La sarcopénie est une maladie musculaire liée à l’âge, caractérisée par une perte progressive et généralisée de la masse, de la force et des performances physiques des muscles squelettiques. Le terme « sarcopénie » vient du grec « sarx » qui signifie chair et « penia » qui signifie pauvreté, reflétant bien cet appauvrissement musculaire.
La sarcopénie touche principalement les personnes de plus de 50 ans. Sa prévalence augmente avec l’âge :
- 15 % des plus de 45 ans ;
- 20 à 33 % des femmes de plus de 70 ans ;
- 45 à 64 % des hommes de plus de 70 ans.
Avec le vieillissement de la population, la sarcopénie est un problème de santé publique croissant. On estime que d’ici 2045, 12 millions d’Européens seront atteints de cette pathologie.
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Symptômes et conséquences
La sarcopénie évolue de manière insidieuse, sans symptômes particuliers pendant plusieurs années. Les premiers signes sont une fatigue et une faiblesse musculaire à l’effort qui s’aggravent peu à peu.
Symptômes caractéristiques
Une diminution progressive de la force musculaire est le symptôme cardinal de la sarcopénie. Les muscles deviennent de moins en moins puissants et efficaces. Des tâches autrefois banales comme porter des sacs de courses, monter des escaliers ou se relever d’une chaise deviennent difficiles, puis impossibles.
En parallèle se développe une fonte de la masse musculaire. Les muscles des membres inférieurs, des épaules et des bras s’amincissent et s’atrophient. Un examen attentif met en évidence un amaigrissement musculaire, avec des mollets et des biceps moins volumineux.
Les capacités physiques dans leur ensemble se réduisent. La vitesse de marche et d’exécution des mouvements diminue de façon manifeste. L’endurance musculaire s’épuise plus vite à l’effort, avec une fatigabilité anormalement précoce.
Conséquences délétères
Avec l’aggravation de la sarcopénie, les répercussions sur la vie quotidienne deviennent majeures. Les gestes les plus élémentaires requièrent une énergie et une concentration extrêmes.
L’habillage et la toilette, auparavant triviaux, se complexifient. Mettre ses chaussettes ou boutonner sa chemise relèvent de la gageure. Se laver devient une épreuve harassante. Toute tâche ménagère, comme repasser ou passer l’aspirateur, se transforme en supplice.
Les déplacements sont entravés de multiples manières. Les patients ne peuvent plus conduire, le maintien appuyé de la pédale d’accélérateur étant trop douloureux. Dans les transports en commun, monter les marches d’un bus ou d’un métro s’avère impossible. Même la marche est limitée par l’essoufflement et l’épuisement.
Cette perte d’autonomie a un impact psychologique majeur. Ne plus pouvoir vaquer à ses occupations habituelles engendre frustration et déprime. Le sentiment d’inutilité et de dépendance vis-à-vis d’autrui détériore l’estime de soi.
Sur le plan médical, la sarcopénie accroît drastiquement les risques de complications. Chutes et fractures deviennent fréquentes. L’altération de la déglutition majore le risque de fausse route et de pneumopathie d’inhalation. Chaque hospitalisation se complique de déconditionnement à l’effort, aggravant le cercle vicieux.
En définitive, la sarcopénie compromet sévèrement la qualité de vie des patients et grève lourdement leur pronostic. Elle représente une menace tangible pour leur santé globale et leur survie.

Causes et facteurs de risque
La sarcopénie est une maladie multifactorielle, résultant de l’interaction complexe entre le vieillissement intrinsèque des muscles et des facteurs environnementaux.
Les causes primaires
La sarcopénie est une pathologie multifactorielle dont les causes primaires sont liées au vieillissement physiologique du muscle squelettique. En effet, le muscle subit avec l’avancée en âge des modifications structurales et fonctionnelles conduisant à une amyotrophie et une perte de force.
