Ce que mesure l’analyse
Le rapport triglycérides sur HDL n’est pas un dosage à part entière : c’est un calcul. On divise le taux de triglycérides par celui du HDL cholestérol, deux valeurs du bilan lipidique standard. Les triglycérides sont des graisses de réserve, transportées surtout par les VLDL fabriquées par le foie. Le HDL cholestérol est le cholestérol transporté par les lipoprotéines de haute densité.
Quand l’insuline agit mal sur les tissus, on parle d’insulinorésistance. Le foie reçoit alors davantage d’acides gras et libère plus de VLDL riches en triglycérides. Par un jeu d’échanges entre lipoprotéines, les HDL perdent du cholestérol et deviennent plus petites. Résultat typique : des triglycérides hauts et un HDL bas. Les experts européens de l’EAS et de l’EFLM décrivent cette dyslipidémie athérogène dans l’insulinorésistance et le syndrome métabolique. Le rapport résume ce déséquilibre en un seul chiffre.
Comment se passe le prélèvement
Il suffit d’un bilan lipidique sur prise de sang veineuse. Les triglycérides augmentent après un repas, alors que le HDL ne bouge pratiquement pas. Le seuil le plus cité a été établi sur des prélèvements à jeun : faites donc le prélèvement à jeun si vous voulez comparer votre résultat à ce seuil, et gardez les mêmes conditions d’une fois sur l’autre. Les triglycérides varient aussi beaucoup d’un jour à l’autre. Près d’un seuil, le consensus EAS/EFLM conseille deux ou trois prélèvements espacés d’au moins une semaine.
Comment lire le résultat
Attention à l’unité. En France, les triglycérides et le HDL figurent en g/L et souvent aussi en mmol/L. Calculé en g/L, le rapport est identique à celui des unités américaines en mg/dL. Calculé en mmol/L, il est plus bas pour un même profil.
Le repère le plus utilisé vient d’une étude de l’université Stanford publiée dans les Annals of Internal Medicine, menée chez 258 adultes en surpoids et non diabétiques. Un rapport de 3,0 ou plus, en unités traditionnelles (donc en g/L), identifiait au mieux les personnes insulinorésistantes, avec une sensibilité de 64 % et une spécificité de 68 %. Autrement dit, environ un tiers des personnes insulinorésistantes restaient sous le seuil, et environ un tiers des personnes non résistantes le dépassaient.
Avec les facteurs de conversion usuels, repris par EAS/EFLM (38,6 pour le cholestérol et 88,5 pour les triglycérides), un rapport de 3,0 en g/L correspond à environ 1,3 en mmol/L. Le résumé de l’étude indique pourtant 1,8 en unités internationales : la conversion arithmétique ne retrouve pas ce chiffre. Avant toute comparaison, vérifiez l’unité de votre calcul.
Ce seuil a été établi chez des adultes en surpoids. Il ne se transpose pas tel quel à une personne mince, à un enfant ou à une personne diabétique traitée.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. Le rapport est simple et ne coûte rien de plus qu’un bilan lipidique, mais il ne sert pas de critère de décision dans les recommandations françaises et européennes sur les dyslipidémies. Sa performance reste modeste : dans l’étude de référence, elle était proche de celle des triglycérides seuls, avec un seuil de 1,47 mmol/L (1,30 g/L).
Surtout, il ne vaut pas pour tout le monde. Chez 98 Afro-Américains en surpoids, une étude publiée dans les Archives of Internal Medicine n’a trouvé aucune capacité réelle de ce rapport à repérer l’insulinorésistance : la discrimination était proche du hasard, et les critères lipidiques ne repéraient que 17 % des personnes insulinorésistantes. Les auteurs concluent qu’il n’est pas un marqueur fiable dans cette population.
Le rapport reste une mesure indirecte. Les méthodes de référence de l’insulinorésistance, comme le clamp ou le test de suppression de l’insuline utilisé dans l’étude de Stanford, sont réservées à la recherche. En pratique, le rapport se lit avec la glycémie, l’insuline à jeun et le tour de taille.
Les analyses à associer
Les triglycérides et le HDL cholestérol sont les deux composantes du calcul : regardez-les séparément, car un même rapport peut venir de triglycérides hauts ou d’un HDL très bas. L’indice HOMA-IR, calculé à partir de la glycémie et de l’insuline à jeun, estime plus directement l’insulinorésistance. L’hémoglobine glyquée renseigne sur la glycémie moyenne des derniers mois.
À retenir
- Le rapport triglycérides sur HDL se calcule à partir du bilan lipidique ;
- Le seuil de 3,0 s’applique à un calcul en g/L (ou en mg/dL), chez l’adulte en surpoids ;
- En mmol/L, le même profil donne un chiffre plus bas ;
- C’est un marqueur indirect et modeste, peu fiable chez les personnes afro-américaines ;
- Il ne remplace ni le LDL cholestérol ni l’évaluation globale du risque.