Ce que mesure l’analyse
Le corps fabrique deux œstrogènes principaux : l’œstrone (E1) et l’œstradiol (E2). Le foie et d’autres tissus les transforment ensuite en molécules plus faciles à éliminer, les métabolites. Ce profil urinaire en dose plusieurs sur le même échantillon.
La première étape (phase 1) ajoute un groupe hydroxyle (OH) à l’œstrogène en position 2, 4 ou 16. Elle donne la 2-hydroxyestrone (2-OH-E1), la 4-hydroxyestrone (4-OH-E1) et la 16α-hydroxyestrone (16α-OH-E1), par des enzymes différentes : CYP1A1, CYP1B1 et CYP3A4. Les deux premières sont des « catéchols » : deux groupes OH voisins sur le même cycle. La seconde étape (phase 2) les méthyle grâce à l’enzyme COMT (catéchol-O-méthyltransférase) : on obtient la 2-méthoxyestrone (2-MeO-E1) et la 4-méthoxyestrone (4-MeO-E1), des formes stables.
Si cette méthylation est dépassée, un catéchol, surtout la 4-OH, peut s’oxyder en quinone, une molécule réactive. Dans des cellules mammaires en culture, les quinones forment des adduits sur l’ADN, c’est-à-dire des lésions (Yager, 2015). C’est la base de l’idée d’un profil plus ou moins favorable. Cette idée reste une hypothèse biologique, pas une règle clinique.
Comment se passe le prélèvement
Chez Precision Analytical (test DUTCH), vous déposez de l’urine sur un papier filtre à quatre moments d’une même journée : au réveil, deux heures plus tard, au dîner et au coucher. Le papier sèche, puis part au laboratoire. Genova Diagnostics propose, lui, un recueil des urines de 24 heures.
Les consignes du DUTCH : pas d’œstrogènes par voie orale dans les 72 heures précédentes, pas de DHEA orale dans les 48 heures, pas de prégnénolone dans les 72 heures. Ne sautez pas une pilule contraceptive sans l’accord de votre prescripteur. Caféine, alcool et effort intense peuvent modifier le résultat. Chez la femme réglée, le repère « lutéal » du laboratoire correspond à un recueil entre les jours 19 et 22 d’un cycle de 28 jours.
Comment lire le résultat
Les résultats s’expriment en ng/mg de créatinine (DUTCH) ou en µg/g de créatinine (Genova) : les deux unités sont numériquement identiques. La créatinine, déchet musculaire éliminé à un rythme régulier, sert à corriger le degré de dilution de l’urine. Les repères dépendent du laboratoire, du sexe, de la phase du cycle et de la ménopause. Ils figurent sur la fiche de chaque métabolite.
Precision Analytical construit ses repères sur des milliers de personnes en bonne santé, hors valeurs aberrantes et hors médicaments influents. Le laboratoire n’applique toutefois pas la convention classique (du 5e au 95e percentile) : il retient d’autres percentiles, qu’il juge plus proches de ce que recherche la médecine fonctionnelle. Un résultat « hors repère » DUTCH n’équivaut donc pas à une valeur anormale dans un laboratoire de ville.
Lisez le profil en entier : la valeur de chaque métabolite, les rapports entre voies (2-OH sur 16α-OH, méthylation) et la quantité totale d’œstrogènes. Un métabolite isolé ne dit presque rien.
Ce que dit la science
L’hypothèse historique veut que plus la 2-hydroxylation domine, moins l’exposition œstrogénique est forte. Les résultats ne la confirment pas nettement. Une analyse groupée de cinq études (Dallal, 2013, urines dosées par ELISA) ne trouve aucun lien entre le rapport 2/16 et le cancer du sein après la ménopause, et un lien seulement suggéré avant la ménopause. Dans le sang (Dallal, 2014), aucune association globale n’apparaît non plus. L’étude de Sampson (2017, 1 298 cas et 1 524 témoins, spectrométrie de masse) donne un signal plus net : le taux total d’œstrogènes est fortement lié au risque et, une fois ce total pris en compte, une part plus grande de la voie 2-hydroxy est associée à un risque plus faible, surtout chez les femmes à taux total élevé.
Certains facteurs déplacent facilement la voie 2-hydroxy : le tabac et l’indole-3-carbinol, présent dans les crucifères, augmentent la 2-hydroxylation (Michnovicz, 1986 et 1997). La 16α-hydroxylation, elle, se modifie difficilement (Michnovicz et Bradlow, 1990). Faute de preuve que modifier ce profil change l’évolution de la santé, aucune autorité de santé n’en recommande un usage de routine, à notre connaissance.
Les analyses à associer
L’œstradiol et l’œstrone donnent le point de départ. Le rapport 2/16 résume deux voies concurrentes. La COMT renseigne sur l’étape de méthylation. Chaque métabolite a sa fiche, avec ses repères.
À retenir
- Le profil décrit la voie de transformation des œstrogènes, pas leur quantité circulante seule.
- Les repères viennent du laboratoire et varient selon le sexe, le cycle et la ménopause.
- Les études sur le cancer du sein donnent des résultats discordants : ce n’est pas un test de risque.
- Respectez les consignes de recueil, en particulier pour les œstrogènes oraux et la contraception.
- Discutez toujours le résultat avec un médecin, en lisant le profil dans son ensemble.