On observe une diminution du nombre et du volume des fibres musculaires, remplacées en partie par du tissu adipeux et conjonctif. La commande nerveuse des contractions musculaires est également altérée, de même que la synthèse protéique qui diminue et que la dégradation des protéines musculaires qui augmente. L’ensemble de ces mécanismes moléculaires et cellulaires aboutit à une fonte musculaire dite “sarcopénique” .
Par ailleurs, un mode de vie sédentaire, avec une activité physique insuffisante, accélère ce processus délétère de déconditionnement et d’atrophie musculaire liés à l’âge. À l’inverse, le maintien d’exercices réguliers tout au long de la vie, associant renforcement musculaire et endurance, permet de contrecarrer les effets de la sarcopénie.
Enfin, des carences ou apports nutritionnels inadaptés en macronutriments, notamment un déficit en protéines, ou en micronutriments tels que vitamines et oligo-éléments antioxydants, favorisent également la fonte musculaire avec l’avancée en âge.
Les facteurs de risque et causes secondaires
Bien que primairement liée au vieillissement physiologique, la sarcopénie peut être aggravée par différents facteurs de risque ou causes secondaires.
Ainsi, la présence de maladies chroniques fréquentes chez le sujet âgé comme le diabète, les pathologies cardiovasculaires, respiratoires ou rénales, certains cancers, accélèrent la sarcopénie. Les mécanismes en cause sont complexes, faisant intervenir inflammation chronique, stress oxydatif, troubles métaboliques ou encore immobilisation prolongée.
De même, des affections endocriniennes courantes avec l’âge, comme l’hypogonadisme ou les dysthyroïdies, en diminuant les taux d’hormones anabolisantes, participent à la fonte musculaire sarcopénique.
En outre, la prise au long cours de nombreux médicaments, ou polymédication, la dénutrition, la dépression, majorent également le risque de sarcopénie chez le sujet âgé fragile.
Ainsi de multiples facteurs intriqués, qu’ils soient liés au vieillissement intrinsèque ou à des comorbidités, concourent à la sarcopénie du sujet âgé. Leur prise en compte globale est indispensable pour prévenir et prendre en charge cette pathologie aux lourdes conséquences fonctionnelles.
Diagnostic de la sarcopénie
Le diagnostic de sarcopénie repose sur la mise en évidence à la fois :
- D’une diminution de la masse musculaire ;
- D’une diminution de la force ou des performances physiques.
Évaluation de la masse musculaire
La masse musculaire peut être estimée par différentes méthodes :
- Mesure de la circonférence du mollet (seuil < 31 cm) ;
- DEXA (Absorptiométrie bi-photonique à rayons X) ;
- IRM (Imagerie par résonance magnétique) ;
- Impédancemétrie bioélectrique.
Évaluation de la force et des performances physiques
Plusieurs tests permettent d’évaluer la force et les performances physiques :
- Force de préhension (seuil < 27 kg pour les hommes, < 16 kg pour les femmes) ;
- Vitesse de marche (seuil < 0,8 m/s) ;
- Test de lever de chaise (5 répétitions) ;
- Test de montée d’escaliers ;
- SPPB (Short Physical Performance Battery).
L’association de plusieurs de ces tests permet de confirmer le diagnostic de sarcopénie et d’en évaluer la sévérité.
Conséquences de la sarcopénie
La sarcopénie a des conséquences majeures, à la fois sur le plan physique, psychologique, économique et social :
Sur le plan physique
- Fatigue, essoufflement, douleurs musculaires ;
- Troubles de l’équilibre et de la marche ;
- Chutes et fractures ;
- Troubles nutritionnels et perte de poids ;
- Diminution globale de l’état de santé.
Sur le plan psychologique
- Perte d’estime de soi ;
- Sentiment de honte vis-à-vis de la dépendance ;
- État dépressif.
Sur le plan économique
- Coût direct des soins ;
- Coût indirect lié à la perte d’autonomie ;
- Surcoût estimé à 900 euros par an et par patient sarcopénique.
Sur le plan social
- Restriction des activités sociales et des loisirs ;
- Isolement relationnel ;
- Fardeau pour l’entourage.
Prévention et traitement
La prise en charge de la sarcopénie vise à en limiter les conséquences fonctionnelles par des mesures préventives et curatives adaptées.
La prévention, pierre angulaire de la lutte contre la sarcopénie
La prévention de la sarcopénie doit débuter tôt, dès l’âge adulte, par l’adoption d’un mode de vie sain permettant de maintenir sa masse et sa force musculaire.
Le principal pilier de la prévention réside dans la pratique assidue d’une activité physique régulière. Il est recommandé de réaliser quotidiennement 30 minutes minimum d’un exercice d’endurance tel que la marche à pied, le vélo ou la natation. Cette activité cardiovasculaire doit être complétée par un travail de renforcement musculaire plus spécifique, à raison de deux séances hebdomadaires. Le renforcement musculaire peut prendre diverses formes : exercices de gainage, exercices de musculation avec élastiques ou haltères, exercices fonctionnels de lever de chaise… L’essentiel étant de faire travailler l’ensemble des groupes musculaires.
Outre l’activité physique, une alimentation équilibrée et riche en protéines revêt également une importance capitale. Il est recommandé d’assurer un apport quotidien de 1 à 1,2 grammes de protéines par kilo de poids corporel. Les protéines doivent être réparties sur l’ensemble des repas de la journée. Au besoin, une supplémentation par compléments nutritionnels oraux peut être envisagée.
Par ailleurs, la correction d’éventuelles carences, notamment en vitamine D, ainsi que la prise en charge optimale de toute maladie chronique associée sont des mesures adjuvantes essentielles pour prévenir l’apparition de la sarcopénie.
La prise en charge thérapeutique de la sarcopénie constituée
Lorsque le diagnostic de sarcopénie est posé, un arsenal thérapeutique varié peut être déployé pour en limiter l’évolution.
L’une des pierres angulaires du traitement réside dans la mise en œuvre d’un programme de réentraînement à l’effort. Celui-ci doit être supervisé par un masseur-kinésithérapeute et comporter à la fois un travail de renforcement musculaire ciblé et un travail de l’équilibre et de la marche. L’électrostimulation musculaire peut également être associée.
En parallèle de la rééducation, l’optimisation de l’état nutritionnel est un impératif. Outre l’enrichissement qualitatif de l’alimentation, avec un apport conseillé de 1,2 à 1,5 grammes de protéines par kilo de poids corporel et par jour, des compléments nutritionnels oraux hyperprotidiques sont fréquemment prescrits. En cas de dénutrition sévère déjà installée, le recours à une nutrition entérale ou parentérale peut s’avérer nécessaire.
Certains traitements médicamenteux spécifiques peuvent également être envisagés en fonction de la cause de la sarcopénie. Ainsi, une hormonothérapie substitutive par testostérone ou hormone de croissance est parfois indiquée, de même que la prescription d’anti-inflammatoires ou d’antioxydants.
De nouvelles pistes thérapeutiques prometteuses sont également explorées, comme l’utilisation de cellules souches pour tenter de régénérer le tissu musculaire lésé.
Ainsi, si la prévention reste la pierre angulaire de la lutte contre la sarcopénie, des perspectives encourageantes existent pour améliorer la prise en charge de cette pathologie invalidante du sujet âgé.
Ce qu’il faut retenir
La sarcopénie est une maladie musculaire fréquente chez les seniors, aux conséquences fonctionnelles et vitales majeures. Sa prise en charge repose avant tout sur la prévention : maintien d’une activité physique régulière et d’une alimentation équilibrée tout au long de la vie.
Le diagnostic précoce de la sarcopénie est essentiel pour mettre en place des mesures de réentraînement à l’effort et de soutien nutritionnel, afin de préserver l’autonomie des seniors le plus longtemps possible.