Malgré sa prévalence, l’herpès reste entouré de nombreuses idées reçues et suscite encore beaucoup d’interrogations. Pourtant, une meilleure connaissance de ce virus, de ses modes de transmission et des traitements disponibles est essentielle pour prévenir sa propagation et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes. Dans cet article, je vous propose donc de faire le point sur l’herpès. Nous aborderons les caractéristiques des deux types de virus HSV, leurs manifestations cliniques, les options thérapeutiques et les mesures de prévention.
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Deux types de virus, des manifestations différentes
Il existe deux types de virus de l’herpès simplex : le HSV-1 et le HSV-2. Le HSV-1 est principalement responsable de l’herpès labial, aussi appelé « bouton de fièvre » . Il se transmet par contact direct avec la peau ou les muqueuses d’une personne infectée, le plus souvent par la salive. On estime que la majorité des adultes sont porteurs du HSV-1.
Le HSV-2, quant à lui, se transmet essentiellement par contact sexuel et provoque l’herpès génital. Bien que moins fréquent que le HSV-1, il touche tout de même une part significative de la population sexuellement active.
Il est important de noter que le HSV-1 peut aussi être à l’origine d’un herpès génital en cas de contact oral-génital avec une personne porteuse du virus. Inversement, bien que plus rare, le HSV-2 peut causer des lésions herpétiques labiales. Les deux virus ne font donc pas de distinction absolue entre les muqueuses buccales et génitales.
Une primo-infection souvent asymptomatique
La plupart des personnes infectées par l’herpès ne présentent aucun symptôme lors de la primo-infection, c’est-à-dire le premier contact avec le virus. Lorsqu’ils apparaissent, les signes les plus courants sont :
- Des vésicules ou des ulcérations douloureuses sur les lèvres, les gencives, la langue ou la gorge pour l’herpès oral ;
- Des lésions similaires sur les organes génitaux, les fesses ou les cuisses pour l’herpès génital ;
- De la fièvre, des maux de tête, des courbatures lors de la primo-infection.
Ces symptômes durent généralement de 2 à 3 semaines lors du premier épisode. Cependant, le virus ne disparaît pas pour autant de l’organisme ! Il reste à l’état latent dans les ganglions nerveux et peut se réactiver à tout moment, provoquant de nouvelles poussées.
Cette primo-infection passe donc souvent inaperçue, ce qui contribue à la propagation du virus à l’insu des personnes atteintes. On estime ainsi qu’une majorité de la population adulte est porteuse du HSV sans le savoir.
Des récurrences fréquentes et imprévisibles
Après la primo-infection, le virus de l’herpès reste présent à vie dans l’organisme. Il peut se réactiver de manière périodique, entraînant l’apparition de nouvelles lésions. Ces récurrences sont généralement moins sévères et courtes, mais elles restent néanmoins gênantes et douloureuses.
La fréquence et l’intensité varient grandement d’une personne à l’autre. Certains facteurs comme le stress, la fatigue, les règles ou une baisse d’immunité peuvent favoriser ces réactivations. Cependant, elles surviennent parfois sans cause identifiable.
À savoir que les récurrences d’herpès génital sont généralement plus fréquentes que celles d’herpès labial. Elles peuvent survenir plusieurs fois par an, voire plusieurs fois par mois pour certaines personnes. Cette imprévisibilité rend la maladie difficile à vivre au quotidien.
Attention, même en l’absence de lésions visibles, le virus peut être présent sur la peau ou les muqueuses et se transmettre à l’occasion de contacts. C’est ce qu’on appelle l’excrétion virale asymptomatique. Ce phénomène, bien que peu fréquent, contribue aussi à la diffusion du HSV.
Un panel varié de manifestations cliniques
Si les lésions herpétiques classiques se présentent sous forme de vésicules ou d’ulcérations douloureuses, l’herpès peut revêtir des aspects cliniques plus atypiques. Voici un aperçu des différentes formes que peut prendre l’infection :
- Herpès cutané : en dehors des zones oro-génitales, le HSV peut aussi toucher d’autres parties du corps comme le visage, le cou, le torse ou les membres. Les sportifs comme les lutteurs y sont particulièrement exposés.
- Panaris herpétique : il s’agit d’une infection herpétique localisée au doigt. Elle touche surtout les professionnels de santé qui sont en contact avec la salive des patients. Les dentistes et le personnel de néonatalogie sont les plus à risque.
- Herpès oculaire : l’auto-inoculation du virus par les doigts peut entraîner une atteinte de l’œil. La kératite herpétique est une urgence qui peut menacer la vision en l’absence de traitement.
