Ce que mesure l’analyse
L’apolipoprotéine E (ApoE) est une protéine portée par plusieurs lipoprotéines, notamment les restes de VLDL et de chylomicrons, appelés remnants. Elle sert de clé : elle permet au foie de reconnaître ces particules et de les retirer du sang grâce à ses récepteurs, dont le récepteur des LDL.
Le gène APOE existe sous trois formes courantes, appelées allèles : ε2, ε3 et ε4. Chacun reçoit un allèle de chaque parent, d’où six génotypes possibles : ε2/ε2, ε2/ε3, ε2/ε4, ε3/ε3, ε3/ε4 et ε4/ε4. L’analyse lit ces deux allèles dans l’ADN des globules blancs. La forme ε2 se fixe mal au récepteur des LDL : chez les personnes ε2/ε2, les remnants peuvent s’accumuler dans le sang.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang suffit, sur le tube demandé par le laboratoire pour l’extraction de l’ADN (souvent un tube EDTA), sans jeûne. Le génotype ne varie ni avec les repas, ni avec l’heure, ni avec l’entraînement : il se teste une fois dans la vie.
En France, l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne n’est autorisé qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique, sur prescription, après information et consentement écrit. Chez Eurofins Biomnis, par exemple, le formulaire de consentement fait préciser le contexte : dyslipidémie ou maladie neurodégénérative. Solliciter un test génétique en dehors de ce cadre, par exemple sur un site étranger, expose à une amende de 3 750 euros (article 226-28-1 du Code pénal). Le Conseil économique, social et environnemental a proposé de faire évoluer la loi pour les tests généalogiques.
Comment lire le résultat
Le compte rendu donne un génotype, pas un chiffre. Une grande méta-analyse publiée dans JAMA montre une relation presque linéaire entre génotype et LDL cholestérol : en allant de ε2/ε2 vers ε4/ε4, le LDL monte. Les personnes ε2/ε2 ont en moyenne un LDL inférieur d’environ 31 % à celui des personnes ε4/ε4. Par rapport aux personnes ε3/ε3, les porteurs de ε2 ont un risque coronarien inférieur d’environ 20 %, et les porteurs de ε4 un risque à peine plus élevé.
Le génotype ε2/ε2 demande de la nuance. La plupart des personnes ε2/ε2 n’ont aucune maladie. Selon une revue publiée dans Current Opinion in Endocrinology, Diabetes and Obesity, environ 15 % d’entre elles développent une dysbêtalipoprotéinémie familiale, souvent sous l’effet d’un facteur aggravant comme l’obésité ou l’insulinorésistance. Cette maladie associe cholestérol et triglycérides élevés, parfois des xanthomes, et un risque cardiovasculaire précoce. Environ 10 % des cas sont dus à des mutations dominantes rares de l’APOE, que le génotypage standard ne détecte pas.
Point pratique : le consensus français des sociétés savantes (SFE, SFD, NSFA et SFC) indique qu’un rapport cholestérol total sur apolipoprotéine B supérieur à 2,6, en g/L, oriente vers une dysbêtalipoprotéinémie avec une très bonne sensibilité et spécificité, sans test génétique nécessaire. Le génotype peut alors servir de confirmation.
Ce que dit la science
Pour les lipides, le niveau de preuve est courant : l’apport du génotype dans la dysbêtalipoprotéinémie est établi, mais il n’est plus indispensable au diagnostic. Pour la maladie d’Alzheimer, l’allèle ε4 est un facteur de risque génétique majeur. Dans une méta-analyse publiée dans JAMA, portant sur près de 6 000 malades, le risque était multiplié par environ 3 chez les personnes ε3/ε4 et par environ 15 chez les personnes ε4/ε4, dans les populations d’origine européenne suivies en consultation. L’effet variait selon l’origine, l’âge et le sexe, et diminuait après 70 ans.
Ces chiffres décrivent des groupes, pas un destin individuel. Les sociétés américaines de génétique médicale (ACMG et NSGC) soulignent l’utilité limitée de ce test pour prédire la maladie et insistent sur le conseil génétique avant tout examen.
Une nouvelle indication est apparue avec les traitements anti-amyloïdes. Les personnes ε4/ε4 traitées par lécanémab ont davantage d’anomalies cérébrales visibles à l’IRM, comme un œdème ou des microsaignements, regroupées sous le nom d’ARIA. L’Agence européenne du médicament a donc exclu les personnes ε4/ε4 de l’indication, et le génotype doit être connu avant le traitement, dans un parcours spécialisé.
Les analyses à associer
Le cholestérol total et l’apolipoprotéine B permettent de calculer le rapport qui oriente vers une dysbêtalipoprotéinémie. Les triglycérides et le remnant cholestérol montrent l’accumulation des restes de lipoprotéines, cœur de cette maladie.
À retenir
- Le génotype ApoE se teste une fois dans la vie, sur prescription et avec consentement ;
- ε2/ε2 ne suffit pas au diagnostic de dysbêtalipoprotéinémie : le bilan lipidique reste indispensable ;
- ε4 est associé à un LDL un peu plus élevé et à un risque accru de maladie d’Alzheimer, sans valeur de prédiction individuelle ;
- Le génotype conditionne désormais l’accès à certains traitements anti-amyloïdes ;
- Les tests génétiques en ligne hors cadre médical sont interdits en France.