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Étude · Maladies et pathologies

Vos intestins aggravent-ils vos allergies alimentaires ?

Par · Diététicienne nutritionnistePublié le
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vos intestins aggravent ils vos allergies alimentaires
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

Vous pensez que vos allergies alimentaires sont simplement une question de système immunitaire qui « déraille » face à un aliment ? C’est ce que tout le monde croit. Et c’est en partie vrai. Mais une étude publiée dans le Journal of Immunology1 vient de montrer qu’il y a autre chose. Quelque chose que personne ne soupçonnait vraiment jusqu’ici.

Et ce « quelque chose » se trouve… dans vos intestins.

Avant de vous expliquer ce que les chercheurs ont découvert, un petit détour par les chiffres s’impose. Parce que le problème est bien plus grave qu’on ne le pense.

L’étude en brefÉtude chez l'animal

Le microbiote intestinal peut-il modifier la sévérité d’une allergie alimentaire ?

  • ParticipantsSouris de deux colonies SPF
  • Publiée dansThe Journal of Immunology

Ce qu’elle montre

Les souris présentant une allergie plus sévère avaient une perméabilité intestinale accrue, davantage de cellules Th2 spécifiques de l’allergène et moins de Treg spécifiques de l’allergène. La cohabitation a transféré ces caractéristiques aux souris initialement moins sensibles.

Ses limites

Étude animale : ces résultats ne permettent pas de conclure qu’un microbiote ou un intestin perméable aggrave les allergies alimentaires chez l’être humain.

Les allergies alimentaires : des chiffres qui font froid dans le dos

Aux États-Unis, 33 millions de personnes vivent avec au moins une allergie alimentaire. Un enfant sur treize est touché. Et la tendance ne va pas dans le bon sens : la prévalence chez les enfants a bondi de 50 % entre 1997 et 2011, puis encore de 50 % entre 2007 et 2021. Les allergies aux arachides et aux fruits à coque ont tout simplement triplé chez les enfants entre 1997 et 2008.

Côté urgences, c’est 3,4 millions de consultations par an aux États-Unis pour des réactions allergiques alimentaires. Une consultation toutes les 10 secondes. Et plus de 40 % des enfants allergiques font des réactions sévères, dont l’anaphylaxie (une réaction allergique généralisée qui peut tuer en quelques minutes si elle n’est pas prise en charge immédiatement).

Bref. Les chiffres explosent. Et pendant longtemps, personne ne comprenait vraiment pourquoi certaines personnes développent des réactions bien plus violentes que d’autres.

Le « leaky gut » : quand vos intestins deviennent une passoire

Pour comprendre ce que les chercheurs ont trouvé, il faut d’abord comprendre un concept. La paroi de l’intestin fonctionne normalement comme un filtre très précis. Elle laisse passer les bons nutriments dans le sang et bloque tout le reste : toxines, bactéries, morceaux d’aliments pas complètement digérés.

Quand cette paroi est fragilisée, elle devient poreuse. On parle alors d’intestin perméable, ou « leaky gut » en anglais (littéralement « intestin qui fuit »). Les intrus passent dans le sang. Le système immunitaire voit arriver des substances qui n’ont rien à faire là et il s’emballe.

Vrai ou faux ?

Un intestin perméable est-il démontré comme une cause des allergies alimentaires chez l’humain ?

C’est faux.

Cette étude montre un lien mécanistique chez la souris entre perméabilité intestinale, microbiote et sévérité de l’allergie. Elle ne démontre pas une relation causale chez l’être humain.

La question que se posaient les chercheurs : est-ce que cet intestin perméable peut aggraver les allergies alimentaires ? Et si oui, comment ?

La réponse va probablement vous surprendre.

L’étude de l’Université du Minnesota

Le Dr Alexa Weingarden (professeure de gastro-entérologie à l’Université du Minnesota) et son équipe ont utilisé deux groupes de souris en bonne santé. La seule différence entre ces deux groupes : leur microbiote intestinal. Le microbiote, pour faire simple, c’est l’ensemble des milliards de bactéries qui vivent dans les intestins et qui jouent un rôle dans la digestion, l’immunité et beaucoup d’autres fonctions.

Les chercheurs ont ensuite exposé les deux groupes aux mêmes allergènes alimentaires. Et les résultats ont été radicalement différents.

