer la vitesse de marche pourrait devenir un outil de dépistage simple pour prévenir l’AVC.
Autrement dit : si marcher d’un bon pas demande un effort croissant, ou si ouvrir un bocal devient une épreuve, ce n’est peut-être pas seulement une question de forme. C’est peut-être un message que le corps envoie.
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Sources éditoriales et fact-checking