Chaque été, c’est le même réflexe. Les températures grimpent et tout le monde cherche un coin de fraîcheur. En ville, les options sont limitées. Alors on se dirige naturellement vers les fontaines, les jeux d’eau, les brumisateurs de places publiques.
Les enfants pataugent. Les parents soufflent. Personne ne se méfie.
Et pourtant. Une étude publiée dans la revue Carbon Research(1) par des chercheurs de l’Ocean University of China et de l’Académie chinoise des sciences environnementales vient de mettre en lumière un problème que personne ne soupçonnait : cette brume rafraîchissante qui sort des fontaines pourrait bien transporter des virus, des bactéries et des polluants chimiques directement dans les poumons.

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Plus de 100 000 fontaines dans le monde
Le chiffre donne le vertige. On estime que les fontaines urbaines dépassent les 100 000 installations à travers la planète. Elles consomment environ 1 milliard de mètres cubes d’eau par an et attirent plus de 3 milliards de visiteurs chaque année. Parmi eux, 30 % sont des enfants.
Le marché est en pleine croissance, avec une progression de 3,5 % par an. Plus de fontaines, plus de visiteurs, plus d’exposition.
Mais à quoi exactement ?
Une eau qui n’a rien de pure
Voilà le premier problème. L’eau utilisée dans ces fontaines n’est pas de l’eau potable. Dans la plupart des cas, pour des raisons d’économie et de politique de gestion des ressources, les systèmes fonctionnent avec de l’eau recyclée, des eaux de pluie collectées ou des eaux de récupération.
Ce type d’eau peut contenir des centaines de substances toxiques :
- Des phtalates et des toxines d’algues ;
- Des virus comme le norovirus ou le rotavirus ;
- Des bactéries pathogènes, dont Legionella (responsable de la légionellose) et Escherichia coli ;
- Des microplastiques et des sous-produits de désinfection.
En clair : l’eau qui alimente ces installations n’est pas conçue pour être en contact avec le corps humain. Et encore moins pour être respirée sous forme de brume.
Le vrai problème, c’est ce qu’on ne voit pas
C’est là que ça devient préoccupant. Les fontaines fonctionnent sous haute pression. Cette pression transforme l’eau en microgouttelettes et en aérosols, c’est-à-dire des particules si fines qu’elles restent en suspension dans l’air et qu’on les inhale sans même s’en rendre compte.
Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, la pulvérisation ne dilue pas les polluants. Elle les concentre.
Des travaux scientifiques ont montré que certains composés toxiques (les acides perfluoroalkylés, souvent appelés PFAS ou “polluants éternels”) peuvent atteindre dans ces aérosols des concentrations jusqu’à cinq ordres de grandeur supérieures à celles mesurées dans l’eau brute. Autrement dit : la brume est bien plus contaminée que l’eau dont elle provient.
La chaleur aggrave tout
Le pire, c’est que les conditions estivales (soleil, chaleur, vent) favorisent des transformations chimiques secondaires. Les polluants qui flottent dans l’air se modifient sous l’effet des UV et deviennent encore plus toxiques et plus faciles à inhaler.
En résumé : plus il fait chaud, plus on va vers les fontaines, et plus les risques augmentent.
Des épidémies déjà documentées
Ce n’est pas de la théorie. Les chercheurs rappellent plusieurs cas concrets.
En 1988, une épidémie de fièvre de Pontiac aux États-Unis a été liée à l’inhalation d’aérosols contaminés par la bactérie Legionella anisa. En 2018, un foyer de légionellose communautaire en Italie a touché des dizaines de personnes, possiblement en lien avec des fontaines publiques. Les habitants vivant à proximité de ces installations auraient été huit fois plus susceptibles de développer une pneumonie.
Plus récemment, en 2025, une épidémie de légionellose à Harlem (New York) a rappelé à quel point les aérosols contaminés se propagent facilement en milieu urbain.
Les enfants en première ligne
Les auteurs de l’étude insistent sur un point : les enfants sont les plus vulnérables. Leur taux d’inhalation rapporté à leur masse corporelle est plus élevé que celui des adultes. Ils sont aussi plus susceptibles d’avaler accidentellement de l’eau ou d’avoir un contact cutané prolongé.
Les pathologies liées aux fontaines contaminées vont de simples allergies cutanées (dermatites) à des réponses immunitaires respiratoires sévères, en passant par des infections pulmonaires.
Ce que proposent les chercheurs
Face à ce constat, les scientifiques appellent à une prise de conscience rapide. Le professeur Xiaohui Liu, co-auteur de l’étude, rappelle que les polluants ne restent pas confinés dans l’eau. Ils passent dans l’air, souvent à des concentrations bien supérieures à celles de l’eau d’origine.
L’équipe de recherche propose plusieurs mesures :
- Une surveillance régulière de la qualité de l’eau des fontaines, intégrant à la fois les agents pathogènes et les substances chimiques ;
- Une amélioration des systèmes de traitement et de filtration ;
- La mise en place de normes sanitaires spécifiques pour ces installations (il n’en existe aucune harmonisée à l’échelle internationale) ;
- Une campagne d’information publique sur les risques liés à l’exposition aux microgouttelettes et à la brume des fontaines.
Et maintenant ?
Pas de panique. Il ne s’agit pas de fuir toutes les fontaines de la ville dès demain. Mais ces travaux posent une question de fond : on installe de plus en plus de fontaines pour lutter contre les îlots de chaleur urbains, sans jamais s’interroger sur ce que contient réellement l’eau qui s’en échappe.
Le problème n’est pas la fontaine en elle-même. C’est l’absence totale de réglementation et de contrôle.
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