Ce que mesure l’analyse
L’organisme fabrique le cholestérol par deux grandes voies qui partagent leurs premières étapes. Dans l’une d’elles, la voie de Bloch, le desmostérol est le tout dernier précurseur : une enzyme, la 24-déhydrocholestérol réductase (DHCR24), le transforme directement en cholestérol. Le taux sanguin de desmostérol renseigne donc, comme le lathostérol, sur l’activité de synthèse du cholestérol.
Si l’enzyme DHCR24 fonctionne mal ou est bloquée, le desmostérol s’accumule. C’est le cas dans la desmostérolose, une maladie génétique très rare, et chez les personnes traitées par amiodarone, un médicament utilisé contre les troubles du rythme cardiaque.
Comment se passe le prélèvement
Une prise de sang suffit, de préférence à jeun, car les valeurs de référence de Mayo Clinic Laboratories ont été établies sur des prélèvements à jeun. Le plasma, recueilli sur héparine, EDTA ou ACD, est envoyé de préférence congelé. Signalez tout traitement par amiodarone ou par statine. Pour suivre une évolution, gardez le même laboratoire et la même méthode.
Comment lire le résultat
Le dosage se fait par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, le plus souvent au sein d’un profil complet des stérols. Chez Mayo Clinic Laboratories, la limite haute est de 2,5 mg/L. Comme pour le lathostérol, les chercheurs utilisent volontiers le rapport desmostérol sur cholestérol, qui tient compte du niveau de cholestérol.
Chez un adulte, une valeur très élevée fait d’abord rechercher la prise d’amiodarone. Une hausse modérée peut accompagner une dyslipidémie primaire, selon Mayo Clinic Laboratories, ou une insulinorésistance. Chez un enfant présentant des malformations congénitales, une valeur très élevée fait évoquer une desmostérolose. Un résultat bas n’a pas de signification pathologique établie : il peut traduire une statine ou un profil où l’absorption intestinale du cholestérol domine sur sa fabrication.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent pour l’usage métabolique, mais établi pour le diagnostic de la desmostérolose. Moins de vingt cas de cette maladie ont été décrits selon Mayo Clinic Laboratories. Elle est due à des mutations du gène DHCR24, identifiées dans une étude publiée dans l’American Journal of Human Genetics, et ressemble cliniquement au syndrome de Smith-Lemli-Opitz, une autre maladie de la synthèse du cholestérol.
Chez l’adulte, l’observation la plus frappante vient d’une étude finlandaise publiée dans le Journal of Internal Medicine. Tous les patients traités au long cours par amiodarone avaient un desmostérol très élevé, en moyenne 12 fois plus que les témoins, sans modification du cholestérol total ni de l’absorption intestinale. Le médicament semble bloquer la dernière étape de la synthèse. Les auteurs ignorent encore si cette accumulation joue un rôle dans la toxicité de l’amiodarone pour le foie.
Comme marqueur de synthèse, le desmostérol suit l’insuline à jeun indépendamment du poids, selon une étude du Journal of Lipid Research. Dans une population finlandaise étudiée dans l’American Journal of Epidemiology, il était lié à la synthèse et inversement lié à l’absorption, comme le lathostérol. En revanche, sous pravastatine, dans l’essai PROSPER, il ne baissait que d’environ 11 à 12 %, contre plus de 50 % pour le lathostérol : les deux précurseurs ne réagissent pas de la même façon au traitement. Aucune recommandation n’utilise le desmostérol pour guider un traitement.
Les analyses à associer
Le lathostérol est l’autre marqueur de synthèse, plus sensible aux statines. Les phytostérols sanguins mesurent l’absorption intestinale. Le cholestérol total sert au calcul du rapport, et le LDL cholestérol reste le repère du risque cardiovasculaire.
À retenir
- Le desmostérol est le dernier précurseur du cholestérol dans la voie de Bloch ;
- L’amiodarone le fait monter fortement : c’est la première cause à rechercher chez l’adulte ;
- La desmostérolose est une maladie génétique très rare de l’enfant ;
- Les statines le baissent peu, contrairement au lathostérol ;
- C’est un dosage spécialisé, sans seuil de décision thérapeutique.