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Étude · Physiologie

Vieillissement : deux personnes du même âge peuvent vieillir de façon opposée

Par · Ingénieur en biologie moléculaire et cellulairePublié le Relu par THAI Jimmy, Rédacteur en chef
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vieillissement deux personnes du meme age peuvent vieillir de facon opposee
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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On pense souvent que le vieillissement suit une route commune : les mêmes changements, dans le même ordre, à peu près au même rythme pour tout le monde. Une étude parmi les plus détaillées jamais réalisées sur le sujet montre que c’est loin d’être le cas.

En suivant de près le sang de centaines de femmes pendant huit ans, des chercheurs britanniques ont découvert que deux personnes en bonne santé et du même âge peuvent vieillir de façon très différente au niveau moléculaire. Parfois même en sens inverse. Et certains facteurs qui influencent ce parcours sont pour le moins inattendus.

Vieillir, c’est d’abord une affaire de molécules

Bien avant les rides ou les douleurs articulaires, le vieillissement se joue à l’échelle des cellules. Avec le temps, les dégâts s’accumulent et des molécules essentielles comme l’ADN, les protéines et les graisses subissent des modifications chimiques. Peu à peu, les tissus fonctionnent moins bien, et le risque de maladies liées à l’âge augmente : cancers, maladies cardiaques et métaboliques, maladies neurodégénératives.

Le problème, c’est que la plupart des études photographient ces changements à un seul instant. Elles comparent des jeunes et des personnes âgées, sans suivre les mêmes individus dans le temps. Impossible, dans ces conditions, de voir comment chacun évolue.

335 femmes suivies pendant huit ans

L’équipe du King’s College de Londres a donc fait l’inverse. Elle a suivi 335 femmes d’une grande cohorte britannique de jumeaux. Chez chacune, elle a analysé au moins trois fois, sur une période allant jusqu’à huit ans, l’activité d’environ 16 000 gènes dans le sang ainsi que des centaines de métabolites, ces petites molécules produites par le fonctionnement de l’organisme.

Des trajectoires parfois opposées

Les résultats, publiés dans la revue Science1, montrent que 5 061 gènes et 181 métabolites évoluaient au fil du temps. Mais surtout, chaque participante suivait sa propre trajectoire, qui s’écartait souvent de la tendance générale, et allait parfois dans la direction opposée.

« Plutôt qu’une feuille de route unique du vieillissement, notre étude montre que les gens suivent des parcours biologiques distincts », résume Julia El-Sayed Moustafa, première auteure.

Le système immunitaire ne vieillit pas d’un bloc

Les changements différaient aussi selon les types de cellules immunitaires. L’immunité innée, la première ligne de défense, rapide, avec laquelle on naît, n’évoluait pas comme l’immunité adaptative, plus lente, qui garde la mémoire des microbes déjà rencontrés.

Les gènes qui changeaient avec le temps étaient par ailleurs liés à des fonctions importantes pour le vieillissement, notamment aux maladies cardiométaboliques et neurodégénératives.

Gènes, saisons, heure de la prise de sang…

Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs qui façonnent ces trajectoires :

  • La génétique : 128 gènes évoluaient différemment selon les variations génétiques des participantes, et les vraies jumelles se ressemblaient davantage que les fausses jumelles ;
  • Les saisons, liées à environ un quart des gènes et des métabolites ;
  • L’horloge biologique : selon l’heure de la prise de sang, 26 % des gènes et 39 % des métabolites variaient ;
  • La composition corporelle et le diabète de type 2, associés à certaines évolutions communes des gènes et des métabolites.

Les chercheurs citent aussi des exemples concrets. Ils ont observé des évolutions différentes chez les participantes porteuses de variations d’un gène lié au vieillissement du cœur, appelé CXCL9. Chez certaines, l’activité du gène TP53, qui aide à protéger contre les tumeurs, diminuait avec l’âge, ce qui pourrait modifier leur risque de cancer.

Les polluants éternels laissent leur trace

C’est l’un des résultats les plus frappants. Les PFAS, surnommés « polluants éternels » parce qu’ils se dégradent très peu, ont diminué dans le sang des participantes au fil des années, ce qui correspond aux restrictions de leur usage au Royaume-Uni. Et leurs variations étaient liées à l’activité de 1,5 % des gènes et aux taux de 3 % des métabolites.

Autrement dit, les mesures de santé publique contre les polluants pourraient avoir des effets visibles jusque dans le fonctionnement des cellules.

Vers une médecine du vieillissement sur mesure

Cette étude porte uniquement sur des femmes, et ses observations restent des associations. Mais elle change la façon de voir le vieillissement : un processus dynamique, propre à chacun et sensible à l’environnement.

« Comprendre les trajectoires individuelles du vieillissement moléculaire pourrait un jour aider à distinguer un vieillissement en bonne santé des premiers stades d’une maladie », estime Kerrin Small, professeure de génomique au King’s College. De quoi imaginer, à terme, une prévention adaptée au rythme de vieillissement de chacun, plutôt qu’à son seul âge sur le papier.

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Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude[+]

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