En semaine, c’est le travail qui dicte l’heure des repas. Petit déjeuner avalé à la hâte, déjeuner à heure fixe, dîner selon les trajets. Puis vient le week-end, et tout se décale : grasse matinée, brunch, dîner tardif. Une parenthèse qui semble bien innocente.
Des chercheurs français se sont demandé si ce va-et-vient avait un prix pour le cœur. Leur réponse, tirée d’une cohorte de plus de 100 000 personnes, est troublante. Elle ne concerne pas tout le monde de la même façon. Et contre toute attente, ce n’est pas forcément le fait de manger plus tard le week-end qui pose le plus problème.
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Le « jet lag alimentaire », c’est quoi ?
Vous connaissez le décalage horaire après un long voyage en avion. Le jet lag alimentaire en est une version miniature, que l’on s’impose chaque semaine sans bouger de chez soi. Il désigne la différence entre les heures de repas des jours travaillés et celles des jours de repos.
Le problème, c’est que notre organisme fonctionne avec une horloge biologique interne qui règle de nombreuses fonctions sur environ 24 heures. Les repas font partie des signaux qui la synchronisent. Des travaux antérieurs ont déjà montré que les perturbations de cette horloge, liées au travail de nuit ou aux repas tardifs, pouvaient nuire au système cardiovasculaire.
104 806 Français passés au crible
L’équipe, qui réunit des chercheurs de l’INRAE, de l’Inserm, du CNAM et de plusieurs universités parisiennes, a analysé les données de 104 806 adultes de la cohorte NutriNet-Santé. Les participants, en majorité des femmes (79 %), avaient en moyenne 43 ans. Ils ont été suivis pendant un peu plus de huit ans en moyenne.
Chacun avait rempli plusieurs relevés détaillés de tout ce qu’il avait mangé sur 24 heures, environ six en moyenne. Les chercheurs ont calculé l’ampleur du jet lag alimentaire à partir de l’heure du premier et du dernier repas de la journée, en semaine et le week-end. Ils ont aussi classé les participants en trois groupes :
- Le groupe « avance », qui mange plus tôt le week-end qu’en semaine, avec environ deux heures d’avance en moyenne ;
- Le groupe « régulier », dont les horaires restent semblables ;
- Le groupe « retard », qui mange plus tard le week-end, avec environ 1 h 40 de décalage en moyenne.
Chez les hommes, chaque heure compte
Les résultats, publiés dans la revue Communications Medicine1, tiennent compte de nombreux facteurs : âge, situation familiale, profession, tabac, alcool, activité physique, qualité de l’alimentation, sommeil…
Chez les hommes, chaque heure de jet lag alimentaire supplémentaire, dans un sens comme dans l’autre, était associée à :
- Un risque de maladie cardiovasculaire plus élevé de 14 % ;
- Un risque de maladie coronarienne (qui touche les artères du cœur) plus élevé de 21 %.
La surprise du groupe « avance »
Par rapport aux hommes aux horaires réguliers, ceux qui mangeaient plus tôt le week-end avaient un risque de maladie cardiovasculaire 44 % plus élevé, et un risque de maladie coronarienne 68 % plus élevé. Ceux qui mangeaient plus tard le week-end avaient, eux, un risque de maladie coronarienne 36 % plus élevé. Ce n’est donc pas l’heure tardive qui semble compter le plus, mais la rupture de régularité.
Et chez les femmes ?
Aucune association significative n’a été trouvée chez les femmes. Les chercheurs avancent plusieurs pistes : des différences de fonctionnement biologique entre les sexes, des modes de vie et des contraintes professionnelles différentes qui pourraient influencer l’horloge interne, et un risque cardiovasculaire de base plus élevé chez les hommes, qui rend les effets plus faciles à détecter.
Ce que cela change
Il s’agit d’une étude d’observation : elle montre une association, sans prouver que le décalage des repas provoque directement des problèmes cardiaques. D’autres travaux devront confirmer ces résultats.
Mais le message est intéressant, car ces liens semblaient indépendants de la durée du sommeil et de la qualité de l’alimentation. « Au-delà du simple fait de manger tard, garder des horaires de repas réguliers entre la semaine et le week-end pourrait être tout aussi important », souligne Bernard Srour, directeur de recherche à l’INRAE. Autrement dit, ce que vous mangez compte, mais l’heure à laquelle vous le faites, et sa régularité, pourrait aussi peser dans la balance.
Vrai ou faux ?
Manger plus tôt le week-end est forcément meilleur pour le cœur.
C’est faux.
Dans cette cohorte, les hommes qui avançaient leurs horaires de repas le week-end présentaient un risque cardiovasculaire plus élevé que ceux qui les maintenaient réguliers. Cette association ne prouve pas que le changement d’horaire en soit la cause.
Et vous ?
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Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude







