On savait que l’obésité favorise le diabète. Les maladies cardiovasculaires. Le syndrome métabolique. La liste est longue. Mais ce que la plupart des gens ignorent, c’est que les kilos en trop peuvent aussi transformer une simple grippe, une gastro ou une infection urinaire en séjour à l’hôpital. Voire pire.
Une étude de grande ampleur vient de le confirmer(1). Et les chiffres sont difficiles à ignorer.

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Plus de 540 000 personnes suivies pendant 14 ans
Des chercheurs de l’University College London (UCL) et de l’université d’Helsinki ont analysé les données médicales de plus de 540 000 adultes : environ 67 000 Finlandais et 470 000 Britanniques (issus de la UK Biobank). Leur IMC (indice de masse corporelle, le rapport entre le poids et la taille) a été mesuré au début de l’étude, puis les chercheurs ont suivi leur parcours de santé pendant 13 à 14 ans en moyenne.
L’objectif : comprendre le lien entre le poids corporel et la gravité des maladies infectieuses. Pas une ou deux infections. L’étude couvrait 925 maladies infectieuses différentes, qu’elles soient causées par des bactéries, des virus, des parasites ou des champignons.
Le résultat est sans équivoque.
70 % de risque en plus d’être hospitalisé ou de mourir
Les personnes obèses (IMC de 30 ou plus) présentent un risque d’hospitalisation ou de décès par maladie infectieuse 70 % plus élevé que les personnes ayant un poids considéré comme “sain” (IMC entre 18,5 et 24,9).
Et ce n’est pas tout. Plus le poids augmente, plus le risque grimpe. Les personnes avec un IMC de 40 ou plus (obésité dite “morbide”) ont un risque trois fois supérieur à celui d’une personne de poids normal.
En clair : ce n’est pas un léger surrisque statistique. C’est un facteur multiplicateur majeur.
Le lien tient quelle que soit la façon de mesurer l’obésité
Les chercheurs ont vérifié avec plusieurs indicateurs : l’IMC, le tour de taille et le rapport taille/hauteur. Le résultat ne bouge pas. Le lien entre excès de poids et infections graves reste solide, peu importe la méthode de mesure utilisée.
Quelles infections sont concernées ?
L’équipe a examiné plus en détail 10 infections courantes. Pour la plupart d’entre elles, le surrisque lié à l’obésité était clairement présent :
- La grippe ;
- La Covid-19 ;
- La pneumonie ;
- La gastro-entérite ;
- Les infections urinaires ;
- Les infections des voies respiratoires basses.
En revanche, deux exceptions notables : le VIH et la tuberculose. L’obésité ne semble pas aggraver ces deux maladies.
Un décès par infection sur dix dans le monde serait lié à l’obésité
C’est le chiffre qui frappe le plus. En croisant leurs données avec celles du Global Burden of Diseases (une base mondiale sur les causes de mortalité), les chercheurs estiment qu’en 2023, environ 600 000 des 5,4 millions de décès par maladies infectieuses dans le monde étaient liés à l’obésité. Soit environ 10,8 %.
Mais ce chiffre varie énormément d’un pays à l’autre :
- Aux États-Unis, un décès par infection sur quatre (26 %) serait attribuable à l’obésité ;
- Au Royaume-Uni, c’est un sur six (17 %) ;
- Au Vietnam, le pays le moins touché dans l’étude, seulement 1,2 % des décès infectieux sont liés au surpoids.
Les auteurs de l’étude préviennent toutefois que ces estimations mondiales doivent être interprétées avec prudence. Les données sur l’obésité et la mortalité infectieuse ne sont pas toujours fiables, en particulier dans les pays à faibles ressources.
Ce n’est pas le diabète ou le cœur qui expliquent le surrisque
On pourrait penser que si l’obésité aggrave les infections, c’est parce qu’elle provoque aussi du diabète ou des maladies cardiovasculaires, elles-mêmes connues pour affaiblir le corps. L’étude a vérifié cette hypothèse.
Résultat : même chez les personnes obèses qui n’avaient ni syndrome métabolique, ni diabète, ni maladie cardiaque, le surrisque d’infection grave restait présent. Le mode de vie (activité physique notamment) n’expliquait pas non plus la différence.
Autrement dit : l’obésité en elle-même semble directement affaiblir les défenses immunitaires.
Pourquoi l’obésité rend les infections plus dangereuses
L’étude n’avait pas pour objectif de déterminer les causes biologiques exactes. Mais en s’appuyant sur des travaux antérieurs, les auteurs avancent plusieurs mécanismes :
- Un dérèglement du système immunitaire (le corps “sur-réagit” de manière désordonnée au lieu de combattre efficacement l’infection) ;
- Une inflammation chronique permanente (le corps est déjà en état d’alerte, ce qui l’empêche de répondre correctement à une nouvelle menace) ;
- Des perturbations métaboliques profondes qui compliquent la guérison.
Le professeur Mika Kivimaki, auteur principal de l’étude, résume la situation de manière simple : les personnes obèses ne sont pas forcément plus souvent infectées. Mais quand elles le sont, la guérison est nettement plus difficile.
Perdre du poids réduit le risque
C’est peut-être l’information la plus importante de cette étude. Les chercheurs ont constaté que les personnes obèses ayant perdu du poids voyaient leur risque d’infection grave diminuer d’environ 20 % par rapport à celles qui restaient au même poids.
Ce n’est pas anodin. Cela signifie que le surrisque n’est pas une fatalité et que même une perte de poids modérée peut faire une différence concrète.
Ce que recommandent les chercheurs
La Dr Solja Nyberg, première autrice de l’étude (université d’Helsinki), alerte sur le fait que les taux d’obésité continuent de progresser dans le monde. Et avec eux, le nombre de décès et d’hospitalisations liés aux infections.
Les auteurs appellent à la mise en place de politiques favorisant l’accès à une alimentation saine à prix abordable, la promotion de l’activité physique, et surtout, pour les personnes en situation d’obésité, le respect du calendrier vaccinal. Car si le système immunitaire est affaibli, la protection vaccinale devient encore plus cruciale.
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Sources éditoriales et fact-checking