Deux groupes, deux réactions opposées

Le premier groupe a développé des réactions allergiques plutôt légères. Le second groupe, celui dont le microbiote était différent, a fait des réactions violentes : diarrhées sévères et anaphylaxie. Et ce, après beaucoup moins d’expositions à l’allergène que le premier groupe.

Des souris en bonne santé au départ. Le même allergène. Mais des réactions complètement différentes.

La question évidente : pourquoi ?

Ce que les chercheurs ont trouvé dans le système immunitaire

En analysant les cellules immunitaires des souris, l’équipe a identifié deux éléments clés :

  • Les souris aux allergies sévères avaient beaucoup plus de cellules Th2 dans l’intestin grêle : ce sont des cellules du système immunitaire qui déclenchent les réactions allergiques et l’anaphylaxie ;
  • Ces mêmes souris avaient beaucoup moins de cellules Treg (cellules régulatrices), dont le rôle est de « calmer » le système immunitaire et d’empêcher les réactions disproportionnées.

En clair : chez les souris malades, le système immunitaire avait perdu ses freins. Il s’emballait au moindre contact avec un aliment pourtant inoffensif.

Et ce déséquilibre était directement lié à un intestin perméable. Les souris aux allergies les plus sévères étaient aussi celles dont la paroi intestinale ne jouait plus son rôle de filtre.

Le résultat que personne n’attendait

C’est là que l’étude prend une tournure vraiment inattendue.

Les chercheurs ont placé les souris aux allergies légères dans la même cage que celles aux allergies sévères. Ils les ont laissées cohabiter. Puis ils ont observé ce qui se passait.

Résultat : le microbiote des souris « saines » s’est modifié. Il s’est mis à ressembler à celui des souris « malades ». Et avec ce nouveau microbiote sont arrivés les intestins perméables, le déséquilibre des cellules immunitaires (plus de Th2, moins de Treg) et les allergies sévères.

Autrement dit : le microbiote déséquilibré, le leaky gut et les allergies aggravées se sont « transmis » d’un groupe à l’autre. Simplement parce qu’elles partageaient le même environnement.

Quiz

Testez vos connaissances

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Quel type d’animal a été étudié dans cette recherche ?

    Bonne réponse : B. L’étude a été menée chez des souris provenant de deux colonies SPF différentes.

  2. Question 2 sur 3

    Que présentaient les souris avec les réactions allergiques les plus sévères ?

    Bonne réponse : B. Les souris les plus sensibles présentaient moins de Treg spécifiques de l’allergène et davantage de cellules Th2 spécifiques de l’allergène.

  3. Question 3 sur 3

    Que s’est-il passé lors de la cohabitation des deux groupes ?

    Bonne réponse : B. La cohabitation a entraîné un transfert de caractéristiques du microbiote et de plusieurs paramètres associés à la sévérité de l’allergie.

Ce que cette découverte change

Comme l’explique le Dr Weingarden : « Nous avons constaté que les cellules immunitaires spécifiques aux allergies alimentaires étaient directement impactées par les microbes intestinaux, ce qui affectait l’allergie alimentaire elle-même. »

La chaîne de réaction mise en évidence par cette étude :

  • Un microbiote intestinal déséquilibré fragilise la paroi de l’intestin ;
  • L’intestin devient perméable (leaky gut) ;
  • Cette perméabilité modifie l’équilibre des cellules immunitaires (davantage de Th2, moins de Treg) ;
  • Les allergies alimentaires s’aggravent.

Cette découverte ouvre des pistes de traitement qui n’existaient pas avant. Au lieu de se contenter de gérer les symptômes (éviter l’aliment, avoir une seringue d’adrénaline sur soi en permanence), on pourrait un jour s’attaquer directement à la cause : restaurer un microbiote sain pour réparer la barrière intestinale et rééquilibrer le système immunitaire.

« Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas, mais ces résultats ouvrent de nouvelles voies pour explorer les interactions entre la santé intestinale, les cellules immunitaires et les allergies », conclut le Dr Weingarden.

Précision importante : cette étude a été menée sur des souris. Les mécanismes identifiés restent à confirmer chez l’être humain. Mais ils sont suffisamment solides pour que les chercheurs poursuivent dans cette direction. Et vu l’ampleur de l’épidémie d’allergies alimentaires, il y a urgence.

Résumé en image

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