Ce que mesure l’analyse
Le remnant cholestérol, ou cholestérol des lipoprotéines résiduelles, correspond au cholestérol transporté par les « restes » des lipoprotéines riches en triglycérides. Ces lipoprotéines sont les VLDL, fabriquées par le foie, et les chylomicrons, fabriqués par l’intestin après un repas. Dans le sang, une enzyme, la lipoprotéine lipase, leur retire une partie de leurs triglycérides pour en libérer les acides gras. Il reste des particules plus petites, enrichies en cholestérol : les remnants, qui regroupent les VLDL partiellement dégradées, les IDL et les restes de chylomicrons.
Contrairement aux très grosses particules qui viennent d’être sécrétées, ces remnants peuvent pénétrer dans la paroi des artères et y laisser leur cholestérol, comme les LDL. C’est pourquoi les experts européens les considèrent comme athérogènes, c’est-à-dire capables de favoriser la plaque d’athérome.
Comment se passe le prélèvement
Une simple prise de sang suffit : le remnant cholestérol est le plus souvent calculé à partir du bilan lipidique standard. La formule est la suivante : cholestérol total moins HDL cholestérol moins LDL cholestérol. Certains laboratoires disposent aussi d’un dosage direct.
Le jeûne n’est plus exigé en routine pour un bilan lipidique, selon le consensus de la Société européenne d’athérosclérose (EAS) et de la Fédération européenne de biologie clinique (EFLM). Après un repas habituel, le remnant cholestérol calculé augmente toutefois en moyenne d’environ 0,2 mmol/L, soit environ 0,08 g/L. Pour suivre son évolution, gardez les mêmes conditions : à jeun ou non, même laboratoire, même méthode. Les experts conseillent aussi d’éviter un bilan dans les deux mois qui suivent un infarctus, une chirurgie, un traumatisme ou une infection aiguë, ainsi que pendant une grossesse.
Comment lire le résultat
En France, le résultat s’exprime en g/L, parfois aussi en mmol/L : 1 mmol/L de cholestérol correspond à environ 0,386 g/L. Le consensus EAS/EFLM propose de signaler une valeur à partir de 0,30 g/L à jeun (0,8 mmol/L) et de 0,35 g/L sans jeûne (0,9 mmol/L). Ce seuil repose sur un raisonnement simple : des triglycérides souhaitables à jeun, sous 1,7 mmol/L, correspondent à environ 0,8 mmol/L de cholestérol dans les VLDL.
Dans la population générale de Copenhague, près de 100 000 adultes sans traitement, la valeur médiane sans jeûne se situe entre 0,45 et 0,61 mmol/L chez la femme et entre 0,64 et 0,74 mmol/L chez l’homme, selon l’âge. Une valeur au-dessus du seuil de signalement n’est donc pas rare.
Point clé : la méthode de calcul compte. Si le LDL est lui-même calculé par la formule de Friedewald, le remnant cholestérol vaut simplement les triglycérides divisés par 2,2 (en mmol/L). Il n’apporte alors aucune information de plus que les triglycérides. Les experts recommandent d’utiliser un LDL mesuré directement pour ce calcul, ou un dosage direct du remnant cholestérol.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est courant : le marqueur figure dans les consensus européens, mais son usage comme cible de traitement reste optionnel. Les arguments les plus solides viennent de la génétique. Dans une étude de randomisation mendélienne menée à Copenhague chez plus de 73 000 personnes, publiée dans le Journal of the American College of Cardiology, une hausse d’origine génétique de 1 mmol/L du remnant cholestérol non à jeun était associée à un risque de cardiopathie ischémique multiplié par 2,8, indépendamment du HDL. La randomisation mendélienne s’appuie sur des variants génétiques reçus au hasard à la conception, ce qui limite les biais des études d’observation.
Un consensus de la Société européenne d’athérosclérose, publié dans l’European Heart Journal, conclut à un lien causal entre les lipoprotéines riches en triglycérides, leurs remnants et le risque d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral ischémique et de rétrécissement de la valve aortique. Ces particules contribueraient au risque résiduel des personnes dont le LDL est déjà bien traité.
Limites : la valeur calculée cumule les imprécisions de trois dosages. Le cholestérol non-HDL, calculé sur tous les bilans, inclut déjà le remnant cholestérol, mais ne le distingue pas du LDL ni de la lipoprotéine (a). Enfin, les seuils proposés sont des seuils de signalement fondés sur un consensus, pas des seuils validés par des essais de traitement.
Les analyses à associer
Les triglycérides expliquent l’essentiel des variations du remnant cholestérol. Le cholestérol non-HDL et l’apolipoprotéine B renseignent sur l’ensemble des particules athérogènes. Le LDL cholestérol, idéalement mesuré directement, est indispensable au calcul. Selon le consensus français des sociétés savantes, un rapport cholestérol total sur apolipoprotéine B supérieur à 2,6 (en g/L) oriente vers une dysbêtalipoprotéinémie, maladie où les remnants s’accumulent.
À retenir
- Le remnant cholestérol est le cholestérol des restes de lipoprotéines riches en triglycérides ;
- Il se calcule le plus souvent : cholestérol total moins HDL moins LDL ;
- Le consensus EAS/EFLM signale une valeur à partir de 0,30 g/L à jeun ;
- La génétique suggère un rôle causal dans les maladies cardiovasculaires ;
- Calculé avec un LDL de Friedewald, il ne dit rien de plus que les triglycérides.