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Bien manger

Le sel détruit la mémoire (mais pas celle de tout le monde)

Diététicienne nutritionnisteRelu et validé le 
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sel detruit la memoire
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
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Le sel est partout. Dans les plats cuisinés, les snacks, les sauces, le pain. Personne n’y fait attention. On sale par réflexe, sans réfléchir, comme on respire.

Et c’est peut-être le problème.

Car une nouvelle étude1 australienne vient de montrer que cette habitude banale pourrait accélérer le déclin d’une fonction cérébrale bien précise. Pas chez tout le monde. Pas de la même manière. Et c’est ce détail qui rend les résultats aussi intéressants qu’inquiétants.

Ce que l’on savait déjà sur le sel et le cerveau

Le lien entre excès de sodium et santé cardiovasculaire n’est plus à prouver. Hypertension, risque d’AVC, maladies cardiaques : la liste est longue et documentée depuis des décennies.

Mais côté cerveau, les choses étaient moins claires. Des études sur des animaux montraient un lien net entre un apport élevé en sel et des troubles cognitifs (c’est-à-dire des difficultés à raisonner, mémoriser ou se concentrer). Chez l’humain, les résultats restaient contradictoires.

Il manquait une étude de grande ampleur, sur une longue durée, avec un suivi rigoureux.

C’est exactement ce que des chercheurs de l’Edith Cowan University (ECU) en Australie viennent de publier dans la revue Neurobiology of Aging2.

1 208 personnes suivies pendant 6 ans

L’équipe de la chercheuse Samantha Gardener a analysé les données de 1 208 participants issus de l’Australian Imaging, Biomarkers and Lifestyle Study (AIBL). Tous étaient en bonne santé cognitive au début de l’étude. Leur âge moyen : environ 71 ans. 41 % d’hommes.

Le protocole était simple :

  • Mesure de l’apport en sodium via un questionnaire alimentaire détaillé au début de l’étude ;
  • Évaluation cognitive complète (six domaines différents) au départ, puis tous les 18 mois ;
  • Suivi total de 72 mois, soit 6 ans.

L’objectif : voir si la quantité de sel consommée au quotidien avait un impact mesurable sur le déclin cognitif au fil du temps.

La mémoire épisodique, c’est quoi exactement ?

Avant de parler des résultats, il faut comprendre ce que les chercheurs ont mesuré.

La mémoire épisodique, c’est la mémoire des événements personnels. C’est elle qui permet de se rappeler où la voiture a été garée, ce qui a été mangé hier soir ou le premier jour d’école.

Ce n’est pas la mémoire des faits généraux (ça, c’est la mémoire sémantique). Ce n’est pas non plus la mémoire du corps, comme savoir faire du vélo (mémoire procédurale).

La mémoire épisodique est aussi l’une des premières fonctions touchées dans les stades précoces de la maladie d’Alzheimer. Ce qui rend ces résultats d’autant plus importants.

Les résultats : une différence nette… selon le sexe

Et c’est là que l’étude prend une tournure inattendue.

Les hommes qui consommaient le plus de sodium ont montré un déclin de la mémoire épisodique significativement plus rapide que ceux qui en consommaient moins.

Les femmes ? Aucun lien observé.

Ce résultat a surpris les chercheurs eux-mêmes. Pourquoi cette différence entre les sexes ? À ce stade, aucune explication définitive n’a été trouvée.

Ce que l’étude a aussi révélé : les hommes qui consommaient plus de sel avaient également une tension artérielle plus élevée. Et la tension artérielle est directement influencée par l’apport en sodium. Ce pourrait être un des mécanismes en jeu, mais ce n’est pas le seul.

Comment le sel pourrait abîmer le cerveau

Samantha Gardener, chercheuse principale de l’étude à l’ECU, a précisé que les mécanismes exacts ne sont pas encore totalement compris. Mais trois pistes principales sont avancées :

  • Une inflammation chronique au niveau du cerveau, favorisée par l’excès de sodium ;
  • Des dommages aux vaisseaux sanguins cérébraux, qui fragilisent les structures neuronales ;
  • Une réduction du débit sanguin vers le cerveau, ce qui prive les neurones d’oxygène et de nutriments.

En clair : trop de sel pourrait créer un environnement hostile pour les cellules du cerveau, surtout avec l’âge.

Des travaux menés sur des souris à l’université Cornell34 avaient déjà montré qu’un régime riche en sel réduisait l’activité d’une enzyme appelée eNOS, responsable de la production d’oxyde nitrique (NO). Cette molécule permet aux vaisseaux de se détendre et de laisser le sang circuler correctement. Moins de NO, c’est moins de sang dans le cerveau. Et moins de sang, c’est moins de capacité à mémoriser.

Combien de sel est « trop » ?

En France, Ameli recommande un maximum de 5 g de sel par jour. Pour donner un ordre d’idée, cela correspond à environ une cuillère à café de sel.

Et cette quantité est vite atteinte. Voici quelques équivalences concrètes :

  • 3 à 4 parts de pizza ;
  • 2 burgers ;
  • 300 g de cacahuètes salées ;
  • 150 à 180 g de jambon de charcuterie.

Autrement dit : un seul repas un peu chargé peut suffire à atteindre (voire dépasser) la dose quotidienne recommandée. Et la plupart des gens n’en ont aucune idée, car le sodium se cache dans des aliments qui ne semblent pas particulièrement salés.

Ce que cette étude ne dit pas

Il serait tentant de conclure que le sel provoque Alzheimer. Ce serait aller trop vite.

L’étude montre une association, pas une causalité directe. Elle ne prouve pas que réduire le sel suffirait à protéger la mémoire. D’autres facteurs entrent en jeu : l’activité physique, la génétique, le sommeil, le niveau d’éducation, l’alimentation globale.

Samantha Gardener elle-même reste prudente. Elle parle de « preuves préliminaires » et insiste sur le fait que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre comment et pourquoi ce lien existe.

Mais une chose est claire : le sodium est un facteur modifiable. Contrairement à l’âge ou à la génétique, la quantité de sel dans l’assiette, ça se contrôle.

Pourquoi les hommes et pas les femmes ?

C’est la question que tout le monde se pose. Et personne n’a encore la réponse.

Des différences hormonales pourraient jouer un rôle. Les estrogènes, par exemple, ont un effet protecteur connu sur le système cardiovasculaire et le cerveau. Après la ménopause, ce bouclier diminue, mais dans cette étude, la moyenne d’âge était de 71 ans : la plupart des femmes étaient donc déjà ménopausées.

D’autres hypothèses existent. Les hommes et les femmes ne métabolisent pas le sodium exactement de la même manière. La régulation de la tension artérielle diffère aussi selon le sexe. Mais tout cela reste à confirmer.

Ce qu’il faut retenir

Cette étude australienne de 2026 apporte une pièce supplémentaire au puzzle de la santé cérébrale. Elle ne dit pas que le sel est un poison. Elle dit que chez les hommes, un apport élevé en sodium est associé à un déclin plus rapide de la mémoire épisodique sur 6 ans.

Un facteur de plus à surveiller. Un levier de plus à actionner. Et une raison de plus de regarder les étiquettes avant de resaler son plat.

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