On prête au régime nordique de nombreux bénéfices pour la santé. Riche en poissons, en céréales complètes et en baies, il serait notamment capable d’améliorer la santé métabolique. Certaines études ont même observé des effets favorables sur le foie. Mais que se passe-t-il lorsque l’on regarde au-delà de quelques mois et que l’on s’intéresse au risque de maladies graves sur plus de vingt ans ?
Des chercheurs ont analysé les données de plus de 64 000 adultes suédois pour tenter de répondre à cette question. Leurs résultats, publiés dans The American Journal of Clinical Nutrition(1), révèlent un contraste intéressant : les bénéfices attendus pour le foie ne sont pas clairement démontrés, alors que le risque de mourir, toutes causes confondues, pourrait diminuer.
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Un régime alimentaire suivi pendant 24 ans
Le régime nordique, parfois présenté comme le cousin scandinave du régime méditerranéen, repose sur des aliments traditionnels des pays du nord de l’Europe. Il privilégie les végétaux, les baies, les céréales complètes, les produits laitiers peu gras et les poissons gras.
Ce modèle alimentaire suscite l’intérêt des chercheurs, notamment parce que des essais de courte durée ont déjà suggéré des améliorations de la quantité de graisse accumulée dans le foie et de son fonctionnement. Mais une amélioration de ces marqueurs biologiques ne signifie pas nécessairement que les maladies hépatiques graves seront moins fréquentes des années plus tard.
Pour examiner cette question, Michael Fridén et ses collègues ont exploité les données de deux grandes cohortes suédoises regroupant 64 406 hommes et femmes. Les habitudes alimentaires avaient été évaluées à trois reprises, en 1997, en 2008-2009 et en 2019.
Les chercheurs ont ensuite rapproché ces informations des dossiers hospitaliers, des consultations, des registres de cancers et des registres de décès. Ils ont ainsi pu étudier les complications hépatiques graves, notamment la cirrhose et le cancer du foie, mais aussi la mortalité toutes causes confondues.
Particularité importante : il ne s’agissait pas d’un essai clinique dans lequel des participants auraient été répartis au hasard entre plusieurs régimes. L’équipe a utilisé une méthode statistique appelée « émulation d’un essai cible ». Elle consiste à simuler les effets attendus de différentes stratégies alimentaires à partir de données observationnelles, sous certaines hypothèses.
Le foie ne bénéficie pas de la protection attendue
C’est ici que les résultats deviennent moins évidents. Sur une période de 24 ans, le risque estimé de complications hépatiques graves était de 0,53 % avec le régime nordique, contre 0,70 % avec les recommandations nutritionnelles nordiques de 2023 et 0,64 % sans changement alimentaire simulé.
Vrai ou faux ?
Le régime nordique réduit de façon démontrée le risque de cirrhose et de cancer du foie à long terme.
C’est faux.
Cette étude n’a pas mis en évidence de réduction statistiquement significative des complications hépatiques graves. Cela ne prouve pas que le régime est inefficace, mais que cette protection n’est pas démontrée par cette analyse.
À première vue, le chiffre du régime nordique semble plus favorable. Pourtant, les différences ne sont pas statistiquement significatives. Autrement dit, les données ne permettent pas d’affirmer que ce régime réduit réellement le risque de maladies hépatiques graves.
Il faut donc distinguer deux choses : améliorer certains marqueurs du foie à court terme et prévenir, sur plusieurs décennies, des complications comme la cirrhose ou le cancer hépatique. Ce ne sont pas les mêmes critères, et les premiers résultats ne garantissent pas les seconds.
Cette conclusion ne signifie pas que le régime nordique serait mauvais pour le foie. Elle indique simplement que cette étude ne fournit pas de preuve solide d’une protection à long terme contre les complications hépatiques étudiées.
Une différence plus nette sur le risque de décès
Le résultat le plus intéressant concerne la mortalité toutes causes confondues. Selon les estimations des chercheurs, suivre le régime nordique aurait été associé à une diminution de 2,67 points de pourcentage du risque de décès sur 24 ans par rapport à l’absence de changement alimentaire simulé.
Les recommandations nutritionnelles nordiques de 2023 présentaient également une association favorable, avec une réduction estimée de 1,68 point de pourcentage.
Ces chiffres correspondent à des différences absolues de risque estimées par un modèle, et non à une réduction relative de 2,67 %. Ils ne signifient pas non plus que chaque personne qui adopte ce régime gagnera un nombre déterminé d’années de vie.
Pourquoi un bénéfice sur la mortalité peut-il apparaître sans protection clairement démontrée contre les maladies hépatiques graves ? Parce que le décès toutes causes confondues regroupe de nombreuses causes possibles, tandis que l’analyse du foie ne porte que sur un ensemble précis de complications. Un modèle alimentaire pourrait donc être associé à un meilleur bilan global sans que cette étude démontre un effet protecteur particulier sur le foie.
Que révèle vraiment cette étude ?
3 questionsQuestion 1 sur 3
Combien de personnes ont été incluses dans les deux cohortes ?
Bonne réponse : B. L’étude a utilisé les données de 64 406 hommes et femmes suédois.
Question 2 sur 3
Le régime nordique a-t-il réduit significativement les complications hépatiques graves ?
Bonne réponse : B. Le risque estimé était plus faible avec le régime nordique, mais la différence n’était pas statistiquement significative.
Question 3 sur 3
Quel résultat favorable a été observé dans les estimations ?
Bonne réponse : A. La baisse estimée de la mortalité était de 2,67 points de pourcentage sur 24 ans par rapport au scénario sans changement alimentaire.
Faut-il revoir les bénéfices du régime nordique ?
Pas nécessairement. Cette étude apporte surtout une nuance importante aux promesses parfois associées aux régimes alimentaires réputés sains. Un effet favorable sur la graisse hépatique ou certains paramètres biologiques ne suffit pas à conclure à une diminution des maladies graves à long terme.
Les résultats reposent par ailleurs sur des données observationnelles et sur plusieurs hypothèses statistiques, notamment l’absence de facteurs de confusion non mesurés, de biais de sélection et d’erreurs de mesure. Même avec une méthode sophistiquée, ces hypothèses ne peuvent pas être garanties. Les habitudes alimentaires ont également été évaluées à trois moments seulement, ce qui ne permet pas de connaître précisément ce que chaque participant a mangé pendant les 24 années.
Les chercheurs estiment donc que ces analyses devront être reproduites dans d’autres populations pour vérifier si les résultats se confirment.
La conclusion est moins spectaculaire qu’une promesse de protection du foie, mais elle est plus utile : le régime nordique reste un modèle alimentaire étudié pour ses effets sur la santé, et les estimations suggèrent un bénéfice sur la mortalité globale. En revanche, cette étude ne démontre pas qu’il prévient les maladies hépatiques graves. Sur ce point, la réponse reste ouverte.
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Sources éditoriales et fact-checking