- Herpès néonatal : la transmission du HSV de la mère à l’enfant lors de l’accouchement est rare mais gravissime. Elle peut provoquer une infection généralisée potentiellement mortelle chez le nouveau-né.
- Formes disséminées : chez les personnes immunodéprimées (patients sous chimiothérapie, greffés, sidéens), l’herpès peut se généraliser et toucher des organes internes comme le foie, les poumons ou le cerveau. C’est une complication redoutable qui engage le pronostic vital.
Ces différentes présentations cliniques illustrent le caractère polymorphe de l’infection herpétique. Elles nécessitent une prise en charge spécialisée et urgente.
Un diagnostic clinique, des tests de confirmation
Dans la majorité des cas, le diagnostic d’herpès est posé sur la base de l’examen clinique. L’aspect typique des lésions vésiculeuses ou ulcérées, associé au caractère récidivant, est généralement suffisant pour identifier la maladie.
Cependant, en cas de doute ou de forme atypique, des examens complémentaires peuvent être nécessaires :
- Le prélèvement des lésions par écouvillonnage permet une recherche directe du virus par culture ou PCR. C’est la méthode de référence pour confirmer le diagnostic.
- La sérologie herpétique recherche la présence d’anticorps anti-HSV dans le sang. Elle n’a d’intérêt que pour différencier une primo-infection d’une récidive.
- Chez le nouveau-né, la ponction lombaire est systématique pour rechercher une atteinte méningée. Un scanner ou une IRM cérébrale sont parfois nécessaires.
- En cas d’herpès oculaire, un examen à la lampe à fente par un ophtalmologue est indispensable pour évaluer l’étendue des lésions.
Ces examens permettent de confirmer le diagnostic, d’évaluer la sévérité de l’infection et d’adapter la prise en charge thérapeutique.
Des traitements pour soulager, pas pour guérir
Il n’existe pas à ce jour de traitement permettant d’éradiquer définitivement le virus de l’herpès de l’organisme. Cependant, des médicaments antiviraux comme l’aciclovir, le valaciclovir ou le famciclovir permettent de soulager les symptômes et de raccourcir la durée des poussées.
Pris dès les premiers signes, ils réduisent l’intensité et la durée des lésions d’environ 1 à 2 jours. Ils diminuent aussi le risque de transmission du virus pendant les poussées.
Pour les personnes souffrant de récidives fréquentes (plus de 6 par an), un traitement antiviral au long cours peut être proposé. Pris quotidiennement, il réduit de 70 à 80 % le nombre de récurrences et la durée des poussées. Il diminue aussi le risque de transmission asymptomatique du virus.
Chez la femme enceinte porteuse connue d’un herpès génital, un traitement prophylactique est généralement instauré à partir du 3e trimestre de grossesse pour éviter les récurrences au moment de l’accouchement et le risque de contamination néonatale.
En cas de formes sévères ou compliquées, une hospitalisation est nécessaire pour administrer le traitement antiviral par voie intraveineuse. C’est notamment le cas pour l’herpès néonatal, l’herpès oculaire ou les formes disséminées du sujet immunodéprimé.
Outre les antiviraux, la prise en charge de l’herpès passe aussi par des mesures symptomatiques : antalgiques contre la douleur, bains de bouche antiseptiques pour l’herpès oral, soins locaux pour éviter la surinfection des lésions.
Prévenir plutôt que guérir
En l’absence de vaccin, la prévention reste le meilleur moyen de lutter contre l’herpès. Elle repose sur des mesures d’hygiène et de protection lors des contacts potentiellement contaminants.
Pour l’herpès génital, l’utilisation du préservatif lors de tout rapport sexuel est recommandée, même en l’absence de lésions visibles. Il faut cependant garder à l’esprit que le préservatif ne protège pas des zones non couvertes comme le pubis, les fesses ou les cuisses qui peuvent être des portes d’entrée pour le virus.
L’utilisation de digue dentaire ou de carré de latex lors des rapports bucco-génitaux permet aussi de réduire le risque de transmission.
Pour l’herpès oral, il convient d’éviter les contacts directs avec les lésions d’une personne infectée : pas de baisers, pas de partage d’objets comme les verres, les couverts ou le baume à lèvres. En cas de poussée, un lavage soigneux des mains et l’éviction des contacts intimes sont de mise.
Chez les professionnels de santé exposés, le port de gants est indispensable lors des soins bucco-dentaires ou lors de la manipulation de prélèvements potentiellement contaminés. Une hygiène rigoureuse des mains est aussi cruciale.
Enfin, le dépistage systématique et le traitement des partenaires sexuels des personnes atteintes d’herpès génital est une mesure efficace pour interrompre la chaîne de transmission du virus.