Les antioxydants ont la cote. Vitamines, gélules, jus « détox » : on les présente comme des boucliers contre le vieillissement et même contre le cancer, puisqu’ils neutralisent les fameux radicaux libres. Pourtant, les grands essais cliniques n’ont jamais confirmé ces promesses. Certains ont même observé l’inverse.
Des chercheurs britanniques et américains pensent avoir trouvé une partie de l’explication. Et elle a de quoi surprendre : ce sont les tumeurs elles-mêmes qui utilisent un antioxydant pour se protéger de notre système immunitaire.
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Les radicaux libres, pas seulement des ennemis
Les espèces réactives de l’oxygène, dont font partie les radicaux libres, sont des molécules très réactives produites par le fonctionnement normal de nos cellules. On les considère depuis longtemps comme des déchets toxiques, capables d’abîmer l’ADN et de favoriser le cancer. C’est pour cette raison qu’on a imaginé que les compléments antioxydants pourraient réduire le risque de cancer.
Mais l’histoire est plus compliquée. « Nous avons tendance à voir les espèces réactives de l’oxygène uniquement comme des sous-produits nocifs du métabolisme. Mais nous comprenons de mieux en mieux qu’elles ont des fonctions importantes dans les cellules, et les lymphocytes T en ont besoin pour s’activer », explique Xan Wesolowski, de l’université de Cambridge, l’un des principaux auteurs.
Les lymphocytes T, tueurs de cellules cancéreuses
Les lymphocytes T sont des globules blancs spécialisés. Leur rôle : repérer et détruire les cellules infectées ou cancéreuses. Pour passer à l’attaque, ils ont besoin de petites quantités d’espèces réactives de l’oxygène, qui agissent comme un signal d’activation à l’intérieur de la cellule.
Sans ce signal, les lymphocytes T restent comme bloqués. Ils voient la tumeur, mais ne parviennent pas à déclencher leur réponse.
Comment la tumeur désarme l’immunité
Les résultats, publiés dans la revue Science1, décrivent une stratégie redoutable. L’équipe a analysé le liquide qui entoure les tumeurs chez la souris et a découvert qu’il possède une forte activité antioxydante.
En cause : une protéine antioxydante naturelle, la peroxyrédoxine 1, ou PRDX1, que les tumeurs libèrent en grande quantité autour d’elles. Cette protéine neutralise les espèces réactives de l’oxygène et prive les lymphocytes T du signal dont ils ont besoin. Résultat : la chaîne de signaux qui déclenche leur attaque reste en sommeil. Les chercheurs parlent d’un véritable « étouffement » chimique des défenses.
La preuve par l’édition génétique
Pour vérifier ce mécanisme, les chercheurs ont utilisé CRISPR, une technique qui permet de modifier précisément les gènes. Ils ont créé des cellules cancéreuses de souris incapables de produire la PRDX1. Résultat : l’activité des cellules immunitaires augmentait et la croissance des tumeurs était freinée.
Et chez l’humain ?
L’équipe a cherché le même mécanisme chez l’être humain par trois méthodes : l’analyse de données sur les protéines libérées par des lignées de cellules cancéreuses humaines, l’étude de l’activité des gènes dans des milliers de tumeurs, et l’analyse du liquide prélevé autour de tumeurs retirées chez des patients. Les trois approches vont dans le même sens : les cancers humains libèrent eux aussi de la PRDX1 autour d’eux.
Une piste pour les tumeurs résistantes
Les immunothérapies, ces traitements qui aident le système immunitaire à attaquer le cancer, peuvent être très efficaces, mais seulement chez une partie des patients. Or, chez la souris, supprimer la capacité des tumeurs à produire la PRDX1 améliorait la réponse à l’immunothérapie.
« Lorsque nous bloquons ce processus, des tumeurs qui ne répondent pas à certaines immunothérapies commencent à répondre au traitement », souligne Rahul Roychoudhuri, professeur à Cambridge. Pour Robert Eil, de l’université des sciences et de la santé de l’Oregon, l’idée pourrait même être inverse de ce que l’on croyait : plutôt que des antioxydants, ce sont peut-être des substances pro-oxydantes qui pourraient relancer les lymphocytes T contre la tumeur.
Et les compléments antioxydants ?
C’est l’autre enseignement de ce travail. Plusieurs grands essais randomisés ont montré que les compléments antioxydants ne réduisent pas le risque de cancer, et qu’ils aggravent parfois la situation. La découverte que les lymphocytes T dépendent des espèces réactives de l’oxygène pourrait expliquer pourquoi : en neutralisant ces molécules, les antioxydants pourraient, sans le vouloir, émousser la capacité de notre immunité à combattre le cancer.
Les chercheurs restent prudents : leurs résultats viennent de modèles de laboratoire, et les personnes atteintes d’un cancer ne doivent pas modifier leur traitement ou leur alimentation sans avis médical. Mais le message est clair : en matière d’antioxydants, plus n’est pas forcément mieux.
Vrai ou faux ?
Les compléments antioxydants ont démontré qu’ils préviennent le cancer.
C’est faux.
Les essais cliniques n’ont pas établi de bénéfice général en prévention du cancer. Le bêta-carotène à forte dose peut même augmenter le risque de cancer du poumon chez les personnes à risque.
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Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude







