Ce que mesure l’analyse
La syphilis est une infection sexuellement transmissible due à une bactérie, Treponema pallidum. Elle évolue par stades : un chancre, c’est-à-dire une petite plaie souvent indolore au point de contact, puis des éruptions, puis une phase silencieuse. Elle peut aussi se transmettre de la mère à l’enfant pendant la grossesse.
La sérologie repose sur deux familles de tests :
- les tests tréponémiques (TPHA, TPPA, tests immunoenzymatiques dits EIA ou CMIA) détectent des anticorps dirigés contre la bactérie elle-même ;
- les tests non tréponémiques (VDRL, RPR) détectent des anticorps qui ne visent pas directement la bactérie et apparaissent quand l’infection abîme les tissus. C’est pourquoi d’autres maladies peuvent aussi les faire apparaître.
En 2015, la HAS a recommandé de remplacer l’association systématique des deux tests par un seul test tréponémique immunoenzymatique en dépistage, confirmé, s’il est positif, par un test non tréponémique quantitatif, c’est-à-dire rendu sous forme de titre.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang classique, sans préparation. Le moment compte. Selon Eurofins Biomnis, l’incubation dure en moyenne 21 jours (de 10 à 90 jours) et la séroconversion survient en général trois à cinq semaines après l’exposition, parfois jusqu’à trois mois. Un test trop précoce peut donc être négatif. En cas de résultats discordants, un nouveau prélèvement au moins une semaine plus tard est conseillé.
Pendant la grossesse, le dépistage de la syphilis fait partie du premier examen prénatal, comme le rappelle la HAS (2009) en citant le code de la santé publique.
Comment lire le résultat
Le test tréponémique est rendu positif ou négatif. Le VDRL ou le RPR est rendu en titre : la plus forte dilution du sérum qui reste positive, par exemple au 1/8 ou au 1/32. Eurofins Biomnis résume la lecture des profils, d’après la Société française de dermatologie :
- les deux tests positifs : tréponématose, active ou ancienne selon le contexte et le titre ;
- test tréponémique seul positif : syphilis ancienne traitée, syphilis tout juste débutante ou faux positif ;
- VDRL seul positif : faux positif biologique ou syphilis débutante, à contrôler ;
- les deux négatifs : pas de syphilis, sauf infection très récente.
Pour le suivi, le CDC (2021) rappelle qu’un changement n’est significatif qu’à partir d’un facteur quatre, soit deux dilutions, par exemple de 1/16 à 1/4. Il faut garder la même technique : le VDRL et le RPR ne se comparent pas, le RPR donnant souvent des titres un peu plus élevés. Selon Eurofins Biomnis, une baisse d’un facteur quatre ou une négativation témoigne d’une bonne réponse au traitement ; une hausse d’un facteur quatre évoque une réinfection.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est élevé : la stratégie en deux temps est recommandée par la HAS et par le CDC. Le CDC précise que la plupart des tests tréponémiques restent positifs à vie, mais que 15 à 25 % des personnes traitées au stade du chancre redeviennent négatives après deux à trois ans. Le titre des tests tréponémiques ne prédit pas la réponse au traitement.
La syphilis progresse en France. Selon Santé publique France, environ 6 500 personnes ont été diagnostiquées en 2024 d’après les données de l’Assurance maladie. L’incidence a augmenté de 12 % entre 2022 et 2024, plus fortement chez les femmes (+24 %) que chez les hommes (+10 %). Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes restent majoritaires, mais la hausse chez les femmes fait craindre davantage de transmissions de la mère à l’enfant.
Les analyses à associer
- Sérologie VIH et sérologie hépatite B : le même bilan d’infections sexuellement transmissibles.
- Anticorps antiphospholipides : pour comprendre un VDRL positif sans syphilis.
- Sérologie de la maladie de Lyme : une source de réactions croisées.
À retenir
- Le dépistage commence par un test tréponémique, confirmé par un VDRL ou un RPR quantitatif.
- Le test tréponémique reste le plus souvent positif à vie, même après traitement.
- Le titre du VDRL ou du RPR sert au suivi : seul un changement d’un facteur quatre compte.
- Un test trop précoce peut être négatif : la séroconversion prend plusieurs semaines.
- La syphilis augmente en France, notamment chez les femmes.