Aller au contenu
Étude · Nutrition

Mémoire : le manque de sel pourrait-il être aussi problématique que l’excès ?

Par · JournalistePublié le
Mettre Docteur Fitness en favori sur GoogleFavori sur Google
memoire le manque de sel
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

On connaît déjà le discours.

Trop de sel serait mauvais pour la tension artérielle, le cœur et les vaisseaux. Alors, depuis des années, réduire sa consommation semble être l’une des règles les plus simples à appliquer pour protéger sa santé.

Mais une nouvelle étude vient compliquer sérieusement cette histoire.

Car les chercheurs ont observé quelque chose de beaucoup moins intuitif : chez des souris, manger très peu de sel a également perturbé la mémoire.

Et le plus intéressant n’est peut-être même pas là.

Les animaux soumis à un régime très salé et ceux soumis à un régime très pauvre en sel ont bien présenté des troubles de la mémoire, mais leur organisme ne semblait pas réagir de la même manière.

Le problème pourrait donc être moins simple que « le sel est mauvais ».

L’étude en brefÉtude chez l'animal

Que s’est-il passé lorsque les chercheurs ont modifié fortement la quantité de sel ?

  • Participants32 souris mâles
  • Durée14 semaines
  • Publiée dansFood Research International

Ce qu’elle montre

Les régimes à 0,1 % et 8 % de sel ont tous deux altéré la mémoire de travail et la mémoire de reconnaissance chez les souris à microbiote humanisé.

Ses limites

Étude animale, petit effectif et niveaux de sel extrêmes. Les résultats ne permettent pas de conclure qu’un régime pauvre ou riche en sel provoque les mêmes effets chez l’humain.

Le cerveau n’aime visiblement pas les extrêmes

L’étude publiée dans Food Research International a été menée sur 32 souris mâles.

Les chercheurs ont d’abord éliminé leur microbiote intestinal, puis leur ont transféré des bactéries intestinales provenant de 10 donneurs humains en bonne santé. L’objectif était de se rapprocher davantage de la relation entre alimentation, microbiote et cerveau chez l’humain.

Les souris ont ensuite été réparties en trois groupes pendant 14 semaines :

  • Un régime normal contenant 0,5 % de sel ;
  • Un régime très pauvre en sel contenant 0,1 % de sel ;
  • Un régime extrêmement riche en sel contenant 8 % de sel.

Ce ne sont donc pas de petites différences alimentaires.

Les chercheurs ont ensuite soumis les animaux à différents tests permettant notamment d’évaluer leur mémoire spatiale à court terme et leur capacité à reconnaître un objet déjà rencontré.

Et c’est ici que les résultats deviennent particulièrement intéressants.

Les souris des deux groupes extrêmes ont obtenu de moins bons résultats que celles recevant le régime intermédiaire. Leur mémoire de travail et leur mémoire de reconnaissance étaient altérées.

Autrement dit, dans ce modèle expérimental, le problème ne venait pas uniquement de l’excès de sel.

Ce qui se passe dans le cerveau est encore plus surprenant

Les chercheurs ont regardé ce qui se passait dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la formation des souvenirs.

Ils ont observé une diminution de plusieurs protéines impliquées dans le fonctionnement des synapses, notamment SYN1, PSD95 et BDNF, ainsi qu’une réduction de l’activation de CREB.

Ces mécanismes sont importants parce que les neurones doivent modifier leurs connexions pour enregistrer et consolider de nouvelles informations.

Mais les deux régimes extrêmes ne semblaient pas provoquer exactement le même désordre biologique.

Avec le régime très riche en sel, les chercheurs ont retrouvé davantage de signes compatibles avec une réponse inflammatoire. Le microbiote intestinal s’est également modifié, avec notamment une augmentation de bactéries associées à un profil pro-inflammatoire.

Les taux de certains composés produits par les bactéries intestinales, comme le propionate et le butyrate, ont aussi diminué.

Vrai ou faux ?

Dans cette étude, seul l’excès de sel a perturbé la mémoire.

C’est faux.

Faux. Les souris recevant le régime très pauvre en sel ont elles aussi présenté des troubles de la mémoire. Les deux régimes extrêmes étaient toutefois associés à des mécanismes biologiques différents.

Avec le régime très pauvre en sel, le scénario était différent.

Les chercheurs n’ont pas retrouvé la même inflammation systémique. Le problème semblait davantage lié à une diminution de l’activité métabolique du microbiote et de plusieurs molécules produites par les bactéries intestinales.

Le cerveau ne réagirait donc pas seulement à ce qui arrive dans l’assiette.

Il pourrait aussi réagir à ce que les bactéries intestinales en font.

Le microbiote pourrait être l’intermédiaire oublié

C’est probablement la partie la plus intéressante de cette étude.

Les chercheurs se sont intéressés à ce qu’ils appellent l’axe intestin, métabolites, cerveau.

L’idée est assez simple : les bactéries intestinales transforment une partie de ce que nous mangeons en molécules capables d’agir sur l’organisme. Modifier fortement leur environnement peut donc modifier les substances qu’elles produisent.

Dans cette expérience, les deux régimes extrêmes ont modifié le microbiote et réduit certains acides gras à chaîne courte, dont le propionate et le butyrate.

Ces molécules ne sont pas de simples déchets digestifs. Elles participent à de nombreux échanges entre l’intestin et le reste de l’organisme.

Mais il faut être précis.

L’étude ne permet pas de dire que manger peu salé provoque une perte de mémoire chez l’être humain. Elle ne permet pas non plus d’affirmer qu’un régime normalement salé protège contre les troubles cognitifs.

Les chercheurs ont étudié des souris, dans des conditions expérimentales très particulières.

Et les quantités utilisées étaient particulièrement extrêmes.

Alors, faut-il arrêter de réduire le sel ?

Certainement pas sur la base de cette seule étude.

Le résultat est surtout intéressant parce qu’il montre quelque chose que les messages simplifiés sur la nutrition oublient souvent : une substance n’est pas nécessairement bénéfique ou nocive selon une règle absolue.

Dans cette expérience, c’est l’écart par rapport à une consommation intermédiaire qui pose problème.

Trop de sel semble perturber le microbiote et favoriser un environnement inflammatoire.

Trop peu de sel semble également perturber le fonctionnement du microbiote, mais par une autre voie.

Le résultat est donc beaucoup plus subtil que le titre pourrait le laisser penser.

Le sel n’est pas devenu soudainement bon pour la mémoire.

Mais cette étude suggère qu’une restriction excessive mérite elle aussi d’être étudiée, notamment lorsque l’on s’intéresse aux interactions entre alimentation, microbiote et cerveau.

Et c’est probablement la vraie surprise de ces travaux : le cerveau pourrait ne pas seulement souffrir de ce que l’on consomme en excès.

Dans certaines conditions, il pourrait aussi être sensible à ce que l’on retire trop radicalement de l’alimentation.

Quiz

Testez vos connaissances

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Quels régimes ont perturbé la mémoire des souris ?

    Bonne réponse : C. Les deux régimes extrêmes, à 0,1 % et 8 % de sel, ont été associés à une altération de la mémoire.

  2. Question 2 sur 3

    Quel élément a été particulièrement associé au régime très salé ?

    Bonne réponse : A. Le régime très salé était associé à une augmentation de signaux inflammatoires et à une modification du microbiote.

  3. Question 3 sur 3

    Quel est le principal enseignement concernant le régime très pauvre en sel ?

    Bonne réponse : B. Chez ces souris, le régime très pauvre en sel a été associé à une altération de la mémoire et à des modifications du métabolisme microbien.

Ce que l’étude apporte

  • Elle montre que les deux extrêmes du modèle étudié peuvent perturber la mémoire
  • Elle met en évidence des différences entre les mécanismes associés au régime pauvre et au régime riche en sel
  • Elle apporte des éléments nouveaux sur le lien entre microbiote, métabolites et cerveau

Ce qu’elle ne permet pas d’affirmer

  • Elle ne démontre pas qu’un régime pauvre en sel provoque des troubles de mémoire chez l’humain
  • Elle ne permet pas de définir une quantité idéale de sel pour l’être humain
  • Elle n’autorise pas à abandonner une restriction en sel prescrite pour une raison médicale

Sur le même sujet

Explorer les thèmes de l’article

Tous nos articles sur ces sujets, du plus récent au plus ancien.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Les informations de cet article sont données à titre informatif uniquement et ne remplacent pas l'avis d'un médecin. Si vous avez un problème de santé, nous vous invitons à consulter pour obtenir un avis médical personnalisé.

Suivez nos prochains articles

Les nouvelles études décryptées, directement dans votre fil Google ou sur WhatsApp.

Article suivant Antioxydants et cancer : les tumeurs les utilisent pour neutraliser votre immunité Lire l'article suivant