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Maladies et pathologies

Une bactérie de l’intestin fabrique un gras qui réduit de moitié les plaques des artères

Par · Ingénieur en biologie moléculaire et cellulairePublié le Relu par THAI Jimmy, Rédacteur en chef
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une bacterie de intestin fabrique un gras qui reduit de moitie les plaques des arteres
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

Et si une partie de la protection de vos artères se jouait… dans votre intestin ? Pas dans votre assiette, pas dans votre armoire à pharmacie, mais dans les milliards de bactéries qui vivent au fond de votre tube digestif.

Des chercheurs chinois ont suivi la piste d’une bactérie très commune jusqu’à une molécule précise. Une molécule qu’elle fabrique elle-même, qui agit sur la même cible que les statines (les médicaments les plus prescrits contre le cholestérol) et qui a réduit de moitié les plaques dans les artères de souris. Le plus surprenant ? Cette molécule est un acide gras saturé. Oui, de la famille des graisses que l’on accuse depuis des décennies de boucher les artères.

Une bactérie plus fréquente chez les personnes en bonne santé

Tout part d’une comparaison. Les chercheurs ont analysé le microbiote intestinal (l’ensemble des microbes qui vivent dans l’intestin) de 223 personnes atteintes d’athérosclérose et de 189 personnes en bonne santé. L’athérosclérose, c’est ce dépôt de graisse qui s’accumule dans la paroi des artères, les rigidifie et finit par provoquer infarctus et AVC.

Plusieurs bactéries étaient plus abondantes chez les personnes en bonne santé. L’une d’elles sortait du lot : Bacteroides uniformis.

Problème classique : être plus fréquente chez les gens en bonne santé ne prouve rien. Peut-être que cette bactérie protège les artères. Peut-être qu’elle profite simplement d’un mode de vie plus sain. Pour trancher, il fallait passer à l’expérience.

Des souris nourries au gras… et beaucoup moins de plaques

Les chercheurs ont utilisé des souris mâles modifiées génétiquement pour développer facilement de l’athérosclérose. Ils les ont nourries avec un régime très gras pendant 12 semaines, et une partie d’entre elles a reçu la bactérie vivante.

Résultat : moins de plaques dans l’aorte (la grosse artère qui part du cœur) et moins de LDL dans le sang, le fameux « mauvais » cholestérol.

Détail important : la même bactérie tuée par la chaleur ne faisait rien. Ce n’était donc pas la bactérie elle-même qui protégeait, mais quelque chose qu’elle produisait quand elle était vivante.

L’étude en brefÉtude chez l'animal

Une bactérie intestinale protège-t-elle les artères, et par quelle molécule ?

  • ParticipantsSouris mâles prédisposées à l’athérosclérose
  • Durée8 à 12 semaines
  • Publiée dansNature

Ce qu’elle montre

L’acide pentadécanoïque produit par Bacteroides uniformis a réduit les plaques d’environ 50 % en freinant la fabrication de cholestérol par le foie.

Ses limites

Étude chez la souris mâle uniquement, aucun essai chez l’humain sur les artères, brevet déposé par un auteur.

La chasse à la molécule

L’équipe a alors trié une à une les substances libérées par la bactérie. Le test était simple : laquelle aide les cellules du foie à capter le LDL qui circule dans le sang ? En réduisant la liste étape par étape, un seul suspect est resté.

Son nom : l’acide pentadécanoïque, aussi appelé C15:0. C’est un acide gras saturé un peu particulier, avec 15 atomes de carbone, alors que la plupart des graisses de notre alimentation en ont un nombre pair.

Comment un acide gras peut faire baisser le cholestérol

Donné seul aux souris, trois fois par semaine pendant huit semaines, l’acide pentadécanoïque a réduit les plaques d’environ 50 % et amélioré les taux de graisses dans le sang.

Le mécanisme est presque trop beau. Votre foie fabrique lui-même une grande partie de votre cholestérol grâce à une enzyme appelée HMG-CoA réductase. C’est exactement l’enzyme que bloquent les statines. Les chercheurs ont montré que l’acide pentadécanoïque se fixe sur cette enzyme et la freine.

