Courir. Pédaler. Marcher vite. Depuis des années, c’est la réponse standard des médecins à quiconque souffre d’hypertension. L’exercice aérobie, valeur sûre, incontestée. Et pour cause : des dizaines d’études l’ont prouvé.
Mais une méta-analyse de grande ampleur vient bousculer cette hiérarchie. Publiée dans le British Journal of Sports Medicine(1), elle compare pour la première fois l’impact de plusieurs types d’entraînement structuré sur la tension artérielle mesurée pendant 24 heures en continu.
Le résultat va surprendre plus d’un cardiologue.

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Pourquoi mesurer la tension sur 24 heures change tout
On le sait peu, mais la tension prise chez le médecin n’est pas un indicateur fiable. Le stress de la blouse blanche, la position assise prolongée en salle d’attente, l’anxiété du rendez-vous : tout cela fausse la mesure.
La tension ambulatoire, elle, enregistre les variations au fil de la journée et de la nuit, pendant les activités du quotidien. C’est un bien meilleur prédicteur du risque cardiovasculaire et de mortalité. En clair : c’est le chiffre qui compte vraiment.
Et c’est précisément sur ce terrain que cette nouvelle étude a décidé de se battre.
31 essais, 1 345 patients, 67 types d’exercices
Les chercheurs ont passé au crible les bases de données scientifiques entre novembre 2024 et août 2025. Ils ont retenu 31 essais cliniques randomisés, regroupant plus de 1 345 personnes hypertendues et couvrant 67 protocoles d’exercices différents.
Parmi les types d’entraînement analysés :
- L’exercice aérobie (marche rapide, course, vélo) ;
- La musculation (poids de corps ou charges externes) ;
- L’exercice isométrique (gainage, wall sit) ;
- Le HIIT (entraînement fractionné de haute intensité) ;
- Le yoga et le pilates ;
- Les sports récréatifs (football, handball, beach tennis).
Tout a été compilé dans une méta-analyse en réseau, une méthode statistique qui permet de comparer directement et indirectement chaque modalité d’exercice entre elles, même si elles n’ont jamais été testées face à face dans un même essai.
Le trio gagnant (et la surprise)
Premier constat : l’entraînement combiné (exercice aérobie associé à de la musculation) est celui qui fait baisser le plus la pression systolique (le chiffre du haut) sur 24 heures. La réduction moyenne atteint 6,18 mmHg par rapport à l’absence d’exercice.
Derrière lui, le HIIT affiche une baisse de 5,71 mmHg. L’exercice aérobie seul arrive en troisième position, avec 4,73 mmHg de réduction.
Pour la pression diastolique (le chiffre du bas), c’est le HIIT qui domine avec une baisse moyenne de 4,64 mmHg, suivi du pilates (4,18 mmHg), de l’entraînement combiné (3,94 mmHg) et du cardio classique (2,76 mmHg).
En clair : combiner musculation et cardio dans un même programme fait mieux que le cardio seul. Et le HIIT, souvent perçu comme un entraînement de sportifs confirmés, s’avère un allié redoutable contre l’hypertension.
Pourquoi le cardio seul ne suffit pas
Que l’exercice aérobie reste le plus constant dans ses résultats (il baisse la tension de jour comme de nuit), personne ne le conteste. Mais il ne décroche plus la première place quand on regarde les baisses sur l’ensemble du cycle de 24 heures.
Les chercheurs avancent une explication mécanique. L’exercice aérobie améliore la fonction de l’endothélium (la paroi interne des vaisseaux sanguins) et réduit la résistance périphérique grâce à la vasodilatation. La musculation, de son côté, peut provoquer une rigidité artérielle temporaire due aux fortes pressions exercées pendant l’effort.
Mais quand on combine les deux, les bénéfices s’additionnent. La composante aérobie favorise la souplesse vasculaire, la composante musculaire stimule d’autres adaptations métaboliques. Résultat : un effet synergique que ni l’un ni l’autre ne produit seul.
La musculation seule : un complément, pas un traitement
Un point important de cette étude : la musculation isolée ne montre pas d’effet significatif sur la tension ambulatoire de 24 heures. Même constat pour l’exercice isométrique, le yoga seul et les sports récréatifs.
Des travaux antérieurs avaient pourtant désigné l’exercice isométrique (comme le wall sit, le fameux “squat mural”) comme le plus efficace pour réduire l’hypertension. Cette nouvelle analyse nuance fortement ce discours.
Les auteurs recommandent de considérer la musculation comme un complément à l’entraînement aérobie ou au HIIT, pas comme une stratégie de première intention pour contrôler la tension artérielle.
Ce que cela signifie concrètement
Pour une personne hypertendue qui veut agir sur sa tension sans se limiter au jogging, les résultats de cette méta-analyse sont limpides :
- Combiner cardio et musculation dans un même programme reste l’option la plus efficace sur 24 heures ;
- Le HIIT, avec ses séances courtes et intenses, constitue une alternative solide ;
- Le cardio classique reste fiable, surtout pour les baisses de tension nocturne.
Les chercheurs précisent que des essais de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer les résultats sur l’entraînement combiné et le HIIT, les données actuelles reposant sur un nombre limité de participants pour certaines modalités. Ils soulignent aussi que les effets secondaires étaient rarement rapportés dans les études incluses et que l’observance des programmes d’exercice manquait souvent de documentation.
Mais la direction est claire. Le message “faites du cardio” commence à dater. La science dit désormais : combinez.
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Sources éditoriales et fact-checking