Un couple âgé qui part en croisière polaire. Un itinéraire de rêve entre l’Antarctique, les Malouines et des îles perdues au milieu de l’Atlantique. Plus d’un mois en mer. Et puis trois passagers meurent. Un quatrième est en soins intensifs à Johannesburg. Deux membres d’équipage présentent des symptômes respiratoires graves.
Le responsable suspecté : un hantavirus.
Le mot ne dit peut-être rien à la plupart des gens. Pourtant, cette famille de virus a fait la une des médias en 2025, après la mort de Betsy Arakawa, épouse de l’acteur Gene Hackman, dans leur maison du Nouveau-Mexique. Cette fois, c’est en pleine mer que le virus refait parler de lui. Et les détails de cette affaire posent des questions que personne n’avait anticipées.

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Un navire polaire bloqué au large de l’Afrique
Le MV Hondius, un navire de croisière battant pavillon néerlandais, avait quitté Ushuaia en Argentine il y a plusieurs semaines pour une expédition avec des escales en Antarctique, aux Malouines et sur plusieurs îles isolées de l’Atlantique Sud. L’itinéraire complet passait notamment par la Géorgie du Sud, l’île Nightingale, Tristan da Cunha et Sainte-Hélène. Le navire devait ensuite rejoindre les Canaries espagnoles.
Sauf que la croisière a viré au cauchemar.
Un homme de 70 ans, de nationalité néerlandaise, a été déclaré mort à son arrivée à Sainte-Hélène. Sa femme, âgée de 69 ans, s’est effondrée à l’aéroport de Johannesburg en tentant de rentrer aux Pays-Bas. Elle est décédée dans un établissement de santé sud-africain. Un passager allemand est mort à bord le 2 mai, sans que la cause de son décès ait encore été établie.
Un seul cas confirmé, cinq suspects
Voici ce qui rend l’affaire difficile à lire pour le moment.
Sur les six personnes touchées, un seul cas d’hantavirus a été confirmé en laboratoire. Il s’agit d’un ressortissant britannique, actuellement en soins intensifs dans un hôpital privé de Johannesburg. Il est tombé malade après le départ du navire de Sainte-Hélène, aux alentours du 27 avril.
Les cinq autres cas restent au stade de suspicion. L’OMS a indiqué que des investigations approfondies étaient en cours, incluant des analyses de laboratoire complémentaires et un séquençage du virus.
Lundi, le navire comptait encore 88 passagers (dont un décédé à bord) et 61 membres d’équipage, dont deux malades. Au total, 149 personnes de 23 nationalités différentes se trouvaient toujours à bord, dont 17 Américains.
Et personne n’a le droit de descendre.
Le Cap-Vert refuse le débarquement
Le navire est ancré au large de Praia, capitale du Cap-Vert, depuis dimanche. La ministre de la Santé capverdienne a fait savoir que les passagers ne seraient pas autorisés à débarquer sur le territoire.
Des responsables sanitaires locaux sont montés à bord pour évaluer la situation, mais n’ont pas encore donné le feu vert pour transférer les malades vers des structures médicales terrestres. L’opérateur Oceanwide Expeditions a indiqué envisager un déroutement vers Las Palmas ou Tenerife si aucune solution ne se débloquait au Cap-Vert.
En clair : deux membres d’équipage avec des symptômes respiratoires graves attendent des soins, et le navire est pour l’instant coincé.
C’est quoi au juste, un hantavirus ?
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
Les hantavirus forment une famille de virus présents partout dans le monde. Ils se transmettent principalement par contact avec l’urine ou les excréments de rongeurs infectés (rats, souris). En clair, il suffit d’inhaler des particules de poussière contaminées par la salive, l’urine ou les déjections de ces animaux pour être infecté. Pas besoin de toucher un rat directement.
Ils provoquent deux types de maladies graves :
- Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), qui attaque les poumons ;
- La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), qui attaque les reins.
Les premiers symptômes ressemblent à ceux d’une grippe : fièvre, douleurs musculaires, fatigue. Autrement dit : rien qui alerte vraiment au début. Les symptômes apparaissent généralement entre une et huit semaines après l’exposition. Et pendant les 72 premières heures, il est quasiment impossible de poser un diagnostic.
Ce qui pose problème
Il n’existe aucun traitement spécifique ni aucun vaccin contre les hantavirus. La prise en charge consiste à traiter les symptômes et à surveiller le patient de près. Une détection précoce améliore les chances de survie, mais le virus peut être mortel.
Pourquoi sur un bateau, c’est bizarre
Et voilà le détail qui a fait tiquer tous les spécialistes.
Un médecin de famille américain, Scott Miscovich (président de Premier Medical Group), a déclaré à CNN qu’il avait d’abord cru à une erreur en lisant la nouvelle. Pourquoi ? Parce qu’un foyer d’hantavirus sur un navire qui n’a pas navigué dans une zone endémique connue, c’est très inhabituel.
Le ministère de la Santé de la province de la Terre de Feu, où se trouve Ushuaia, a déclaré qu’aucun cas d’hantavirus n’avait jamais été signalé dans la province. Le virus est pourtant endémique dans d’autres régions d’Argentine et du Chili.
Deux hypothèses circulent :
- Le navire a pu être contaminé par des excréments de rongeurs (rats ou souris ayant trouvé refuge à bord) ;
- Un passager a pu contracter le virus des Andes avant l’embarquement. Ce variant est le seul hantavirus connu capable de se transmettre entre humains, bien que ce soit rare. Il est principalement présent au Chili et en Argentine, d’où le navire a justement pris le départ.
Le séquençage du virus, actuellement en cours, devrait permettre de trancher.
Pas de panique, selon l’OMS
Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, a tenu à rassurer en précisant que le risque pour le grand public restait faible et qu’il n’y avait pas lieu de décréter des restrictions de voyage.
Reste que 149 personnes sont bloquées au milieu de l’océan, que trois passagers sont morts en quelques jours et que personne ne sait encore comment le virus est arrivé à bord.
La réponse se trouve probablement quelque part entre un rat, un port argentin et les cales d’un navire polaire de 107 mètres.
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