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Étude · Régimes alimentaires

Régime cétogène : quand la graisse nourrit les tumeurs

· Journaliste scientifiqueRelu et validé le Publié le 
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regime cetogene quand la graisse nourrit tumeurs
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Le keto est partout. Instagram, TikTok, podcasts santé, salles de sport. Beaucoup de gras, quasiment pas de sucre, le corps passe en mode brûleur de graisse. On perd du poids. On se sent bien. Et depuis quelques années, certains vont même plus loin : le régime cétogène protégerait du cancer.

Sauf qu’une étude du MIT, publiée dans la revue Nature(1), vient de montrer exactement l’inverse. Du moins pour une partie du tube digestif.

Ce que disait la science jusqu’ici

En 2022, une étude (publiée dans Nature également) avait montré chez la souris que le régime cétogène freinait les tumeurs du côlon. Le héros de l’histoire : le bêta-hydroxybutyrate, ou BHB. C’est un corps cétonique, une molécule que le corps produit quand il brûle des graisses à la place du sucre.

Cette molécule semblait freiner la croissance des cellules cancéreuses dans le côlon. La communauté scientifique avait pris note. Les vendeurs de compléments alimentaires à base de BHB aussi. On a vu fleurir des poudres, des boissons et des gélules de cétones exogènes, avec des promesses plus ou moins explicites.

L’expérience qui a tout changé

L’équipe du MIT, dirigée par Omer Yilmaz (directeur de l’initiative MIT sur les cellules souches), s’est posé une question simple : est-ce que cette protection fonctionne aussi dans l’intestin grêle ?

Pour comprendre : le côlon et l’intestin grêle sont deux parties du tube digestif, l’une à la suite de l’autre. Si le keto protège le côlon, on pourrait logiquement s’attendre au même effet dans l’intestin grêle.

Les chercheurs ont pris des souris génétiquement prédisposées au cancer intestinal et les ont réparties en trois groupes :

  • Un régime cétogène (très riche en graisses, très pauvre en sucres) ;
  • Un régime classique (groupe témoin) ;
  • Un régime riche en graisses et en calories (celui qui rend obèse).

Ce qui s’est passé ensuite, personne ne l’avait anticipé.

Ce que les souris ont révélé

Les souris sous régime cétogène ont développé davantage de tumeurs dans l’intestin grêle que celles nourries normalement.

Mais ce n’est pas le plus troublant.

Ces souris “keto” sont restées minces. Pas d’obésité. Pas de surpoids. Et malgré tout, elles ont développé autant de tumeurs, parfois même plus, que les souris du groupe “obèse”.

En parallèle, le même régime cétogène continuait de protéger le côlon. Exactement comme en 2022.

Même alimentation. Deux organes voisins. Deux effets diamétralement opposés.

Les cétones ne sont pas coupables

Voici la partie qui risque de poser problème aux fabricants de suppléments de cétones.

Pour comprendre le mécanisme, les chercheurs ont manipulé génétiquement certaines souris : ils ont augmenté ou supprimé leur production de corps cétoniques pour observer l’effet sur les tumeurs.

Résultat : aucun changement. Que les souris produisent beaucoup de cétones ou pas du tout, les tumeurs se développaient de la même façon.

“On s’attendait à ce que les corps cétoniques comme le BHB soient les moteurs directs. En réalité, ce sont des spectateurs métaboliques”, déclare Omer Yilmaz.

Les cétones, ces molécules que tout le monde associe au régime keto, n’ont rien à voir avec la croissance tumorale. Ni en bien, ni en mal.

Le vrai responsable : la graisse elle-même

Ce qui provoque la prolifération des tumeurs, c’est la façon dont les cellules de l’intestin grêle brûlent les graisses alimentaires pour produire de l’énergie.

En clair : quand on mange beaucoup de gras (le principe même du keto), les cellules intestinales décomposent ces graisses par un processus appelé oxydation des acides gras. Les cellules “brûlent” le gras au niveau cellulaire pour en tirer du carburant.

Ce processus active une famille de protéines appelées PPAR. Ces protéines envoient un signal aux cellules souches de l’intestin (les cellules qui renouvellent la paroi intestinale en permanence) : multipliez-vous plus vite.

Pourquoi c’est un problème

Les cellules souches, quand elles se divisent plus rapidement, produisent deux effets :

  • L’intestin se répare mieux après une blessure ou une maladie ;
  • Certaines cellules peuvent déraper et devenir cancéreuses.

“Avoir plus de cellules souches permet à l’intestin grêle de mieux se réparer. Mais le revers, c’est que des cellules souches plus actives peuvent mener à la formation de tumeurs”, explique Yilmaz.

Ce que ça change pour les compléments de cétones

Bonne nouvelle pour ceux qui consomment des suppléments de BHB en poudre ou en boisson : cette étude ne les concerne pas directement.

Les effets observés sont liés au métabolisme des graisses alimentaires, pas aux corps cétoniques eux-mêmes. Prendre des cétones sous forme de complément ne devrait donc ni reproduire les risques (tumeurs de l’intestin grêle) ni les bénéfices (protection du côlon) observés dans l’étude.

“Nos résultats montrent que c’est le contenu en graisses alimentaires, pas les corps cétoniques produits pendant la cétose, qui entraîne ces effets sur le cancer intestinal”, précise Jessica Shay, co-auteure principale de l’étude.

Avant de paniquer

C’est une étude sur des souris. Pas sur des humains. Et pas n’importe quelles souris : des souris génétiquement programmées pour développer des tumeurs intestinales. L’équivalent humain le plus proche s’appelle la polypose adénomateuse familiale, ou PAF. C’est une maladie héréditaire rare qui augmente fortement le risque de cancer intestinal.

On ne sait pas encore si le même mécanisme se produit chez l’humain. Des études complémentaires sont nécessaires.

Mais un élément mérite attention : les cancers de l’intestin grêle sont en hausse depuis plusieurs décennies. Les causes restent mal comprises. Cette étude ouvre une piste sérieuse.

Ce qu’il faut retenir

Ce n’est pas la cétose qui pose problème. C’est la quantité de graisse que les cellules intestinales doivent brûler. Le régime cétogène, par sa nature même (très riche en lipides), pousse ces cellules à consommer plus de gras, ce qui déclenche une réaction en chaîne : oxydation des acides gras, activation des PPAR, multiplication accélérée des cellules souches et, potentiellement, formation de tumeurs.

Le même régime peut protéger le côlon et augmenter le risque dans l’intestin grêle. Les chercheurs ne savent pas encore pourquoi.

“La question fondamentale est de comprendre pourquoi le même régime a des conséquences opposées dans deux parties adjacentes de l’intestin. C’est ce sur quoi nous travaillons maintenant”, conclut Fangtao Chi, co-auteur principal.

Résumé en image

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Sources éditoriales et fact-checking[+]

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