Il se passe alors deux choses :

  • Le foie fabrique moins de cholestérol ;
  • Pour compenser, il installe à sa surface davantage de récepteurs au LDL, des sortes de capteurs qui attrapent le cholestérol qui circule dans le sang.

Le foie produit moins et nettoie plus. Double effet.

Vrai ou faux ?

Un acide gras saturé fait forcément monter le cholestérol.

C’est faux.

Pas forcément. Chez la souris, l’acide pentadécanoïque, un acide gras saturé, a au contraire fait baisser le LDL en freinant l’enzyme ciblée par les statines.

Les preuves qui verrouillent l’explication

Les chercheurs ne se sont pas contentés d’une hypothèse séduisante. Quand ils ont supprimé les récepteurs au LDL dans le foie des souris, ni la bactérie ni l’acide gras ne protégeaient plus les artères. Et quand ils ont modifié la bactérie pour qu’elle fabrique moins d’acide pentadécanoïque, elle s’installait toujours dans l’intestin, mais protégeait beaucoup moins.

Autre point intéressant : en analysant 100 souches de bactéries intestinales, ils ont constaté que plusieurs bactéries de la même grande famille (les Bacteroidota) savent produire cette molécule. Et chez des patients ayant un taux de graisses anormal dans le sang, l’acide pentadécanoïque était nettement plus bas. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature1.

Faut-il se jeter sur les compléments de C15:0 ?

C’est là que tout se complique. L’acide pentadécanoïque se trouve naturellement dans la matière grasse des produits laitiers. Il est aussi déjà vendu en complément alimentaire, présenté comme bon pour le cœur.

Chez l’humain, les données sont encore minces. Un essai mené chez 88 femmes atteintes de stéatose hépatique (foie gras) a testé pendant 12 semaines un régime de type méditerranéen, avec ou sans acide pentadécanoïque. Les deux régimes ont fait perdre du poids et de la graisse dans le foie. Le complément a fait baisser un peu plus le LDL, selon les résultats parus dans The American Journal of Clinical Nutrition2. C’est encourageant, mais ce n’est pas une preuve de protection des artères.

Plusieurs limites invitent aussi à la prudence :

  • Seules des souris mâles ont été étudiées ;
  • Un régime et un microbiote humains peuvent changer la réponse observée chez l’animal ;
  • Un des auteurs a déposé une demande de brevet sur l’utilisation de cette molécule contre l’athérosclérose.

Ce qu’il faut retenir

Cette étude apporte une explication concrète à une question qui intriguait depuis longtemps : comment des bactéries qui vivent dans l’intestin peuvent-elles influencer la santé des artères ? Une partie de la réponse tient peut-être en une molécule, fabriquée par certaines bactéries, qui freine la production de cholestérol par le foie, exactement là où agissent les statines.

Mais il y a un gouffre entre une souris protégée et un traitement pour l’humain. Seuls de grands essais cliniques pourront dire si l’acide pentadécanoïque, en complément ou fabriqué par nos propres bactéries, réduit vraiment le risque d’infarctus et d’AVC. D’ici là, si vous prenez une statine, ne la remplacez surtout pas par un complément.

Quiz

Testez vos connaissances

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Quelle enzyme l’acide pentadécanoïque freine-t-il ?

    Bonne réponse : B. C’est l’enzyme qui fabrique le cholestérol dans le foie, la même que celle bloquée par les statines.

  2. Question 2 sur 3

    Que se passe-t-il quand la bactérie est tuée par la chaleur ?

    Bonne réponse : C. Seule la bactérie vivante protégeait, car c’est elle qui fabrique la molécule active.

  3. Question 3 sur 3

    Dans quels aliments trouve-t-on naturellement de l’acide pentadécanoïque ?

    Bonne réponse : A. Il est présent dans la matière grasse des produits laitiers.

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